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USE HISTOIRE DE RESPECTABLES PETITES GENS QUI ONT UN GRAND CŒUR

Voici une petite histoire que vous feriez peut-être aussi bien de ne pas lire si vous êtes avare — parce que vous êtes exposés à ce qu’elle vous coûte quelque chose.

Il y a deux ans, il y avait à Saint-Etienne (tout près de Nice) deux familles : l’une composée d’une vieille femme et de son' fils infirme et impotent depuis son enfance, l’autre d’un jeune couple d’ouvriers.

La vieille femme faisait l'école à quelques petits «

enfants, à raison île un franc par mois, trois liarüs

par jour; — son fils, que sa santé rend incapable de toute fatigue, confectionnait des souliers d’enfant à

deux francs la douzaine.

Dans l’autre ménage, le mari était menuisier; la femme avait un petit enfant qu’elle allaitait en se livrant aux soins de la cuisine, des raccommodages, de la lessive, etc.

Ces deux familles étaient devenues amies par le voisinage et un peu par la pauvreté. Tout pauvre que chacun était, il trouvait moyen de rendre des services à l’autre : la jeune femme aidait sa vieille voisine, qui, en retour, lui donnait affectueusement tous les conseils de son expérience. De part et d’autre, la grande difficulté — la terreur perpétuelle — c’était i& loyer, le fit — pour lequel il fallait une grosse somme, une soixantaine de francs par an. Soixante francs est un édifice très-long à construire quand on

doit le construire de sous et de demi-sous.

C’élnil le sujet ordinaire de leurs conversations, c’était l’ennemi.

Quand ils entendaient parler de quelqu’un de riche, de quelqu’un d’heureux, ils pensaient tout de suite qu’il n’avait pas de loyer à paver.

Pour eux, ne pas payer de loyer, c’était le bonheur — c’était le rêve — c’était la chimère.

La vieille maîtresse d’école portait ses doléances et ses prières aux pieds d’une Vierge de bois sculpté qui est depuis longtemps dans sa famille et qui est le seul reste de sa fortune passée; car elle a été autrefois marchande, elle a été boulangère, et s’est ruinée en faisant trop de crédit aux pauvres gens.

Qui donne aux pauvres prête h Dieu!

a dit le grand poêle Hugo.

« Dieu paye, mais il ne paye pas tous les samedis, » dit un vieux proverbe.

Là est toute l’histoire de la maîtresse d’école, elle est créancière de Dieu.

Elle avait accoutumé la femme du menuisier à la dévotion envers sa Vierge de bois — devant laquelle, chaque samedi, elle n’a jamais manqué d’allumer une

lampe; — quand on était trop pauvre, on prenait pour la lampe l’huile destinée à la soupe.

Grâce à cette Vierge de bois et à la dévotion qu r on avait pour elle, l’espérance dorait la misère des deux ménages.

Un jour, la jeune femme fit un héritage — quatre cent cinquante francs ! — elle n’eut alors qu’une pensée, ne plus payer de loyer. Il se trouvait auprès d’eux un petit terrain tout entouré de planches et renfermant une source et deux oliviers. Le propriétaire en voulait sept cents francs; il fallait emprunter trois cents francs; le notaire trouva la somme pour le menuisier.

La jeune femme courut alors embrasser la vieille

maîtresse d’école, et lui dit :

— Et vous aussi, bonne mère, vous aurez une maison et vous n’aurez plus de loyer à payer; Jaisseznous le temps, et tout ira bien.

Les voilà donc avec un terrain — et trois cents francs à payer; — mais ça ne s’appelait plus loyer et ça ne les effrayait pas. On travaille deux heures de plus le malin et le soir, on travaille le dimanche, en

priant la Vierge de bois d’en obtenir le pardon — intercession facile.

Il s’agit de bâtir la maison; on prend les planches qui entouraient la propriété, on la met sous la garde de la Providence; la maison se construit; — elle est mal fermée, médiocrement ouverte; — il n'y a pas

de cheminée, on fait la cuisine en plein air; mais on

ne paye plus de loyer, on est chez soi, à l'ombre de ses oliviers; on boit l’eau de son puits, on est heureux. Sauf un point : — il fallait faire une place dans ce bonheur à la maîtresse d’école et à son fils; eux sont encore la proie du monstre, du loyer féroce ; il leur faut une maison. On regardait le terrain, on

soupirait, et on disait :

— Ça sera là.

La vieille répondait :

— Soyez tranquilles, la Vierge y pourvoira.

— Et, chaque samedi, on allumait dévotement la lampe.

Un jour, un étranger voit le pauvre infirme oui se

traînait avec peine; il cause avec lui, s'intéresse à son sort.

— Vous devez être bien malheureux r

— Je ne le serais plus si j avais une maison pour ma mère et pour moi.

— Une maison? Mais c’est cher, une maison.

— Avec soixante francs, j’en verrais la (in.

L’étranger donne les soixante francs.

Le menuisier se met alors à l’œuvre; il achète des planches et des clous; il travaille la moitié des nuits et tous les dimanches; trois mois après, il a construit

pour ses vieux amis une maison de deux étages, une chambre par étage.

Quelle fête pour le jeune ménage quand il installa ses amis !

— Nous sommes voisins! nous sommes chez nous! plus de loyer à payer! nous sommes heureux! Dieu a payé sa dette.

Ce n’est qu’au bout de longtemps que l’on s’aperçoit qu’il manque quelque chose au bonheur : la maison de bois est, pendant l’hiver, bien froide pour une femme de quatre-vingts ans et pour son (ils infirme; celle du menuisier est malsaine : le lit est sur la terre; les enfants, il y en a deux maintenant, y sont quel-

qucfois malades. Le rêve des deux ménages est d’avoir une maison en pierre. La jeune femme dit : — La maison se fera; j’ai toujours eu du bonheur!

La vieille prie la Vierge de bois.

Le menuisier, lui, a sa manière de prier. — 11 thésaurise des pierres et du sable, il les ramasse et les apporte aux las; on le rencontre quelquefois loin de chez lui, avec une pierre sur l’épaule.

Le plan de la maison est fait: il y aura deux étages et deux chambres à chaque étage — un étage pour chaque ménage, — de cette façon on économisera un toit, et les toits coûtent très-cher.

Mais quand tout cela pourra-t-il se faire?

Une voisine de ces deux familles intéressantes a décidé que ce serait bientôt ; elle est venue me raconter ce que je viens de dire exactement comme elle me l’a raconté; elle va faire une loterie dont le résultat, elle l’espère, comblera les vœux des deux ménages.

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