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LE TÉMOIN

Que les choses ne se passent pas dans les cours comme ailleurs, je le veux bien; que les princes et les rois aient des privilèges de toute nature, c’est une vérité que je dois reconnaître, que je le veuille ou non.

Cependant il est, devant la grammaire et le bon sens, des prétentions qu’il est impossible d’admettre.

Il est né un fils au prince Frédéric-Guillaume de Prusse ; on a baptisé le jeune prince, et, à ce sujet, on écrit de Berlin au journal le Nord :

« C’est hier, à une heure de l’après-midi, qu’a eu

lieu, dans la chapelle du château royal, la cérémonie solennelle 4I u baptême du jeune prince fils de Son Al (esse royale le prince Frédéric-Guillaume de Prusse.

« Les témoins présents étaient : Leurs Altesses royales le prince et la princesse de Prusse, le prince et la princesse Charles, les princes Adalbert père et fils, les princes Alexandre, Georges et Adalbert de Prusse.

« Les témoins absents étaient : Sa Maj de la Grande-Bretagne et le prince-consort, l’empereur et l’impératrice mère de Russie, le roi de Hanovre, le roi des Belges. »

J’accepte les témoins présents ; je n’ai rien à dire contre eux; ce sont gens de haute naissance et de grand nom; maisfplus que tout cela, ils sont présents.

Quant à ce qui est des témoins absents , qui sont pour le moins d’aussi haut rang, sans être peut-être d’aussi bonne maison, au point de vue des convenu tions héraldiques, — je suis désespéré de leur refuser quelque chose, mais je ne puis les admettre en cette qualité.

S’ils sont empereurs, rois, reines, tout ce qu’ils voudront — qu’ils aient des armées, des flottes, beau-

coup d'argent dans leurs coffres et dans ceux de leurs

sujets; — mais, sans manquer en rien aux égards et

aux respects qui leur sont dus, je maintiens qu’ils ne peuvent être à la fois témoins et absents , — de par la grammaire, la logique et le sens commun, auxquels les plus grandes majestés sont forcées de se soumettre.

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