L'ÉCOLE VEUILLOT
Un curé (école Veuillot), ayant insulté en chaire une de ses paroissiennes, a été condamné pour diffamation. — Mais le jugement a été cassé par la cour
impériale de Toulouse, parce qu’un ecclésiastique ne
peut être poursuivi sans l’autorisation du conseil d’État; le rapporteur au conseil d’État conclut à l’autorisation de poursuivre, le procès va recommencer.
Cela me rappelle un autre procès que j’ai vu dans mon enfance dans une petite ville.
Une personne de la ville avait l’habitude de se jlacer dans la nef de l’église sur deux chaises, au bas de la balustrade qui fermait l’autel de la Vierge, et cette balustrade lui servait à poser son livre ou à s’appuyer.
Le curé, qui était mal avec cette dame, imagina do
faire mettre trente-deux pointes de fer très-aiguës sur cette balustrade.
Comme ce n’était pas un fait isolé, comme, en donnant l’eau bénite, il affectait de n’en pas donner à cette dame, relevant son goupillon avec un geste d’horreur quand il arrivait à elle, il y eut plainte et procès; le curé fut admonesté et contraint d’enlever les trente-deux pointes de fer.
Il yalongtemps déjà, dans une bourgade que j’habitais, un curé contre lequel j’avais eu, par hasard, à défendre les droits des pauvres, s’avisa de prêcher contre moi le dimanche; cela eut un succès prodigieux. Le dimanche suivant, l’église était pleine. Enivré de son succès, il recommença de plus belle ; je mis fin à cette comédie par le procédé très-simple que voici : je priai un journal de la ville voisine de me permettre de publier tous les lundis un feuilleton sur les représentations données chaque dimanche par M. le curé*** dans l’église de... : après deux feuilletons, il y eut relâche.
Un journal de Bruges — également école Vcuillot — vient de donner le scandale d’injurier, le lende-
main de son enterrement, un homme qui, usant de sa liberté de conscience et se confiant dans la grandeur de Dieu, avait voulu être inhumé sans aucune cérémonie.
Il y a un vieux proverbe qui dit : « Il vaut mieux parlera Dieu qu’à ses saints. » Pourquoi voulez-vous qu’un homme qui, dans sa libre opinion, ne vous croit pas les saints de Dieu, vous charge, vous qui restez ici-bas et y resterez le plus longtemps que vous pourrez, d’intercéder pour lui auprès du Souverain Maître, en présence duquel il se trouvera tout à l’heure?
En général, dans beaucoup de discussions de ce genre, on a tort des deux cotés : les prêtres quand ils veulent obliger à avoir recours à leur ministère des gens qui, à tort ou à raison, n’ont pas de confiance dans ce ministère, et les libres penseurs morts, quand ils prétendent obliger les prêtres à dire sur eux des prières à l’efiicacité desquelles ils necrovaient pas vivants.
Les cimetières n’appartiennent pas à telle ou telle
Eglise; — ils appartiennent tout simplement aux
no
morts — qui peuvent y user de leur droit d’asile dans la forme que leur libre conscience leur fait supposer la meilleure. La sortie de la Patrie de Bruges a été avec raison jugée odieuse.