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CHAPITRE SEPTIÈME DE PARIS A LYON

Vendredi, 24 janvier. ■ — Je reprends les chars et mon crayon. A 5 heures lève et déjeune. Une demi-heure de voiture à travers Paris, encore éclairé au gaz, me conduit à la gare de Lyon. A 6 heures et 5 minutes, départ, au milieu des ombres indécises du matin, qui m'empêchent de distinguer l'aspect des faubourgs de Paris. J'entrevois assez bien Charenton, le Beau port des fous de France, où l'on traverse la Marne, et Villeneuve St-GeorgCy où l'on traverse l'Yères. L'Yères et la Marne sont deux gros ruisseaux, que l'on a décorés du nom pompeux de rivières.

A Melun, nous rattrapons la Seine, pas plus considérable que la rivière l'Assomption. Le point de vue est joli.

Nous entrons dans la forêt de Fontainebleau, la plus considérable de France. Beau bois, cela a plutôt l'air d'un parc ! Quand on a voyagé des mois à travers les forêts de la Baie d'Hudson, celle-ci n'est plus qu'une forêt en miniature.

Fontainebleau était le château qu'affectionnait Napoléon I. C'est ici qu'il fit à son armée ces adieux qui sont demeurés célèbres dans l'histoire.

A Morety un autre ruisseau-rivière.

MontereaUy buffet, sept minutes d'arrêt ; pour un café au lait, 75 centimes, une comme, 5 centimes, et un petit pain poui apporter dans les chars, 10 centimes. Ici fut assassiné Jean sans peur, et Napoléon gagna une victoire sur les Allemands. Nous quittons la Seine pour l'Yonne, une rivière qui par son volume d'eau me rappelle l'Achigan ; un peu plus considérable il faut être franc.

La rivière, la ligne du chemin de fer, et toutes les routes sont bordées de longs arbres, qui ont l'air, excusez l'expression, de coqs d'inde haut montés sur pattes avec leurs grands corps nus et leurs têtes fines.

Nous voici chez les Sénonais, qui ont donné maille à partir à César. Sens n'a que 14,000 habitants, mais elle possède un

passé rice en faits historiques. Sous la domination romaine elle fut une des capitales de la Gaule. Au YIII siècle, son archevêque était le primat des Gaules et de la Germanie. Il s'y tint plusieurs conciles, Saint Bernard y fit condamner Abélard. Déchue de son antique gloire,Seus est encore intéressante, à cheval sur l'Yonne, au fond d'un vallon, entouré de collines presque de tous côtés, avec une ceinture de champs parfaitement cultivés.

Successivement nous traversons Villeneuve, St- Julien et Joigny, connu pour ses vins. Nous sommes en pleine Bourgogne. Les coteaux sont couvert de vignes pressées auprès des pieux qui les soutiennent.

Les villages, avec leurs toits en tuile et leurs murs extérieurs en ciment gris, paraissent vieux, antiques, au milieu d'environs verdoyants, de campagnes jeunes de culture.

Nous quittons l'Yonne, (lequel mot, d'après moi, vient de Dionne, Dionesius, Denys ) pour l'Armançon.

Laroche, vingt minutes pour déjeuner. Un petit verre de cognac me réchauffe l'estomac paresseux. Ici \àent aboutir le canal de Bourgogne, qui relie la Seine au Ehône par la Sâone. Ces canaux, qui ne sont autre chose que des cours d'eau creusés et endigués, distribent, à b®n marché, le commerce intérieur du pays. Celui que nous longeons peut avoir vingt pieds de large et est bordé de deux routes, où marchent les chevaux qui trainent les bateaux. Ce genre de transport est si économique qu'il se maintient en face de la rapidité des chemins de fer, pour le commerce qui n'est pas pressé.

De Paris à Laroche je voyageai seul dans mon compartiment. Il est monté un monsieur qui étudie son journal, au 'îoin opposé, pendant que je lis et que j'écris dans le mien. Pas un mot. Je me demande ou je vous demande si deux femmes pourraient en faire autant !

