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CHAPITRE V DU HAVRE A PARIS

Lundi, 20 janvier. — A 9 heures notre vaisseau longeait lentement les hautes falaises du Havre, et entrait majestueusement dans ce port, si propre, si rangé, où l'on admire Tordre et la régularité françaises.

J'aurais bien aimé p§k3ser quelques heures ici, pour visiter cette ville florissante, où se concentre le quart du commerce d'importations et d'exportations pour toute la France ces quais si animés où sont accostés nouibre de paquebots transatlantiques, pleins de vie et de mouvement ; mais je me ferais un reproche de perdre un temps si précieux, en allant, je remets toutes ces visites pour le retour. Alors je prendrai une journée pour voir la cathédrale de Rouen, et l'église de St-Ouen. Aujourd'hui, passons tout droit, ainsi le veut le devoir.

J'étais pour prendre la deuxième classe, ce qui équivaut à la première au Canada ; mais Mgr. Labelle ayant acheté à Montréal un billet de première, je dus payer sept francs de plus pour ine procurer le plaisir de faire route avec lui. Dans notre compartiment nous avons un Danois et une T)ânoise très-convenable.«, un Américain et une jeune veuve de Duluth de vingt-

cinq ans, qui s'en va à Kome avec un ,bébé de quinze-raois. Nous sommes réellement très-commodément établis.

Ce qui frappe en arrivant au Havre, c'est l'aspect des maisons hautes, avec contre-vents, bâties à pic, ressemblant fort aux vieilles maisons de Québec ; il y a un air de parenté à ne pas s'y méprendre.

La salade, les choux, les légumes sont en pleine croissance dans les jardins ; c'est un peu en avance sur Montréal ! Le climat du Havre est plus doux que celui de Paris, à raison du voisinage de la mer. Les arbres, avec leurs branches coupées jusqu'à la tête, ou même avec leur tête entièrement émondée, afin de faire des fagots, donnent un aspect singulier et gredin à la campagne. Nous ne voyons nulle part ces belles têtes arrondies de nos érables et de nos ormes.

Les chars ne portent pas ainsi doux que nos chars dortoirs du Canada. De là ces hyéroglyphes.

Nous traversons ça et là des routes qui sont d'une beauté et d'une propreté incomparables.

Le chemin de fer est bordé, non d'une clôture en bois, mais d'une haie vive, soigneusement entretenue.

Nous passons d'abord à travers Harjleur, autrefois célèbre, principal port de Normandie, aujourd'hui grandement déchu, parceque les attérissements de la Seine ont desséché son port ;

Yvetot, qui appartenait dans l'ancien temps à un petit seigneur, qui se fit donner le titre de roi. Quand j'étais au collège, j'appris des vers de Bélanger, qui me reviennent à la mémoires ;

n était un roi d'Yvetot Peu connu dans l'histoire ; Se levant tard, se couchant tôt Donnent bien et sans gloire, Et courronné par Janneton, D'un simple bonnet de coton.

S'il avait au moins mon bonnet de soie noire et rougre ! Le fertile pays de Caux, avec ses chaumières couvertes en tuile et en verdure ;

Barentin et Malaunay : les champs, joliment accidenté sont sans clôture de bois ou de pierre.

Le pays est parfaitement cultivé, petits étangs, petits champs, petits bois, petits coteaux, petits vallons, il y a rien de nos vastitudes de l'Amérique, mais tout est coquet. Les ruisseaux sont endigués avec soin. L'Achigan serait ici une grosse rivière.

Je puis dire avec la chanson, " J*ai vu ma Normandie," la patrie de la moitié de nos ancêtres, d'où nous vient ce sang aventureux, cet esprit subtil et pointilleur, qui nous distinguent.

A 1 J heure : Eouen. Au retour, si je passe ici, la visite de cette ville intéressante, la patrie de Guillaume le Conquérant, où fut jugée et brûlée Jeanne d'Arc. Nous avons dîné, et, comme de raison, bu un bon verre de cidre de Normandie.

La vallée de la Seine est enchanteresse, par ses points de vue, et sa culture si propre. Est-il possible d'être fleuve si célèbre et de rouler si peu d'eau ! La Gatineau, la Lièvre feraient honte à la Seine.

Tenez, voici que passe sur la route au trot, une charette, juste comme nos petites charettes, qui viennent bien de France tout droit.

Après avoir traversé nombre de places : St-Etienne, Gaillon Yermon, nous arrivons à une coquette petite ville, appelée Mantes la jolie. C'est auprès de cette ville que Guillaume le Conquérant tomba de cheval et se fit la blessure dont il mourut.

Poissy, ici naquit Saint Louis ; et il fut toujours glorieux de s'appeler Louis de Poissy, en souvenir de son baptême.

Dans dix minutes nous serons à Paris ; Mgr Labelle a l'invitation de descendre à quelque grand hôtel, pour soutenir la dignité de sa mission. Je serai plus modeste. Je me rendrai tout droit à la Cité du Retira, près de la Madeleine, ou j'ai pensionné près de quatre mois il y a cinq ans, et où j'ai été très bien, trouvant surtout le calme au milieu des agitations d'une grande ville.

CTIAPITRE SIXIÈME

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