CECI ET CELA
Une pensée de M. Sauvage, doyen de la faculté des lettres de Toulouse — lequel, du reste, en a publié de fort jolies :
« La cause la plus ordinaire du célibat des filles, c’est qu’elles ne sont ni assez riches ni assez pauvres pour se marier. »
Je crois que la première des deux causes est la plus facile ù prouver; néanmoins, à cause de l’obscurité de la phrase, je proposerai à M. Sauvage une variante qui aura au moins le mérite d’une clarté incontestable — et qui, au fond, aura le même sens que sa pensée :
« La cause la plus ordinaire du célibat des filles est qu’on ne les épouse pas. »
J’ai toujours été, en journalisme et en littérature, pour la signature réelle; en affaires commerciales, pour la marque de fabrique, ce qui est absolument la môme chose. J’ai cependant vu des journalistes
plaider avec une éloquence suffisante pour la marque
de fabrique dans des articles qu’ils ne signaient pas. M. le maire de la ville de Tours en France vient
de prendre un arrêté qu’on ne saurait trop approuver.
Remarquant que l’on vend beaucoup de viande do • vache pour de la viande de bœuf, et de chèvre et de
bouc pour du mouton (cette dernière fraude est peu usitée à Paris, mais très-ordinaire dans le Midi, où l’on élève les chèvres par grands troupeaux), M. le maire de Tours a décidé : « Les animaux de boucherie abattus à l’abattoir de Tours ne pourront en sortir que marqués sur les divers quartiers : les bœufs de la lettre 13, les vaches de la lettre Y, les chèvres et les boucs de la lettre C. »
C’est évidemment une innovation à imiter.
J’ai lu je ne sais où un bel éloge de la chasse : « Heureux celui qui n’a plus les hommes, mais seument les loups et les renards pour ennemis. »
Quel que soit le faux droit que notre orgueil s’arroge, Si l’homme fait les lois, la femme les abroge.
Je compare ces gens si sages pour les autres — aux critiques qui sont facilement devenus grammairiens, mais ne pourraient cependant faire un livre.
Nous appelons entêtement la persévérance des
autres, et nous réservons le nom de persévérance pour notre entêtement.
« Mon ami, disait un homme à un autre qui lui demandait cinq francs, il faut savoir se priver et se contenter de ce qu’on a. Quand je ne puis pas avoir un faisan à mon dîner, je me contente d’un perdreau ; si je n’ai pas de vin de l'Ermitage, je bois tout simplement du vin de Bordeaux, pourvu qu’il soit d’un bon cru et pas trop jeune. »
Il y a une chose dont il serait dangereux que les femmes fussent trop convaincues : c’est qu’il n’y a pas d’amants aussi amoureux et aussi aimables que ceux qu’elles rendent malheureux.
L'obscurité augmente l’audace des amants de tout le courage qu’elle ôte aux autres hommes.
On a mis l’honneur des hommes dans la bravoure, et celui des femmes dans la chasteté ; ici est un grand désavantage pour les femmes.
Ce n’est pas avant vingt ans qu’un homme a à faire
preuve de sa bravoure — et cela en public, devant des amis et des advei'saires dont la présence le soutient de deux côtés différents.
Une femme a à lutter beaucoup plus tôt pour sa chasteté; — et ces combats ont lieu, en secret, sans témoins.
Chez l’homme, l’amour naturel de la vie est combattu par la colère et l’orgueil, qui sont des instincts également naturels.
Chez la femme, l'amour n’est combattu que par des conventions sociales.
Le poète, à grands pas, s’éloigne de la foule Et va chercher la mousse et les ombrages frais. C’est dans le fond des bois que le ramier roucoule; Le rossignol ami dos nuits et des forêts Ne chante pas à l’heure ou caquète la poule.
Quand les hommes ne sont pas très-supérieurs aux femmes, ils leur sont très-inférieurs.
11 ne faut pas trop s’inquiéter pour l’avenir de la bassesse et des turpitudes d’une époque; il y a six
mois, on a enterré du fumier au pied de ces rosiers,
' et ils lui doivent une partie de leur éclat et de leur parfum.
Le plus souvent, il suffit que la femme ait un visage ; — l’homme est à peu près obligé d’avoir une tôte — ou, du moins,
Cette chose arrondie, et que, pour être honnête,
Par cela qu’elle est haut, j’appellerai la tête.
En amour, les femmes regardent le commence-
ment, et les hommes la fin.