Brienon, St. Florentin, et Tonnerre, nom terrible, endroit tout-à-fait joli et tranquille, ville de six mille âmes, que domine son église, perchée au haut d'une colline comme un nid d'aigle.

domina la France et Louis XIV. Quand il mourut, le roi dit : " nous sommes bien débarrassés ". Il se trompait ; alors commença pour lui l'embarras des défaites et des déficits.

Chablis est dans les environs, j'achète une demi- bouteille de Chablis, et je la bois à votre santé, en mangeant pour mon dîner un crouston trempé de ce bon vin, faisant festin seul ; car mon unique compagnon est descendu à Tonnerre.

Les compartiments sont tempérés par deux chaufferettes en zinc, remplies d'eau chaude, occupant la largeur du char, sur lesquelles on se met les pieds. Ces chaufferettes sont changées de distance en distance. A Tonnerre, on les renouvehxit pour la deuxième fois depuis Paris. Elles suffisent pour entrenir une chaleur tout-à-fait convenable ; heureusement qu'elles n'ont pas à c mbattre notre hiver canadien. Si nos chars n'avaient que ce genre de réchaud, nous gèlerions à glace de St-

Lin à Montréal.

L'Armençon, lui, le cède à l'Achigan, qui au moins à des

rives hautes, taillées à pic ou en croupes d'haridelles; il

( nous venons de passer, pendant deux minutes, dans un tunnel où il fait noir comme chez le loup) promène son filet d'eau entre des (autre tunnel qui ne finit plus, et au milieu duquel nous arrêtons presque ) rives basses comme celles de la Kivière au- Chien à Ste-Thérèse.

Tanly, Lezimes,Aney la France, Naits-sous-Ravières, Aisy, et AJintbard, petite ville située au fond d'un vallon, dans un site pittoresque, qui a donné le jour à un écrivain correct et pompeux, que notre professeur de Belles Lettres nous fit beaucoup étudier, Buffon.

Les Laumes. Dans le lointain on aperçoit le Mont Alise — Ste-Reine. C'est là que se trouvait Alesia, où César, 52 ans avant Jésus-Christ, vainquit définitivement Vercingétorix, le héros des Gaules. Dans le voisinage se trouve aussi le château de Bussy-Eabutin, le cousin de madame Se vigne, qui disait un jour de Dieudonné Louis XIV : "Ce grand roi, on dit que c'est

Dieu qui nous Ta donné ; ah ! s'il voulait le reprendre ". Pour ce bon bon mot, Louis XIV le fit mettre à la Bastille. Il méritait plutôt une image.

Le fond de la vallée était composée d'une terre grasse et riclie, en anglais loam, en français, marne ; voilà, je crois, d'où vient le nom de l'endroit.

Darcey, Verrey. Notre train va petit train ; il force, il monte nous sommes à une hauteur des terres, passant du bassin de la Seine dans celui du Ehône. Les sources de la Seine sont à quelques milles d'ici seulement.

Blaissy-BaSj on entre dans un tunnel, qui ne finit plus, deux

milles de long. Puis nous descendons bon train, sur un pan incliné, vers Dijon.

Le pays est tourmenté, le paysage est sévère ; vallons étroits et profonds, gorges sombres, sommets brusques, chaussées hautes, viaducs nombreux, tunnels à a'en plus finir, villages perchés sur des hauteurs, coteaux rocheux aux flancs rougeâtres, nos Laurentides ne sont pas plus accidentées ; et je me figure un voyage en char de St-Jérôme à la Chute-aux-Iroquois, quand Mgr Labelle aura fini son chemin de fer.

Melain^ Vêlais, Plombières et nous voilà à Dijon, ancienne capitale de la Bourgogne, et aujourd'hui, chef- lieu du département de la Côte-d'Or.

Au pied des collines appelées Côte-d'Or, dominé par un mont superbe du nom Affrique, au confluent de l'Ouclie, de la Suzon et du canal de Bourgogne, s'élève le Divis des romains, Divas Jovis, divin Jupiter, maintenant Dijon.

De 1179 à 1477, l'ont habité les ducs de Bourgogne, qui n'en cédaient pas en pouvoir au roi de France lui-même. Elle fut la patrie de Jean sans I^eur, Philippe le Bon, Charles le Téméraire, du grand Bossuet, du stratégiste Vauban et du poète Crébillon. Dans le voisinage naquit le plus grand homme de son siècle, Saint Bernard.

