‹ En Europe [microforme]Chapitre 21 sur 59 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

Quelle agglutination de bras et de têtes ! des hommes, des femmes, des ahbés, des religieux, noirs, des blancs, des rouges, des religieuses aux cornettes diverses ; on parle italien, allemand, français, anglais. Vous êtes pris comme dans un étau. Si les jambes vous manquent de fatigue, laissez-vous retomber sur votre voisin ou votre voisine, qui vous servira d'appui, s'appuyant lui-même ou elle-même sur son voisin et ainsi de suite jusqu’à la porte, Je suis mieux cet après-midi, mon billet me donnait droit à une place de tribune.

Tout de même le spectacle est beau. L'église est illuminée d’une myriade de cierges, qui scintillent au-dessus de l’autel, qui brillent sur cent lustres suspendus, qui courent le long de la corniche. ÆEn attendant que l'office commencât, j’entrepris de les compter, et j'en trouvai deux mille cinquante,

Entrent au chœur, cardinaux avec calotte rouge, archevêques avec pallium blanc, évêques et menu fretin. Un prélat monte dans une tribune, et lit le décret de Béatification pendant un quart d'heure, De qui? de Jean Juvenal Ancina. Qu'’a-til fait ? je n’en sais rien. Je le demande à mou voisin. Il me dit : c'était un oratorien, un fils de St.-Philippe de Nériÿ voilà tout ce que je connais. En sortant après la messe, deux tableaux très grands et très beaux exposés de chaque côté de la porte m'en apprirent un peu plus long. L'un représente une femme malade assise Gans un fauteuil près de son lit, ayant à son côté une servante debout ; un prêtre la bénit avec une relique du bienheureux, et l'inscription dit qu’elle fut guérie. Sur le second tableau on voit, dans une église, un soldat, ayant derrière lui deux officiers debout, agenouillé devant une image de Juvénal Ancina, et instantanément il se sent guéri d’une maladie mortelle : “ Alexander Vaccea correptus diurna et gravissima fistula inter sextam et septimum costam sinistri lateris adprecans coram beati Joannis Juvenalis Ancina imagimem, ad plenum sanitatis robur instantanee perfecteque resti. tuitur, Alexandre Vacca, affligé de puis longtemps d’une très

an d'or EN AT ES ad A NE GS

maligne fistule entre la sixième et la septième côte du côté gauche, en priant devant l’image du bienheureux Jean Juvénal Ancina, recouvra toute la force de sa santé instament et complètement. ” j

Aussitôt le décret lu, un voile tomba derrière l’autel, et laissa voir un beau tableau du bienheureux, apparaissant tout rayonnant dans un jeu de lumière mystérieuse. Ce fut un moment saisissant. Le chœur entonna le Te Deum, et la foule répondait. Ces chantres eurent des répétitions, des roulades, des accents des mélodies admirables pour redire ces deux versets. Acterné fuc cum sanctis tuis in gloria numerari, Admettez-le avec les saints dans la gloire éternelle. Et rege eos et extolle illos usque in aeternum. Et conduisez-les, et élevez les jusque dans l'éternité.

J’oubliai la foule, la cohue, et les coups de coude ; l’enthousiasme me gagnait, Cet homme venait d’être proclamé l'élu de Dieu Urbi et Orbi, à la Ville et à l'Univers ; devant des réprésentants de toutes les nations, du milieu de ce sénat du collège apostolique, parmi les pompes du culte, à travers les nuages d’encens et des flots de lumière. Quand viendra notre tour ? Le Canada ne verra-t-il pas quelques-uns de ses enfants monter sur les autels. On fera une fête, ce jour-là. Le bienheureux Ancina, sur sa toile, s'élévant au ciel où tend son regard, entouré d’anges qui portent les uns sa crosse, les autres sa mitre, semblait nous sourire. Iln'y a que l’église catholique qui puisse manier les choses célestes et les intérêts tempo-

rels avec autant de gloire et d'autorité, lan

La messe n'eut rien d’extraordinaire, excepté le chant, qui let: était enlevant. se

