‹ En Europe [microforme]Chapitre 18 sur 59 · RUN OT DPENTS K PEUR · texte numérisé non relu

RUN OT DPENTS K PEUR

table était la barette rouge du cardinal. Mon tour arriva, Je traversai cinq salons de suite, et j’entrai. Son Eminence le cardinal Simeoni est un vieillard un peu replet ; la bonté sur la figure, une politesse toute paternelle dans les manières, la finesse italienne dans l'œil avec un sourire doux, quand il y a lieu de rire. ar

Je :'estai avec lui une demi-heure. Que s'est-il passé ? Ah! c'est une autre affaire, Je vois sur la découpure du journal que vous m'avez envoyée, que je suis discret et prudent : alors je dois me taire. Avec vous je ne manquerais pas à la prudence en parlant, car il n’y pas de danger que vous ouvriez la bouche ; mais ce ne serait pas discret. Je puis vous dire que

jy retourne demain avec M. Desjardins. Je n’ai pas encore

fait mes mémoires, je sonde le terrain, et j'examine de quel côté souffle le vent. Pour moi il soufflera toujours du bon côté, j'ai tendu ma voile au souffle de la volonté divine ; à elle de me jeter sur quelle rive elle voudra. Ce qui m’empêche pas qu'il est de.mon devoir de tenir la barre du gouvernail du côté que je crois être le meilleur. Fais ton devoir, advienne que pourra. Aime Dieu et va ton chemin. Bon soir. Je suis content de ma journée. Hier a été gai, aujourd’hui a été sérieux et solide. Dormite in Domino.

Dimanche, 2 février. —Il est dix heures a. m. Je ne sors pas avant midi. Je me renose tranquillement, en disant mon bréviaire, en lisant ma gazette, en faisant ma correspondance, Au Canuda il n’est que 4 heures du matin. Je vous parle et vous ne m’entendez pas, plongé que vous êtes dans le duvet de votre lit et l’inconscience du sommeil.

Le bréviaire dit : “ Je ef vos in vineam meam : et quod justum fuerit, dabo vobis. Allez vous aussi travailler à ma vigne, et je vous paierai selon la justice.” C’est consolant. Aurions-nous été paresseux jusqu’à cette heure, il est encore temps de mettre la main à la cognée. Non, nous n’avons pas été complètement oisifs, mais redoublons de fidélité, secouant la poussière de toute affection purement terrestre, 5

, Je Le soleil entre par ma fenêtre et danse sur'le parquet et sur le car- les mûrs. Il apporte dans la chambre une douce chaleur, Les 6 sur pieds sur une chaise, me chauffant à ce foyer du bon Dieu nières, comme dans un bain de lumière et de vie, je lis “ La Presse, ” d'il y Quand je voyageai à la Baie d'Hudson, je rencontrai un Bourgeois de la compagnie, qui ne recevait la malle qu’une Ab! seule fois par année. Il disposait ses journaux à la file, selon ournal le quantième, et il n’en lisait qu’un numéro par jour, en sorte alors que, quand il était rendu à la dernière page, la malle lui apà la portait de rechef les nouvelles d’une autre année, Je trouve le uvriez moyen ingénieux pour ne pas se surcharger l'esprit d’une re que pléthore de faits intéressants et insignifiants, ex pour étendre ncore sur un espace plus considérable de l'existence le plaisir d’une > quel lecture agréable. Je veux être aussi sage que M. Cotter. Mes n côté, journaux arrivent en liasse toutes les semaines. Je n’en deme lis qu’un seul numéro par jour. Je viens de repasser celui où s qu'il ils ont massacré mon portrait sans pitié... ? té que À 2 heures je rencontrais M. Desjardins au collège )oOUITA. canadien. Nous avions fait chacun la moitié du chemin, tout ent de comme pour le règlement de nos difficultés. D'ici au collège, solide, j'ai mesuré le temps juste, il faut un quart d'heure, bon pas. Nous arrangeâmes nos flutes et accordâmes nes violons pour la veillée de ce soir ; et seuls dans le salon nous mîmes dans brs pas la balance le futur et les destinées des deux écoles de médecine n bré- de Montréal.