La ville renferme plusieurs églises et un beau musée. Je puis parler de la cathédrale de St. -Bénigne pour l'avoir vue.

"Onze minutes d'arrêt, crie le conducteur, et buffet." Comme

j'avais fait buffet à plusieurs reprises avec mon pain, ma palette de chocolat et ma bouteille de vin, et zomme je voyais sur ma carte que la cathédrale était dans le voisinage de la gare, j'y courus.

Le portail n'est pas extraordinaire avec ses deux tours terminées par un capuchon de moulin à vent. Le côtés sont solidifiés de contrefoits qui leur permettront encore de durer des siècles. A l'intérieur, d'énormes colonnes en pierre soutiennent trois voûtes aussi eu pierre. Je ne pus voir le chœur, il est fermé par une cloison en planche ;on y est à faire des réparations. Autour de la nef sont rangés quelques tombeaux d'hommes célèbres, entre lesquels j'ai remarqué un marbre indiquant l'endroit où se trouvent les restes de Philippe le Hardi, et de Anne de Bourgogne, fille de Jean sans Peur.

Il est deux heures et demi, j'entends le conducteur qui crie ; " MM. les voyageurs, en voiture, s'il vous plaît, en voiture " Poup ! Poup ! nous partons.

Sortis des montagnes, nous filons dans une vaste plaine comme celle de St-Lin, longeant sur notre droite les collines, qui portent le nom de Côte-d'Or, parce que le flanc en est tout couvert de vignobles, qui sont une mine plus riche que celles de Californie : Nous traversons le pays du vin : Gevrey, Vougeot, Nuits, Beavne, ville de 1200 habitants, dont le principal commerce est la liqueur de Bacchus.

Deux voyageurs à Dijon sont venus se constituer mes compagnons : "je ne leur parlerai pas," me dis-je ; j'ai tenu ma promesse avec un, au moins, qui vient de descendie à Beaune.

Mevrranltj Chagi^y, nous quittons la Côte-d'Or, qui .s'éloigne sur notre droite et nous entrons dans la vallée de la Thalie et de la Saône.

Fontaines, Chalon, St. -Corne, mon deuxième compagnon me quitte. Il est remplacé ] ar un nouveau venu, qui a un grand nez comme le Père G... de la Côte Joseph, ou comme un autre que vous connaissez. Il me regarde, je pense qu'il pense la la même pensée que moi.

Varennes.le.Granâ, Senneccy-le-Grand, Tournus où M le gros nez descend, laissant le mien de nouveau.

Al. : voici le Saône, que nous longeons sur notre droite, quelque chose comme la Seine au-dessus de Paris ; je con,p,ends pourquoi Dieu a donné du vin à boire aux Français avant mis dans leurs nvières une eau si troublée, si terne e't si t^erreuse ? Uchizy, FeuriviUe,, Sénozan, Maçon, 20,000 habitants, et patrie du célèbre vin Maçon. La nuit no„s enveloppe de ses voiles, une lampe fumeuse, qui res.,euible beaucoup à celle qui éclaire le char de St-Liu, projette sa pâle lueur dans mon compartiment ; dehors noir obscur. Deu.x heures nous séparent de Lyon, mon journal est fini pour ce soir, je ne vous parlerai pas de places que mes yeux ne voient point. Silence et méditons J ai passé aujourd'hui «ne des plus belles journées de ma vie, tantôt récitant le bréviaire, pour rafraîchir Pâme, tantôt isant une gazette pour distraire l'esprit, tantôt lisant un bon livre pour instruire, tantôt écrivant pour converser avec vous Je n'ai pas dit une seule parole, j'ai eu beaucoup de douces pensées. Aucune affaire n'est venue se mettre en travers de de mon repos, ce qui m'est arrivé bien rarement depuis des années. Quand la question pour laquelle je marche, se présensentait à mon esprit, je la chassais tranquillement. J'ai pris toutes les mesures éloignées qu'il m'est possible pour en a.surer le succès. Inutile maintenant de me casser la tète à tirer des plans. Quand je serai sur les lieux, que j'aurai vu "les personnes et étudié les circonstances, je serai plus en état de la re la préparation immédiate. Eu attendant vivons tranquille conhant en l>ieu, et notre étoile. Je m'accote la tête sur le' dossier du fauteuil bourré. Si le sommeil vient, il sera le bienvenu ; sinon je vais me perdre en une doucereuse faipéantise et en des rêves dorés. Béni soit le saint nom de Dieu i

