‹ En Europe [microforme]Chapitre 23 sur 59 · MA CHÈRE MÈRE ET MONBON AMI · texte numérisé non relu

MA CHÈRE MÈRE ET MONBON AMI

Vendredi, 14 février. — Hier au soir, je vous donnais les heures de mon règlement ; et la première chose que j'ai faite ce matin, ça été d'y manquer, Aussi voyez la tentation qui m'arrivait pendant la messe.

“M. le Vice-Recteur, cet avant-midi on doit chanter une messe (à 104 heures) dans la catacombe de Saint-Valentin ; et après la messe M. de Rossi donnera une ‘conférence qui, je crois, vous intéressera. Nous partirons à 94 heures, et nous serons heureux de jouir de votre compagnie— Votre très humble et respectueux J. A. Saint-Germain.”

A 9% heures je partais. A 10 heures nous franchissions la porte du peuple, au nord de la ville, et un mille plus loin, dans la campagne, par une ouverture pratiquée dans la colline, nous entrions, précédés, accompagnés, suivis d’une foule Ge personnes, dans la catacombe,

Les catacombes sont de longs souterrains, ramifiés en tous sens, qui servaient de cimetière aux premiers chrétiens de Rome. Je laisse à de Bléser le soin de vous en donner la description et de vous en faire l’histoire.

Pas loin de l'entrée, s'ouvre une assez large salle, au milieu de laquelle s'élève l'autel. La foule se presse à l’entour du célébrant. Je m’enfonce dans un des six corridors qui laissent voir de trois côtés leurs gueules noires, et leurs entrailles ténébreuses, éclairées de distance en distance par une maigre chandelle, Je m'éloigne, prenant une nouvelle route tantôt à droite, tantôt à gauche ; l'allée se rétrécit, s’élargit. Le tuf

sous vos pieds, sur vos côtés, au-dessus de votre tête. Dans les parois, vous voyez les excavations, où étaient déposés les corps. Je m'avance toujours.

Le chant m'arrive voilé, lointain, mystérieux. Vient-il de gauche, vient-il de droite, de dessous terre, l'oreille ne peut saisir le foyer d’où il part, tantôt faible et mourant, tantôt grossissant par un effet de l'écho comme un tonnerre.

C'était beau, nouveau. Je in’assis, priant, méditant, rêveur. Les ombres des premiers chrétiens, qui avaient assisté dans ces lieux au saint sacrifice, pendant les persécutions, peut-être à la veille de leur martyre, me hantaient. Je me réjouissais de fouler le sol sanctifié tant de fois de leurs pas et de leurs prières. Je me trouvais transporté dix-huit siècles en arrière ; je voyais, j'entendais comme le prolongement et l'écho d’un passé bénit, renouvelé, ressuscité.

A la porte de la catacombe, on est à déblayer une ancienne ssilique, consacrée à S. Valentin. C’est là que M. de Rossi, le plus éminent des archéologues de Rome, donna sa conférence. Elle fut intéressante. Nous étions debout sur des décombres, tout entourés de vieilles inscriptions sur marbres, la plupart brisées. Vis-à-moi s’en trouvait une toute entière. Je la copiai, la voici.

“Hic jacet Ionianius nutritor et papas trium fratrum depositus Tridie idus Augustas, Honorio Aug. VI. Benemerenti in pace vixit P. M. XI —Ici repose Jonianius père nourricier de trois frères, inhumé le trois des ides d’août, la sixième année du règne d'Honorius. En faisant le bien, il vécut en paix, année..? Je laisse aux antiquaires d'expliquer le chiffre. Comme sur les croix du cimetière de St.-Lin on rencontre des inscriptions qui blessent la grammaire française, ainsi dans les catacombes. la grammaire latine n'était plus respectée. (Cette épitaphe renferme trois fautes de latin.—

J'achetai une grammaire et un dictionnaire italiens. Et je rentrai chez nous à quatre heures ; et depuis ma plume trotte, voulant gagner le temps perdu, Bonsoir !

Cependant après le souper, j’eus une petite distraction

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M. Desjardins étant venu faire avec moi un bout de veillée. Il

. était un peu découragé de certaines nouvelles qu'il avait

reçues. Pour moi, je trouve que tout va bien.