>. Au Je reviens à mon couvent et à mon souper par Ste. Prazède vous où je dis mes vêpres, et en arrivant chez moi, j'arrêtai à l’église votre ! neuve du Sacré-Cœur, toute fraîche, brillante de marbre, de tableaux et de fresques à peine finis. Elle est desservie par les d jus- religieux, qui se consacrent à l’œuvre de Dom Bosco, le S. Vinna vi- cent de Paul des temps modernes, la providence des orphelins Au- ! et des abandonnés d'Italie, i temps Le Souper 5 heures, À 6 heures, j'étais chez M. Desjarins, ÉCOM- ! 86 via del Tritone ; à 7 heures nous entrions tous deux chez le

cardinal Simeoni, Notre audience aura une heure. Nous sor-

pous- ; times contents, satisfaits, avec les meilleures espérances. Nous

y refournerons mercredi avec nos mémoires. Vous voyez que ça ne languit pas. Cependant il pourrait bien se faire que les * choses ne marcheraïient pas toujours aussi vite, les affaires à” Rüme allant le petit train de la Blanche on de la Prudence,

La franchise domine tous les préjugés, la droiture commande la confiance. Je serai jusqu’au bout franc et droit. Quelquefois on appelle cela rudesse ; mais à la fin du compte, cela devient la plus habile des habiletés. Je ne prendrai jamais dé détours, la ruse n’a qu’un temps, et les petits moyens perdent les causes. Cependant je ne veux pas dire que je montre mon

jeu à tout le monde, ni que je ne garde pas quelques atouts, sous le tapis. ‘

Maintenant le silence ! je suis si content de la tournure que prennent nos affaires ici que j’éprouve le besoin de le dire. Je ne puis pas le dire aux murs de cette maison, aux ruines des thermes, à la lune, aux étoiles. Je ne veux le dire à personne au Canada ; car on se passe la nouvelle da bouche en bouche, les journaux la publient et cela me ferait ici et là-bas un tort incalculable, Je n’en écris rien à mon remplaçant à l’Université, pas même à Monseigneur. Je leur ferai connaître le succès quand il aura eu lieu définitivement. Je glisse le plaisir mon cœur déborde dans le tuyau de l'oreille de ma mère, de mon ami. Vont-ils me trahir ?

M. Desjardins m'a quitté, aux oiseaux. Je m'en reviens à petit pas, me délectant à respirer le grand air, délicieusemt Je me reposais pour la rude journée de demain. !!l twut une demi-heure pour venir de la Propagande ici, j: près d’une heure. Il s’en allait neuf heures, quand je m1 + pied sur le seuil de “ Villa della Presentazione. ” Le lit me tend ls bras, il me prédit des rêves dorés. Bonsoir. Mais encoré üne fois du silence sur tout ce qui regarde l'objet de ma mission, sur mes pas et mes démarches à cet égard, du silence ! Que Dieu vous bénisse, et que son saint ange vous accompagne et veille sur vous |

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ds OL Lundi 3 février, Trève de visites aujourd'hui. J'ai passé toute la journée a la maison pour travailler mon mémoire.

Cependant pour me reposer la tête je suis sorti vers onze heures et je portai mes pas du côté du champ de Mars ; et je vis défiler la cavalerie du 10i Humbert, environ mille cavaliers coquets avec leurs pantalons bleus-pales et leurs gilets bleusfoncés, le sabre uu poing, sur leurs chevaux dansant ; comme spectacle c'est très-gentil ; mais quand on pense que la moitié de la population se saigne jusqu’à l'épuisement pour faire vivre l’autre moitié sons les armes, et que presque tons les jeunes gens gaspillent leur belle jeunesse dans l’oisivité et les désordres des camps, ce n’est plus gai, alors on dit au fond du cœur : vive la liberté de l'Amérique, vive la tranquillité du Canada.

Cet après midi, j'ai eu la visite de M. Churette, prêtre du diocèse de Montréal, en voyage en Europe, et de M. Captier, le procureur du Séminaire de St. Sulpice à Rome. C’est un homme très important, qui habite la ville éternelle depuis une vingtaine d'années, et qui est très-versé dans les us et coutumes de la cour de Rome. Demain je le rencontrerai ; comme je dois dîner au séminaire canadien, et qu’il y est invité avec M. Desjardins.

Bonsoir ! aujourd’hui je suis court, j'ai tant écrit, et si peu vu et même pensé en dehors du cercle de mon mémoire, Ce-

pendant j'ai pensé à vous, St-Lin appartient à tous les cercles d'idées et de sentiments.