Je dinai à un restaurant sur la place de St.-Pierre, et me E rel: rendis à la grande basilique à 124 heures. Pendant trois heu- le « res et demi, le livre et le plan de l’église à la main, j'allais de ] tableau en tableau, de statue en statue, d’autel en autel, me examinant et admirant tout. Maintenant que je n'ai plus je ] besoin de ces pages de Blaïiser, je vous les envoie. voi

Pour me reposer je m'asseyais devant les œuvres les plus | voi

lu côté uvénal ft COM-

et laisnt tout fut un la fouulades, ux verri, Adrege e08 , ét éle-

enthoumé l'élu ant des énat du vers les a notre } ses ENlà. Le end son s autres catholi-

tempo-

ant, qui

b, et me ois heullais de autel, ai plus nvoie.

es plus

belles. Je me snis assis devant la communion de St.- Jérôme, devant la statue de St Philippe, qui presse son cœur de ses deux mains, ayant ses yeux levés vers le ciel dans un regard d'amour. À ses pieds un ange tient un livre ouvert où on lit ces paroles : De ewcelso misit ignem in ossibus meis. Du ciel il a allumé le feu dans mes os.

Le salut commence, Désappointement général. (Chacun voulait voir le pape, qui a coutume d'y venir; et le pape ne sort pas retenu par le deuil, son frère le cardinal Pecci est mort hier, C’est bien dommage, de ma tribune, au-dessus du chœur, au premier rang, j'avais une place magnifique pour voir le Saint Père.

En rentrant, je trouve trois lettres sur ma table, Il commençait à faire brun, j'allumai. Je regarde, une lettre de Paris, je la connais, elle est de Mgr Labelle, Les deux autres sont de St.-Lin, Une est cachetée et recachetée, je sais de qui. Cependant je ne les ouvre pas encore. J'ôte mon chapeau, . mon manteau romain, je les pends à leur clou. Je place mon fauteuil le dos tourné à la Iumière, pas trop loin, pas trop près. J'ôte mes bottes pour mettre mes beaux petits souliers rouges, afin d’être plus à mon aise, Enfin je veux jouir. Connaissezvous ce que c’est que le prix d’une lettre, qui n'est pas une lettre d'affaire, sur une terre étrangère ? D’abord j'ouvre celle de Mgr Labelle, elle est pleine de bonnes paroles et de bonnes nouvelles, Puis le coeur me bat, la main tremble, Que m'’arrive t-il de St.-Lin ? Je n’ouvris pas celle-ci, mais l’autre, vou. . lant aller par gradation. C’est Annie M..., une bonne petite lettre, bien tournée. Enfin je brisai le cachet de cire. M J... se présente, bonne, douce, timide et rieuse, Enfin, vous...Je relus ces lettres deux fois, et je les savourai, La cloche sonna le souper.

Il paraît que ma figure hihi mes dnphpnone de table me dirent : “qu’avez-vous, vous paraissez hieureux.— Heureux, je le suis. Tout m'arrive à souhait !” Adieu, ma chère mère, vous n'avez aucune raisou de vous chagriner. J'aime à vous voir gaie, comme autrefois lorsque vous turlutiez du matin

jusqu’au soir, et que nous maugions un grand panier de cerises à nous deux dans notre journée, ou que nous enfilions chacun une douzaine de concombres. Bonsoir et portez-vous bien. Lundi, 10 février. —Journée bien calme, Avaut-midi passé dans ma correspondance, après-diner je vais faire une visite au collège canadien, où je vois surtout M. Vacher sulpicien français, qui a passé une vingtaine d’années à Montréal et que j'ai bien connu à St.-Jacques. Je m'en revins par la via Vinti settembre, pour visiter en passant les égiises de Ste.-Suzanne et de St.-Bernard, en face l’une de l’autre, sur la place St.-Bernardo. Sainte Suzanne refuse la main de Galère Maximien, fils de Dioclétien. Sa chasteté fut protégée par un ange. Sa tête fut abattue par la hache du oourreau. L'histoire de son martyre se déroule sur les murs de l’église. Dans la nef, la peinture raconte “’histoire de Suzanne l’ancienne, sauvée par Daniel. Sous le maître-autel reposent les restes de Suzanne chrétienne. Au milieu de vingt autres, j'y ai lu une jolie inscription. Petrus Franciseus Fontana meritis el annis plenus hic resurrectionem eæpectat. P.F. F. plein d'années et de mérites attend ici la résurrection.” Fasse le ciel que notre vie soit aussi remplie de mérites que de jours !

