‹ En FùmantChapitre 19 sur 62 · CE QU'ON DEVRAIT FAIRE DES AMENDES · texte numérisé non relu

CE QU'ON DEVRAIT FAIRE DES AMENDES

Voici, venant de la cour d’assises de Paris, un renseignement qui n’est pas sans intérêt :

« La collecte de MM. les jurés pour la deuxième quinzaine de décembre 1858 a produit la somme de 250 francs, dont 130 francs ont été attribués par eux à une jeune fille, victime de traitements odieux de la part de ses père et mère, condamnés au cours de la session, laquelle somme sera placée, au nom de cette enfant, à la caisse d’épargne par les soins de M. le président.

« Les 120 francs restants ont été distribués par portions égales de 15 francs entre les huit sociétés de

fil

bienfaisance ci-après indiquées, savoir : Colonie de Mettray, Patronage des prévenus acquittés. Patronage des jeunes détenus, OEuvre des prisons, Société des jeunes économes, Société des amis de l’enfance, Patronage des orphelins des deux sexes et Patronage des orphelins et fils de condamnés.

' » Les sommes ainsi recueillies par MM. les jurés à la lin de chaque session, et destinées aux maisons et actes de bienfaisance, se sont élevées pour cette année 1858 au chiffre de 5,522 francs 55 centimes ; l’année 1857 n’avait produit que 5,368 francs 10 centimes; ce qui donne un excédant de 144 francs 45 centimes pour 1858. *

Il me semble que la collecte de MM. les jurés montre une route bien légitime et bien honnête aux diverses amendes prononcées par la justice et dont le sort m’a souvent inquiété; à tel point, que je n'ai pas toujours été maître de dissimuler mon inquiétude.

Exemple :

A donne à B un coup de poing au milieu du visage.

B se plaint et va montrer le bleu à la justice; la

justice examine le bleu , le constale, le blâme, — et condamne l’auteur à cinquante francs d’amende.

Qui touche l’amende? B... probablement? Non; l'État a tant de chagrin de voir ses enfants se faire mutuellement des bleus au lieu de vivre dans une douce paix, qu’il est obligé de s’offrir à lui-même des consolations. Il garde les amendes pour lui.

L’État me rappelle un peu cet homme qui, voyant une femme s’évanouir, tire, secoue et casse la sonnette; on accourt.

— Vite un verre d’eàui

Notre homme le boit.

Ces amendes — j’ai déjà demandé qu’elles servissent à faire un fonds pour indemniser les gens accusés par erreur, emprisonnés, ruinés, déshonorés, acquittés et renvoyés avec ces mots qui, quoique prononcés avec onction par certains présidents, ne réparent pas tout à fait le préjudice causé :

— Ordonne que un tel sera immédiatement mis en liberté, s’il n’est détenu pour autre cause.

un fumant. .

11 DAMETH, PROFESSEUR D'ÉCONOMIE PCUTIQUB

Page 1