Mardi, 4 février. — Belle et bonne journée. J'ai passé l’avant-midi à ma chambre, travaillant à mon mémoire. Les idées venaient abondantes, et se classifiaient d’elles-mêmes ; c'était un plaisir d'écrire,

Je suis allé dîner au séminaire canadien, où il y avait grand : gala. J'y étais en bonne compagnie. Outre MM. Palin, Va. cher, et Leclerc, directeurs de la maison, et les dix-huit pré. tres du Canada qui étudient à Rome, au nombre desquels se trouve M. Cousineau, on voyait autour de la table Monseigneur Lenti, archevêque, vicaire du Cardinal-Vicaire de Rome, le gé. néral Linton Simmons, chargé d’affaire de la reine Victoria, an. près Qu Saint-Siège, Mgr Coulié, évêque d'Orléans, Mgr De. pau, du diocèse d’Ogdensburg, M. Charette d’Albany, M. Desjardins, délégué de l’Ecole de Médecine, le secrétaire de l'évêque d'Orléans, M. Captier, procureur de St. Sulpice À

Rome, Mgr. Van den Burden, évêque belge chanoine de Ste-l Marie Majeure, Mgr. Savelli, ‘aussi chanoïne de Ste Marie, Ces deux derniers sont consulteurs à la Propagande, où ja affaire.

En m'en revenant, je fis un assez long détour pour aller dire mon bréviaire à l’église de Siv-Agathe. C’est sa fête demaï et je n'aurai peut-être pas le temps d'aller lui faire ma visite Alors je suis arrêté la saluer aux premières vêpres. Je nl pas oublié que j'ai été le premier curé de Ste. Agathe au M: nitoba, que j'y ai été rassassié de beaucoup de misères et di consolations, que j’y ai appris plus que dans les livres que | vie est une tache de sacrifices, et qu’il faut aimer les peti Cette petite sainte, si pure, si courageuse, a toujours rayon aux yeux de ma foi d’une auréole d’amabilité particulière.

Quand j'entrai, on était à chanter vêpres, avec accompagn ment d’orgues, une mélodie délicieuse. J’écoutai, assis dans t coin, avec un vrai ravissement, ces paroles des antiennes : Q êtes-vous, vous qui venez guérir mes blessures, Je suis l’ap tre du Christ ; ne crains rien, ma fille .—Je n’ai jamais applis qué à mon corps de médecine charnelle, mon remède est le gneur Jésus-Christ, qui guérit tout par sa parole—Je vf rends grâces, O Seigneur Jésus, parce que vous vous êtes s@\ venu de L:0i, et que vous avez envoyé votre apôtre pour gué

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Lisez, si vous en avez le temps la vie de Ste Agathe dans les petits Bollandistes, et ces paroles vous deviendront encore plus belles. Bonsoir. :

Mercredi, 5 février. -- Oh ! la ! la ! quel soulagement ! je l'ai fini, ce mémoire, et je viens de le porter : 24 pages, bien remplies, en fine écriture. Nous avons été, M. Desjardins et moi, encore plus d’une heure chez le cardinal Simeoni, à donuer des explications ; Ca n’a pas mauvaise mine. Le cardinal voit le Pape demain matin, il lui parlera de notre affaire ; et il nous a dit d’y retourner demain soir, c'est incroyable... …

Allons, soyez muets comme une carpe sur mes affaires, Je corapte sur votre discrétion. Voüs ne sauriez croire le tort que veas me feriez si quelque chose s’échappait par quelque fissure de votre bouche. Montréal est proche de St. Lin, et Montréal est aux portes de Roïîne. Les journaux canadiens circulent ici à bien des places.

Jeudi, 6 février. - Je continue mon journal, ma jasette et mon plaisir, Il me reste encore de la besogne sur les bras : une petite lettre d'explication au cardinal Simeoni, laquelle doit lui être remise dans la journée, une numwbreuse correspondance qui s’est accumulée pendant ces derniers jours, alors que j'étais tout entier au mémoire, lettres à Mgr Fabre, à M. Colin, à M. Rameau à Paris, ete, et de plus il me faut copier ce mémoire et autres documents dans mon cahier, afin de les conserver. Je regrette mon secrétaire. Donc je ne manque pas d'ouvrage : mais tout de même, je ne suis pas attaché à la glèbe. Je puis marcher dans ma chambre :&u: me délasser. Je puis lever les yeux de dessus mo papier, regarder par la fenêtre, apercevoir en haut le ciel bleu, et à l’horizon, au sud-est, par une ouverture de cent pieds entre deux maisons, les monts albains,

bleuâtres, dentelés. Je puis écouter’'chanter les petits oiseaux dans notre jardin, et tout autour de nous, dans les maisons voisines chanter les italiens et les italiennes, qui turluttent du matin au soir : c’est un roucoulement continuel,