'— 33 — CHAPITKE HUITIEME

A LYOîJ

Vendredi, 25 janvier. (1). — Hier soir je descendis à l'Hôtel de l'Univers, presque en face de la gare. Ce matin je me réveillai tard et je n'en suis pas fâché. En voyage, bien manger, bien dormir, ne pas aller trop vite, c'est la santé, sans compter que c'est le plaisir et l'instiuction.

Ail heures, après avoir pris un café au lait, je me rendis au Bureau des Missions Catholiques. Je n'ai besoin de personne pour me conduire dans» une ville étrangère, ma carte me suffit. AI. Morel, à qui j'ai affaire, partair^ pour aller dîner avec un évoque, et il m'a donné rendez- vous pour 3 heures. En attendant je visiterai la ville, sans me presser.

Tout près des Missions Etrangères se trouve l'église d'Ainay. J'y suis et vous écris, assis sur une chaise en face de l'autel. Il me fait plaisir que vous visitiez Lyon avec moi ; et ma chère mère, vous êtes la dame de mes pensées, qui me suivez comme il en était pour les chevaliers du moyen-âge.

Cette égUse est la plus ancienne de Lyon, bâtie sur un vieux temple payen, élevé en l'honneur d'Auguste. Elle a cinq nefs, les trois principales voûtées en berceau. Comme toutes les églises de France elle est en pierre, jusqu'à la voûte, ouvrage qui brave les siècles, mais qui a quelque chose de sévère, de sombre ; l'église de St-Lin est bien plus fraîche et plus gaie. Cependant cette église-ci, vieille de plusieurs centaines d'années, sera encore jeune, quand notre église sera chose du passé — c'est bien, allons plus loin.

Passant par la place Belle cour, j'ai gravi la sainte colline de Fourvières dans un ascenseur, et j'ai passé ici des heures délicieuses à lire, à visiter et à prier. J'ai gravi les trois cent seize marches, qui conduisent au sommet de l'église : quelle vue

(1) Il faut remarquer ici que M. Proulx, par une de ces distractions dont il n'est pas conturaier, a perdu une journée, prenant le 26 de janvier pour le 25. Il ne s'aperçut de son erreur qu'à Rome ; le lundi il s'arrêtait à St Jean-de-Maurienne dans les Alpes, pou.T y dire sa naesee, pensant que c'était le dimanche. — J. G. Fayette.

splendide nous avons du haut de cet observatoive. Je ne vous écris aucun détail sur cette chapelle, préférant vous envoyer les opuscules que ,,'ai sous la maiu. Je vous souhaite autant de plaisir à les lire que j'en ai éprouvé moi-même. J'y ajoute deux images, une pour ma chère mère, l'autre pour mon bon ami. Vite, descendons, car il arrive trois heures, et l'abbé Morel m'attend.

Les affaires sont faites. L'abbé m'invite pour dîner demain, et rencontrer M. Légaré, le président du Bureau de la propagation de la Foi. — "Merci, je pars demain matin, au retour ce plaisir, si je passe par Lyon. " Ce m'aurait été très-agréable de faire cette connaissance, de même que de visiter l'église de Saint-Pothin et de Sainte-Philomène, et quelques autres monuments de Lyon, que je suis obligé de laisser de côté. Mais n'importe, je ne veux pas manquer à la résolution que j'ai prise avant de partir, et qui est la plus raisonnable, de ne m'arrêter en route que pour ïes affaires indispensables. J'offre le sacrifice de ma curiosité pour le succès de ma mission, et j'espère que Dieu le bénira. Dans tous les cas, si je ne réussis pas, ce ne sera pas manque de persévérance tranquille et longue ; ils vont voir à Eome ce que c'est qu'une tête dure de Canayen.

