DU 7 AU 14 FEVRIER
Vendredi, 7 février. — A 8 heures, je me rendais au Vaucan pour assister au service anniversaire de Pie IX. Hier je rencontrai plusieurs prêtres qui avaient voulu se procurer des billets d'entrée, et qui n'avaient pu en obtenir, le cadre des admissions étant épuisé. J’essayai un autre moyen. Hier soir, après notre entrevue avec le cardinal Simeoni, je lui dis que je désirais beaucoup être présent à la cérémonie funèbre du lendemain. “Très-bien, dit-il, signor, très bien, vous aurez votre place.” [1 sonne sou secrétaire et me fait délivrer la carte ciincluse qui me fut mne clef pour m'ouvrir toutes les portes.
Je me rends donc une heure et demie d’avance et je pus me choisir une bonne place en avant,
Le service se chantait dans Ja chapelle Sixtine, la chapelle où ont lieu la plupart des solennités dans lesquelles le pape officie en personne. Les peintures sont de Michel-Ange, plafond et murs latéraux. Ces fresques passent pour les plus belles du monde entier. Il faudrait un petit volume pour en donner une description. Les murs latéraux représentent des scènes, puisées de l’ancien testament à droite, et à gauche puisées de la vie de Jésus-Christ. Le plafond raconte l’histoire de la création, et tout le fond de la chapelle constitue un seul et même tableau, composition colossale, intitulée jugement dernier, Paradis, boucs, brebis, enfer, tout y est. Blaise de Césène avait critiqué le tableau en quelques-unes de ses parties. Pour se venger, Michel-Ange le peignit dans un coin de l'enfer, avec des oreilles d'âne et une queue de serpent. Blaise demanda avec instance au Pape de faire effacer son portrait. Mais le pape répondit par ce bon mot : “où es-tu placé ? —Dans
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l'enfer. -- Si tu étais dans le purgatoire, il y aurait un remède, mais dans l'enfer il n’y a pas de rédemption. Zn inferno nulla est redemptio.”
Les cardinaux arrivaient les uns après les autres : le cardinal Monaco, le doyen du sacré-collège, le cardinal Parocchi, le Vicaire du pape à Rome, le cardinal Mazella, le savant Jésuite, notre bon vieux père le cardinal Simeoni, le cardinal Rampolla, le secrétaire d'état, au port militaire.
Immédiatement devant moi se trouvaient les sièges des ambassadeurs auprèe du Souverain-Pontife remplis de dignitaires gulonnés sur tous les sens, au milieu desquels se détachaient, avec son habit rouge, notre gros général $ymmons. Sur les sièges d'honneur, je reconnus notre ancien gouverneur, Lord D'ifferin, aujourd'hui ambassadeur auprès du roi Humbert au Quirinal.
Les gardes nobles, avec leur riche costume, sabre au côté, lance au poing, ayant sur la tête les uns des casques en crète de coq étincelants, les autres de blancs panaches, se tenaient sur deux lignes dans l'allée. Un bon nombre de religieuses, qui n'avaient pu trouver place dans les bancs, au milieu d’une cohue pressée, se faufilaient à travers les militaires et les déplaçaient. C'était charmant de voir ces cornettes en lutte avec les armes et remporter la victoire. Ce que femme veut, Dieu veut.
Le cardinal Hohenlohe, officiant, entra et vint s'asseoir à la banquette. Puis apparut la croix annonçant le Pape. Toute l'assistance se leva, les cous s’allongèrent, le silence se fit, on aurait pu entendre tomber une épingle.
Le Pape, entouré de prélats portant les pans de sa chape, la mitre blanche sur la tête, parut grand, fluet, avec une figure d'ascète ; un frisson courut par tous mes membres, on se sent en face d’une majesté devant laquelle palissent toutes les grandeurs de la terre. Le Saint Père vint prendre place à son trône, il était à cent pieds de moi ; avec une lunette je le rapprochai à vingt pieds. Les ans ont laissé sur toute sa personne les traces de leur passage ; mais quelle énergie dans ces traits ! quelle finesse dans toute cette physionomie ! on sent que cet