Si-Bernard est une rotonde, qui appartient aux religieux Cisterciens, Le jour y arrive par la coupole. On y admire, rangés en cercle, dans de grands niches les statues colossales de St.-Augustin, de Ste-Monique, de St.-Bernard, de Ste.-Murie Madeleine, St.-François d'Assise, de Ste.-Catherine, de St.-Jérome, et de Ste.-Scholastique. Qui les aurait pour notre église ! Je me rappelai que le supérieur de ces religieux cirterciens tours est le Rév. P. Smeulders, délégué au Canada par le St. Siège, se de pour arranger la difficulté de Laval, Je lui fis visite. Il se Aurè rappela fort bien de m'avoir vu à Montréal chez les Pères Sont A oblats, et ici même, il y a cinq ans, avec Mgr Labe e. Il at LATTES très heureux d'apprendre las nouvelles récentes, et e l’assurai collin que ses rapports d'autrefois avaient contribué à amener le pré- En sent résultat, | LÉ

Ce soir, M. Meunier, prêtre de Montréal, qui a fait {la traversée aa mois d'août avec M. Honoré Beaudoin et qui vient d'arriver de Jérusalem, est venu souper avee moi. Je lui ai dit que mon paroissien l'avait trouvé bien plus aimable que l'autre. Comme nous sortions de table, M. Desjardins entre au salon. Nous avons passé ensemble une soirée agréable. Le cardinal Simeoni vient de me faire demander à la Propagande pour demain soir. Nous irons. Ce sera la sixième fuis, et pas la dernière. Je ne partirai pas avant d’avoir vu le fond du sac. Bonsoir !

Mardi, 11 février. — J'arrive de chez le cardinal Simeoni.

Je viens de faire une bonne œuvre, un bon coup, s'il n’est pas MAUVAIS...

Avant midi, travail interrompu par deux entr'actes, pour recevoir M. Charette et M. Cousineau. Après-midi, promenade avec M. Cousineau jusqu’à 6 heures, que je revins souper.

Nous visitâmes en dehors des murs les jardins de la villa Borghèse, côteau, ravins, prairies, forêt où circulent avec caprice des routes sur lesqueiles roulent les équipages en recherche de grand air, et marchent plus prosaïquement les piétons comme nous.

Nous revinmes par le Pincio, la promenade à la mode dans l'intérieur des murs : colline couverte de bosquets autour desquelles courent de belles allées. (C’est le rendez-vous, sur le soir, de la société romaine, Du sommet de cette colline, on jouit d’une vue magnifique sur la ville, apercevant la coupole de St.-Pierre, la masse ronde du château St.-Ange, les deux tours de S. Giacomo, la.coupole surbaissée du Panthéon, l'éslise de Ste.- Marie d’Ara cœli sur le Capitole, la colonne de Marc- Aurèle, le grand palais du Quirinal, où habite le roi Humbert ; tout un chaos de maisons et d’églises ; une partie de la campagne romaine, morne et solitaire, et plus loin une chaîne de collines bleues, qui bornent l'horizon.

Eu passant, nous entrâmes dans l’église de Ste Marie du #0 |

remis = TE 7% roues sense ra = s — — rares amet mrearienne œ:

peuple, sur la place du peuple riche en peintures, et surtout en tombeaux. (Cette idée de confier à une famille opulente une chapelle, une colonne, pour servir de sépulture à un de ses membres défunts, a orné les églises de chefs-d’œuvre innombrables, sans qu’il en coûtât rien à la fabrique, ni à l’église. Celle-ci est bâtie sur le lier. où fut enterré Néron, le cruel perséeuteur des chrétiens.

Une petite prière nous arrêta à la trinité-des-Monts, belle église, bâtie par les Français, laquelle appartient aujourd'hui aux religieuses du Sacré-Cœur, On y remarque, entr'autres une descente de la croix, touchante, Cela me fit plaisir de revoir le costume si connu au Sault-au-Récollet. Bonsoir !