Au sortir de chez l'abbé Morel, je gagnai l'église St-Jean, la cathédrale, monument remarquable par l'élégance et la pureté de ses lignes, sombre comme toutes les églises gothiques, avec vitreaux en couleurs chargées. Cela a son beau côté, je préfère le clair, le lumineux des églises italiennes ; c'est pourquoi mes châssis de couleurs sont si légers, sans compter qu'ils coûtent moins cher, considération qui entre en ligne de compte quand on n'a pas d'argent.

De là, je gagnai la grande paroisse . de Lyon, Saint-Xizier, qui a été bâtie pas longtemps après la cathédrale, au 15ième siècle, et qui a avec elle un grand air de parenté. Comme elle, l'intérieur a trois nefs, avec transept et chapelles latérales. J'y ai admiré la grande nef, très haute, avec un joli triforium à frontons. Comprenez- vous ? non . Eh bien ! ce serait trop long

à expliquer ici ; au retour, et de vive voix, les explications détaillées.

De là, je pris une course à la diable, passant devant V Hôtel de ville, qui n'est pas plus joli que celui de Montréal, devant le théâtre, devant le 'palais de justice à l'aspect imposant, et, suivant les quais du Ehône jusqu'au cours du midi, où se trouve mon hôtel, je jetai un coup d'œil à gauche sur le Lycée, sur le marché couvert, sur la gendarmerie, sur V Hôtel-Dieu, sur la Poste, sur V Hospice de la charité, sur la miairie, sur Vécole de commerce, et sur la manufacture des tabacs, qui, en France, appartiennent à l'Etat.

Je suis content de ma journée. Je connais mon Lyon, comme mon Montréal, à l'extérieur, j'entends. La ville est bâtie sur un delta de terre basse au confluent de la Saône et du Ehône, à droite sur le plateau abrupt au-delà de la Saône où se trouve Fourvières, et à gauche sur un terrain qui s'élève en amphithéâtre, au delà du Ehône.

Lyon date de 500 ans avant Jésus-Christ fondée qu'elle fut par les Grecs ; mais les ^Romains lui donnèrent une importance considérable en en faisant la capitale de la Gaule Celtique. Trajan y bâtit sur le plateau, le Forum vêtus ( l'ancien forum ) d'où par corruption vient le mot français Fourvières. Plus tard la partie principale de la ville se construisit sur le delta.

Voici la beauté principale de Lyon : deux rivières, assez larges, pas trop larges, la traversent, ayant sur chacune de ses rives des boulevards bordés d'arbres et d'une rangée de hautes maisons superbes. Vous voyez de St-Lin quel aspect magnifique Ijrésentent ces deux rangées de palais qui se regardent, ces deux rues, ces deux boulevards ombragés, séparés par un cours d'eau rapide, surtout le soir, quand l'ensemble vous apparaît mystétérieux et féerique à la lumière des gaz.

Je ne connais personne à Lyon. Cependant je puis dire à première vue, que j'y aime l'aspect général de la population. En certaine autre ville que je ne nommerai pas,tout est mondain, surfait, et le bon, par la force même des choses, doit y prendre un air évaporé. Lyon est ville catholique, et les indifférents.

trempés malgré eux de catholicisme, s'y présentent avec des manières chrétiennes et raisonnables. Enfin ici le français me paraît, non-seulement joli,fascinant, mais aimable.

Bonsoir, ma chère mère. Croyez que ce m'est un plaisir de converser avec vous. Je veux vous le prouver par ce journal que je n'ai pas omis encore de tenir un seul jour depuis mon départ. Si je vis si souvent loin de vous, en mission au Manitoba, en voyages apostoliques à la Baie-d'Hudson, en pension ;i Montréal, en courses en Europe, ce n'est pas par plaisir, c'est l^our obéir à la volonté de Dieu qui se manifeste par les ordres ou les désirs de mes supérieurs ecclésiastiques. Je vous aime beaucoup, je dois aimer encore davantage l'appel de Dieu. L'un ne contredit pas Fautre. Je vous sais assez chrétienne, assez résignée pour accepter ces absences avec patience, avec conformité à la volonté divine. Pour ce qui dépend de moi, je veux vous prouver par ces correspondances multij^liées que je ne vous oublie pas et que votre souvenir me suit partout. L'amour de ma mère se confond avec l'amour de mon Dieu.

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