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I.K VKV

« Gloire au feu ([ui luit k la cime des airs comme au fond des souterrains, qui plane sur les océans dans les grands phares immobiles, et par les locomotives et les bateaux dont il anime les gros yeux verts ou rouges, dévore en pleines ténèbres l'espace dur et liquide!

« Gloire au feu, bon et mauvais génie des vivants, pourvoyeur de la mort et purificateur de la pourriture, le seul miraculeux de la gloire et de la pureté, du charme et de l'astuce, doublement digne de symboliser Lucifer comme archiprince des anges et souverain chef des démons! Bien que ce terrible honneur il le doive à riiomme, sans lequel ici-bas il n'aurait pas vu naître et foisonner les raffinements de ses

magies :

« Donc, vive le feu ! Mais aussi, vive l'encore plus satanique esprit humain, espionneur de l'inconnu et filouteur de l'impossible! »

SENTIMENTS DE LA NATURE

SENTIMENTS DE LA NATURE

Pour qui sait comprendre la Nature, ne trahitelle pas, comme nous autres, et avec combien plus de grâce et de délicatesse, de violence et de frénésie expressives, ses divers états de sonj^e, ses différentes phases de sentiments?

En amour, en g^ésine, gaie, heureuse, sereine et satisfaite, elle regarde maternellement la terre de tout l'immaculé de la nue, de toute la saine et flamboyante pureté de ses astres émerveillés dans la magnificence ou la douceur laiteuse de leur azur. Elle ravit l'herbe et l'eau, les rocs et les arbres d'extase et de lumière, de la caresse mutine et follette de voltigements appropriés qui sont, en même temps que des couleurs sourieuses, d'aimables voix qui sifflent et roucoulent, chantent, soupirent et bourdonnent ; elle fait se pâmer les fleurs dont

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elle entre-bâille passionnément les corolles; rend les airs aspireurs subtils, promenants berceiirs de ses parfums; elle allume dans les sousbois et les pierrailles l'ébènc, l'escarboucle, l^argent, l'or fauve et Témeraude des reptiles et des insectes; elle peuple l'espace de zépbyrs tièdes et tendres qui sont comme les émanations de son âme radieuse, comme les câlines baleines de ses baisers sur les choses.

Ennuyée, elle voile, fige et morbifie sa lumière dans sa coupole arquée bleu-vague et comme siirabaissée, laquelle, toujours plus, va s'altérant et languissant du marasme torpide, opaque et plombé des nuages. Alors, dans l'air épaissi, elle déchaîne des brises lourdes qui brusquent l'onde et le feuillage, et contaminent les parfums malades de toutes les puanteurs qu'elles déterrent; elle raréfie les oiseaux, les papillons, les mouches, rend à l'herbe, à la pierre, l'inanimé de leur monotonie. On dirait que les êtres et les choses lui deviennent indifférents, tant elle dérobe, à l'écoutement comme à la vue, les chers murmures et apparitions de la vie des solitudes! tant elle enduit l'immensité de mystère et de silence où ne passent,

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plutôt hostiles, que la fièvre de son soleil et la brutalité Je ses souffles!

En crise d'amertume et d'agacement, c'est encore par Findéfini houfl'ement de ses haleines froidies, cravachantes et sibilcuses, qu'elle s'en épanche et s'en décharge sur la création. Par ces bourrus zigzaguants vents du nord, elle geint, elle grince, se crispe et se contorsionne, elle cingle les nuées comme la terre, bouscule la lumière et l'ombre, bat les rochers, couche les tiges, rend courbes et tortus les grands gestes des arbres; en tournoiements et convulsions rèches, y fait passer, comme dans l'eau qu'elle bouleverse, tous les aigres frissons de la démence froide.

