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VOLTAIRE EN ALSACE

sous le titre d'Annales de l'Empire, et pensait trouver en Alsace toutes les ressources nécessaires pour achever son ouvrage. D'autre part, l'occasion lui était favorable de surveiller de près ses intérêts : en 1735, il avait prêté un capital de 3oo.ooo livres au duc Charles-Eugène de Wurtemberg contre une rente viagère de 7.5oo reichsthaler, et cette créance était hypothéquée sur des vignobles de Riquewihr. Il n'était pas fâché de s'assurer par lui-même que le gage était bon et les vignobles sagement administrés.

Après quelques semaines passées à Strasbourg, il vint à Golmar et s'y installa dans une maison de la rue des Juifs appartenant aux époux de Goll. Le logement qu'il occupait — deux pièces au rez-de-chaussée — sert maintenant de magasin à un droguiste. Les deux fenêtres qui s'ouvrent sur la rue sont garnies de jolies grilles. Sur le mur, point de plaque commémorative, mais l'affiche d'un dentifrice.

« J'habite, écrit Voltaire, une vilaine maison dans une vilaine ville. » Tout de même il s'accommoderait de la maison et de la ville: ses hôtes sont bons et attentifs; des hommes érudits et charmants viennent le visiter, comme cet avocat du barreau de Colmar, M. Dupont, « homme d'une grande indépendance dans les idées, aimable, doué d'une imagination vive et

enjouée et grand amateur de littérature » ; Collini fait chaque soir sa partie d'échecs ; la jeune cuisinière Babet, bavarde et fille d'esprit, a pour lui des « prévenances que les domestiques n'ont point ordinairement pour leurs maîtres » ; enfin, il a sous la main les livres et les hommes qu'il lui faut pour se renseigner sur l'histoire de l'Allemagne, et l'imprimeur Joseph Schœpflin, frère de l'historien, édite ses Annales de VEmpire. Dans tous les cas, il s'accommoderait de l'Alsace, car il rêve de se faire bâtir une jolie maison sur les ruines du château de Horbourg, qui appartient à son débiteur, le duc de Wurtemberg. Comme «cette vénérable masure» est l'objet d'un procès, il y renonce : « Je n'irai pas, écrit-il, bâtir un hospice qui aurait un procès pour fondement » ; mais il se met à la recherche d'un autre domaine. Malheureusement, en Alsace, comme ailleurs, Voltaire ne peut échapper aux trois ennemis qui troublent partout son bonheur : la goutte, les contrefacteurs et les Jésuites.

Il a coutume de faire le malade : c'est son procédé pour se délivrer des fâcheux; mais, surtout, en se disant moribond, il pense exciter la compassion de ses amis et donner à ses ennemis le rassurant espoir d'une prochaine délivrance. Il ne faut donc pas être dupe de ses éternelles doléances, et ne point le prendre

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