Mercredi, 12 février. — Avant-dîner, travail ; après-dîner repos. Repos pour la tête, pas pour les jambes. Un quart d'heuce de marche me conduit au collège canadien, où je prends M. Cousineau et M. St Germain, un prêtre de Nicolet, qui étudie à Rome ; un autre quart d'heure nous conduit à la place Bocca della Verita, où nous montons dans le tramway pour St Paul. hors-les-murs, De là, à pied, nous nous rendons à St Paul-aux trois-fontaines ; une demi-heure pour .aller, une demi-heure pour revenir. Le tramway nous ramène à Rome ; une autre demi-heure plus tard j’entre dans ma chambre. La promenade avait duré cinq heures.

Lisez les pages 142, 143, et 144 de Bléser et vous aurez l’histoire de St Paul-hors-les-murs, à mon goût la plus frappante de Rome après St Pierre.

Marbie cipollin, marbres veinés, granit gris du Simplon, porphyre rouge, albâtre oriental, qui pour le fond et pour les veines rappelle le tigre d'Afrique, marbre vert, toutes les richesses et les pierres précieuses que St Jean vit dans ia Jérusaiam céleste, sont entrées dans la construction de cette basilique. C’est un éblouissement de soixante douze marbres ‘différents, avec un pavé dans leauel on se mire littéralement,

On y compte jusqu’à quatre-vingt colonnes de granit, Audessus des trois nefs du milieu at dans le transept on voit une longue série de médaiïllons en mosaïque représentant les papes,

out en te une de ses ombra-

Celpersé-

, belle urd'hui res une evoir le

s-dîner t d'heunds M.

| étudie e Bocca St Paul- ’aul-aux ni-heure Le autre bmenade

s aurez rappan-

on, porles veiichesses rusalam asilique.

fférents,

, Auoit une

F papes,

hauts de quatre pieds et demi. J'y ai salué St.-Lin, venant immédiatement après St-Pierre. Une dame qui a été guérie par son intercession a donné deux diamants pour être enchassés dans la pruuelle des yeux. Quand le soleil donne sur ce portrait, des éclairs partent de ce regard étincelant pour tomber sur les spectateurs, [1 me regarda d’un trait enflammé, Cela me fit du bien. Je le priai pour moi et pour mes paroissiens, Il me regardait toujours de son œil de feu. Je m'éloi-

gnai et sa prunelle de soleil ardent me suivait toujours. Aux Trois fontaines, il y a trois églises, les unes à côté des

autres ; 1o celle qui renferme les trois sources qui jaillirent là où bondit la tête de St.-Paul, comme il est expliqué à la page 142 de Bléser. On y voit la colonne sur laquelle reposa le cuu du saint apôtre pour recevoir le tranchant du fer meurtrier, et un tableau du crucifiment de St.-Pierre. Les trois fontaines sont enfermées dans des parois en marbre. J’y puisai de l’eau, et j'en bus dans l'intention de m'infiltrer au cœur : esprit de sacrifice. 20.— L'église de l’Echelle, ainsi appelée d’une vision accordée par Dieu à Saint Bernard pendant que ce saint docteur y célébrait le saint sacrifice de la messe. [i vit une échelle miraculeuse qui allait de la terre au ciel, et un grand nombre d’âmes des fidèles trépassés qui en montaient les degrés. C'est ici que Mg: Bourget prit les reliques insignes de Saint Zénon et ses compagnons qu’il déposa à Montréal avec tant de solennité en 1870 je crois. Ce trésor abondant d’ossements sacrés repose sous l'autel, et au-dessus de l’escalier qui descend, on lit cette inscription. ‘“ Ici reposent, d’après une ancienne tradition les corps de Saint Zénon et de dix-mille deux-cent-trois soldats ses compagnons.” 30.— Enfin la plus grande et la moins intéressante des trois églises, qui sert de chapitre aux trappistes, qui ont la garde de ces trois églises et le soin de cultiver et d’assainir les champs voisins. Àvec la feuille d’un arbre très-commun sur leur propriété, appelé eucalyptus, ils font une boisson qui ressemble, plus ou moins, à la chartreuse. Nous en bûmes un verre pour nous réchauf.

fer ou nous rafraîchir, et nous reprîmes le chemin de St.-Paul. hors-les-murs,

Page 1