‹ En FùmantChapitre 15 sur 62 · DE M. BAB1H1T · texte numérisé non relu

DE M. BAB1H1T

Le rêve de M. Babinet de l’Institut serait d’èlre métamorphosé en quelqu’un de ces capucins hygrométriquesqui,par l’influence qu'exerce sur une corde

de hoyau la sécheresse ou riiumiditc, ôtent ou remettent leur capuchon, selon que le temps doit être serein ou pluvieux; ce capucin serait de stature colossale et placé au faîte d’une colonne de façon à être aperçu de tous les points de Paris.

M. Babinet explique tout, prédit tout, et a remplacé et détruit Nostradamus et le Double Liégeois; donc, les almanachs sont aujourd’hui devenus impossibles. Ce n’est pas un de ces savants comme Réaumur, qui disait souvent : « Je ne sais pas; » comme Arago, qui le disait quelquefois.

M. Babinet a expliqué dans le temps les tables tournantes. — Les tables tournantes! — j’ai vu à Nice, il y a deux ou trois ans, une forte et très-belle personne, qui riait beaucoup des explications de M, Babinet, devant lequel elle avait fait tourner une table — et qui donnait du phénomène d’autres explications fort claires, qu’elle terminait par ces mots expressifs et colorés :

— C’est amusant, mais c’est la mort aux bottines.

A propos de prédictions sur l’hiver, M. Babinet vient de le déclarer devoir être très-rigoureux. Les

marchands de bois et les marchands de mottes à brûler ont fait un banquet où Ton a prodigieusement bu et tosté à la santé de M. Babinet, auquel on a ensuite offert une bûche d’honneur et des molles à brûler enjolivées de faveurs tricolores; la députation de ces honorables commerçants chargée de porter cet hommage à M. Babinet lui a adressé des paroles chaleureuses — auxquelles M. Babinet a répliqué par un discours bien senti.

Je regrette de n’avoir pu me procurer le texte de ces deux morceaux ; tout ce que me dit mon correspondant, c’est que le discours des représentants du combustible a déclaré le membre de l’Institut « protecteur des rondins et cottrets et sauveur des mottes à brûler reconnaissantes. »

Tous les ans, les journaux, comme M. Babinet

cette année, prophétisent un hiver rigoureux : on a vu des volées d’oies sauvages traverser ou ceci ou cela; or, les oies sauvages et tous les oiseaux voyageurs émigrent tous les ans à la même époque, sans en savoir plus long sur l’avenir de l’hiver que n’importe quel membre de l’Institut.

Il est également une autre nouvelle que la plupart des feuilles périodiques annoncent invariablement une fois par an. C’est une tentative de plantation de

mûriers blancs — et Y espoir que cet arbre pourra

s’acclimater en France. •

Or, Sully, le ministre d’Henri IV, avait fait de

grandes plantations de mûriers blancs qui sont tous

acclimatés depuis plus de deux cent cinquante ans.

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