Couvant la douleur de sa fatalité, abîmée dans son mal d'infini qui ne peut que se recommencer à jamais, elle étouiïe les astres sous les amas d'ombre du firmament qu'elle fonce de son deuil, qu'elle voûte, bas et rétréci, de sa désolation. Alors, partout suspendant la vie, elle n'a plus ni tressaillements, ni souffles; elle n'a plus que ses pleurs d'affliction morne et taciturne.

Dans le silence et la mort de l'espace, inter-

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minablement, niiil et jour, elle e'pand, à torrents ramassés, ces larmes lentes et lourdes, em maillées compactes, sitôt bues et roulées par Tonde avide, mais si noyeuses des herbes, si morfondeuses des feuillages qui, spongieux sinistres, hideux et pitoyables, inclinant et prostrant les branches, retombent, massivement pendants et flasques, de tout l'énorme poids de leur charpie verdàtre, informe et gouttelante.

Sur la stupeur des montagnes, sur Thorreur des ravins, sur la consternation des vallées, à pleine immensité, à plein ciel, elle pleure ces coulées d'ombre liquide, poisseuses de la clarté dans le vide qu'elles comblent, rendant la nue tellement horrifiée qu'hors le triste songe des yeux s'imagine voir une sorte d'infini marécage des airs qui, de plus en plus, s'embrouille de ses vapeurs, et lugubrement se déverse en ruissellements rigides et monotones.

Son dégoût, et comme son oubli des choses, les fins d'automne les traduisent avec *le désordre et la pâleur des cieux, se communiquant au soleil; avec les brouillards, les bruines et la mélancolique envolée des feuSles qu'avait si pompeusement teintées leur longue

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aphonie, cl qui, mortes à présent, papillonnent leur tombée, au flagellement dos rafales, sur le renfrogné du roc et de Teau, sur la moiteur des sables et le grisonnement des berbes.

Son marasme, son figement, sa torpeur, elle les raconte, l'iiiver, par ses ciels de fumée, de rouille et de limon, de métal et de pierre; par Tassombrissement de Tair si froid que rembrunissent encore la ténébreuse couleur et les funèbres croassements des seuls habitants qui lui restent ; par l'encroûtement des rivières et le pendilleraent pétrifié du jet vivace des sources, par la bise glaçonnante qui coupe, mord, taraude, enlace, soulevant, dans ses cris et clameurs, au fond des chemins et corridors, dimmenses houles de plaintes qui s'enflent et s'aiguisent, y poussant, hurlés et grinces par saccades, les innombrables gémissements de tous les damnés de la tombe.

Elle dit sa léthargie, sa mort provisoire, par sa muette, épaisse et haute jonchée du sol, avec sa neige qui étouffe la vie et, ainsi qu'une lente ensevelisseuse, drape de blanc toutes les sormes, revêt de suaires qui les moulent le grelottantes nudités des rochers et des arbres.

SENTIMENTS DE LA NATURE

Encore parfois, la Nature, comme une personne se relevant de son atonie et se reprenant à espérer, a-t-elle de soudains entr'ouvremcnls d'azur, des épanouissements de lumière franche, des rappels d'existence ailée, bourdonneuseet chantante, qui font ressembler certains moments de l'hiver à des journées d'un printemps avort/' qui serait chauve et stérile.

Enfin, pour exprimer ses colères et ses rages, elle a le précipitement de sa tourbillonneuse et mugissante respiration qui confond, dans un roulant pêle-mêle, la terre et les cieux, brise, écharpe, écrase, arrache, emporte tout au travers de l'espace qu'elle fait toiirnoyor sur luimême dans l'illimité de son désastre et le chaos de son abîme : transformant sa voûte ébranlée en océans qui s'écroulent, elle a ses pluiescataractes, obliques et rebondissantes, ses déluges forcenés, encore traversés de vipères de flamme, de grondements et coups de foudre, après tout le drame de la fermentation de la tempête dans le graduel terreux, le progressif charbonnement des nuages, dans le cercle anxieux des quatre horizons devenus si fantômes, entre le blême des cimes et la lividité des profondeurs !

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