Samedi, 15 février. —Encore une brèche à mon règlement. A dix heures et trois-quarts je partais pour la Propagande, où j'ai été remettre une lettre au cardinal Simeoni.

Franchement la Providence est bonne.

Pour entrer ma

quatrième question, j'attends que Mgr Jacobini soit bien. Pour la troisième, je ne savais par quel bout la toucher ; j'avais peur de froisser certains intérêts qu’il importe de ménager, et j’attendais les événements. Ne voilà-t-il pas que, par la maladresse de nos adversaires, la question est amenée devant le cardinal Simeoni. Je l'ai appris hier par le Dr Desjardins. Vous pouvez croire si j'ai saisi la balle au bond. De suite le matin, j'ai écrit au Cardinal, lui demandant de ne pas répondre avant de m'avoir vu, et lui laissant entrevoir les atouts que j'avais à apporter dans le jeu. Maintenant je suis certain qu'il va désirer avoir un mémoire, Ma position se trouve excellente. Je donnerai tout simplement des explications, et ce sont les autres

qui auront apporté la question sur le tapis.

La tournure que

prend cette affaire m'est un grand soulagement.

Je m'attends à ce que les dissidents de l'Ecole feront de l’opposition aux amendements à la charte que présente la majorité de l'Ecole, Cela ne me regarde pas. Mes nouveaux arrangements avec l'Ecole ne pourront être conclus que lorsqu'elle aura réussi à amender dûment sa charte : ce qu'elle fait à ses risques et dépens. Si les dissidents veulent se rendre désagréables à Rome par leur opposition ; s'ils veulent ruiner leur Ecole par des divisions intestines, c’est leur affaire. Ce qui pourrait leur arriver de plus mal, ce serait de réussir à faire

rejeter ou remettre le bill.

Qu'il passe ou ne passe pas, mon affaire est toujours belle; selon la position que ces messieurs nous feront, je me mettrai sur un pied ou sur l’autre. Je vous dit ceci afin que l’intété: fraternel et maternel que vous portez au succès do mon entre-

prise, ne s'inquiète pas des oppositions que l’on pourra faire à

Québec. Elles ne peuvent faire tort au plan que je, poursuis,

Après dîner, travail jusqu’à cinq heures, alors que MM. Cousineau et Saint-Germain viennent me norter un paquet de journaux. À 5k heures souper avec du bon thé ; ce dont j'ai besoin de temps en temps pour me relever les nerfs. Le vin est plus nourrissant, mais le thé est dans les habitudes d’un Canadien.

A 7 heures, chez le Cardinal Simeoni avec M. Desjardins, nous l’avons déterminé à télégraphier lui-même à Mgr. Fabre que ce que nous faisons est agréable au Saint-Siège, cela en sus des lettres que nous avons. Un télégramme, de la part du

st = 8.

Préfet de la Congrégation, témoigne, plus qu'on ne peut.le dire,

du désir de la Cour de Rome de voir réussir notre projet. ’ Maïntenant vienne l'opposition que voudra. Tant pis pour | elle ! Si elle réussit grâce aux passions du moment, son triom- s phe sera de courte durée, Pour nous, notre cause est appuyée k

sur le roc s:lide, à elle la durée, l’avenir et la victoire défiuitive.

J'attends une réponse à ma lettre du Havre, mardi, mercredi soir au plus tard, Je ne m’impatienterai pas auparavant. Je ne veux pas faire comme uné certaine cousine, prendre mes désirs pour une réalité, et vouloir que les lettres aïllent plus vite que la malle. Si je ne reçois pas cette réponse mercredi, je gronderai, mais pas contre vous ; car j'ai deviné que vous ne pourriez pas me négliger. Je gronderai contre la mer, le vaisseau, le chemin dé fer, et ces lambins de facteurs italiens. Bonsoir !

Dimanche 16 Février,—Cet avant.midi s'est passé comme un jour de semaine, L'après-midi a été consacré à visiter les sanctuaires, suivez-moi via Magenta, Solferino, Piazza Oinquecento, via Vinimale, Tirino, Piasza di S. Maria Maggiore, via Meruluns, et nous voici à St.-Jean de Latran.

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