La moitié du jardin est à notre disposition ; l’autre moitié, séparée par un mur haut est à l’usage des religieuses. Ce parterre est entouré d'arbres qui sont étrangers à notre climat, des orangers avec leurs fruits verts et leurs pommes d’or, des magnalias, es poivriers, des rosiers grimpants qui, s’attachant au mur, se hissent à la hauteur de vingt pieds. Les plattes-bandes sont plantées de beaux lauriers, et dans un coin du parterre, des sièges sont abrités par des arbres touffus dont j'ignore le nom, Cette verdure embaume les environs, et vers le milieu du jour, il fait bon d'ouvrir sa fenêtre,

J’allai porter ma lettre à la Propagande. Je m’achetai quelques livres dans une librairie, puis avant de reprendre la route du retour, j’arrêtai quelques instants à la chapelle des Pères du Saint Sacrement, où Jésus-Hostie est exposé jour et nuit, du premier de l’an à la Saint Sylvestre. ; Il trône dans un bel ostensoir d’or, aux vastes rayons, sous un dais riche, au milieu de nombreuses lumières. Une vingtaine d’adorateurs priaient silencieux. Ma visite ne fut pas longue, je tâchai de la faire fervente. File était intéressée. C’est ce soir que nous devons recevoir à nos mémoires une réponse quelconque, un renvoi, ur délai de quelques jours au moins. Advienne ce que Dieu voudre, je suis prêt à tout,

Il est cinq heures. J'ai fait ma toilette. Je descends souper. Je vais prendre M. Desjardins pour nous rendre ensemble chez le cardinal. A la grâce de Dieu.

9 heures. Dieu soit béni ! Dieu soit béni ! c’est à n’y pas croire. Réponse favorable sur toute la ligne. Le Saint Père accepte les conclusions de mon mémoire, dans toute l'étendue

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et la sincérité de mes demandes. Ma joie est si grande qu’elle en est calme. Je n'ai pas de mots pour le dire, Je télégraphie démain matin à Mgr Fabre. Je lui écrirai ensuite les détails, en lui envoyant la réponse du Cardinal Simeoni, Je vais dire comme M. T... “remarquez bien, il n’y a que cinq jours que j'ai vu pour la première fois, l’éminentissime de la Propagande ; je lui ai fait quatre visites coup sur coup ; écrit deux mémoires, un long et un court ; et voici, comme par enchantement deux de mes questions de réglées, deux sur quatre.” Dieu soit béni! Les deux autres prendront plus de temps, une surtout; de sa nature, elle est longue et compliquée. Mais j'espère, j'ai confiance. Après un si bon commencement, l’espérance n’a rien que de naturel. Nothing succeeds like success. Je vais avoir quelques jours, ou peut-être quelques semaines de répit, et de répit forcé, Mgr J'acobini est en convalescence. Ila été très-malade de la grippe, on l’a cru en danger de mort pendant plusieurs jours. Il peut se faire qu’il ne puisse se mettre à l'ouvrage avant plnsieurs semaines. N’importe, j'attendrai ; on ne peut avoir tous les bonheurs à la fois. Pendant ce temps, je préparerai mes pièces, je visiterai les cardinaux. qui font partie de la Propagaude ; enfin je tâcherai de faire en sorte que ce ne soit pas un temps perdu, Dieu soit béni ! Comme je vais dormir tranquille, quoique cependant je n’aie pas encore perdu une heure de sommeil par inquiétude, Quelque chose me disait au fond du cœur que je réussirais, mais je ne pensais pas que ce serait si tôt. Merci à v "8, chère, chère mère, merci à vous, bon ami ; merci aux religi.uses et aux élèves du couvent ; merci à tous ceux et celles, qui ont prié pour le succès de mes affaires. Il est probable que quand cette lettre vons arrivera, on connaîtra au moins le sens du télégramme que j’envoie à Monseigneur, Dans tous les cas, soyez discrets, Il y a dans ces ligues des réflexions qu’il ne serait pas bon de rendre publiques. Il vaut mieux en dire moins que trop. Trop gratter cuit, trop parler nuit, Deo gratias !

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