A M. LE PRÉFET DD JURA
Le préfet du Jura vient de prendre un arrêté prescrivant aux gardes qui dressent des procès-verbaux pour délits de chasse, de décrire minutieusement les armes saisies, afin de mellre fin à cet abus qui consiste à présenter au tribunal un fusil de dix francs, . acheté chez le premier revendeur, à la place souvent d’une arme de grand prix.
Je gage que M. le préfet du Jura rapportera son
arrêté ou le modifiera quand on lui aura soumis les observations que voici :
La loi défend aux gardes de désarmer les chasseurs pris en contravention — et la loi a raison : être désarmé est choquant, humiliant dans un moment surtout où Ton est échauffé par l'odeur de la poudre, chagriné d’être surpris, et enchanté de pouvoir se fâcher contre quelqu’un à propos d’un désagrément dont raisonnablement on ne devrait se prendre qu’à soi-même.
Des luttes, des blessures, des meurtres avaient été causés par les tentatives faites par certains gardes pour désarmer des chasseurs.
Comment pourra-t-on décrire minutieusement un fusil si on ne le tient pas à la main? comment le tenir à la main si le chasseur ne veut pas le donner? et pourquoi le donnerait-il, puisque la loi n’accorde pas au garde le droit de le désarmer?
Que fera le garde? Le préfet lui ordonne de décrire minutieusement le fusil; le chasseur ne veut pas le lui livrer et la loi lui défend de le prendre.
Se fera-t-il à l’avance une description de fusil ma-
gni tique — qu’il attribuera à tous les chasseurs contre lesquels il procédera? Mais son serment!
Il n’y a pas à craindre que l’on se fasse confisquer un fusil de dix francs si Ton veut bien faire attention à ce qui se passe à Paris en pareille occurrence — je ne sais si c’est en vertu d’une loi. d’une ordonnance, ou d’un arrêté.
Le fusil est toujours réputé valoir cinquante francs — sans examen préalable ni postérieur. C’est comme le diamant de deux mille francs que l’on lègue au notaire ou à l’exécuteur testamentaire; cela veut dire : « Une pièce de deux mille francs. »
On évite ainsi des chances d’événements funestes, qui trop de fois ont fait mourir deux hommes, Lun par le fusil, l’autre par l’échafaud.