ENVIRONS DE STRASBOURG
j'admirais la piété réfléchie avec laquelle ils entendaient défendre les idées et les mœurs de leur patrie contre la conquête étrangère. Mais je n'avais point encore senti à quel point leur entreprise, est vraiment alsacienne dans son principe comme dans ses fins. Ils peuvent, avec confiance, exprimer leur ambition de « dégager, maintenir et prolonger la tradition ». Dans leur pays, un tel désir n'est point chimérique; ce qu'ils souhaitent peut s'accomplir sans miracle. Dans nos provinces, nous avons aussi nos « traditionnalistes » : j'aime leur rêve et suis bien près de partager leurs illusions; mais je crains qu'ils ne se penchent sur un cadavre, capables de le galvaniser un instant, impuissants à le ressusciter. Ici l'esprit de vie anime encore l'organisme, fait penser le cerveau et réagir les muscles.
Ces Alsaciens sont nés après l'annexion. Ils ont grandi sous la domination allemande. Ils ont été, dans leur enfance, témoins des affreuses déceptions qui accablèrent leurs pères, quand ceux-ci, après avoir longtemps attendu la délivrance, durent — sans rien oublier, sans rien renier, — se courber sous la loi du vainqueur. Quand eux-mêmes sont arrivés à l'âge d'homme, ils ont regardé autour d'eux, ils ont regardé du côté des Vosges, et ils ont compris : le temps des protestations héroïquesétait passé. L'œuvre utile,
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urgente, indispensable, c'était de conserver à leur patrie sa personnalité séculaire, ses ressources morales, son caractère intellectuel, l'originalité de sa culture ; il fallait défendre le trésor héréditaire contre les Allemands qui, pour mieux sceller la conquête, voulaient tout germaniser des Vosges au Rhin; il fallait aussi la défendre contre les Alsaciens eux-mêmes, car, depuis 1871 l'émigration incessante avait appauvri la province et diminué sa force de résistance. Ils se mirent à la tâche. Ils s'efforcèrent de donner à l'Alsace un sentiment plus vif de ses origines ethniques, de son histoire, de son art. Mais ils ne se contentèrent pas de parler aux lettrés et de proclamer obstinément les droits de Pesprit alsacien, du goût alsacien, de la civilisation alsacienne. Ils encouragèrentla fondation d'un « théâtre alsacien ». Ils poussèrent les paysans à s'attacher toujours davantage à leurs vieux costumes et à leurs vieilles maisons. Ils répandirent partout l'image de ces choses anciennes par des photographies, des estampes et des cartes postales. Ils encouragèrent leurs peintres, leurs sculpteurs, leurs architectes à s'inspirer des productions de l'art indigène. Enfin ils fondèrent à Strasbourg le Musée alsacien où ils exposent, non pas des œuvres rares et précieuses, mais tout ce qui, depuis des siècles, constitue le décor de la vie populaire et bourgeoise : meubles, ustensiles
LA SORTIE DES VEPRES A ETTENDORF