VENDRE, DÉVOUEMENT D’OCCASION
De tout cela, les exemples sont si fréquents, si communs, que j’avais espéré que, dans le très-petit
nombre des progrès obtenus, on pourrait peut-être compter celui-ci, qu’on n’oserait plus jouer cette comédie usée, et prononcer ces paroles ridicules.
Nous allons donc voir si l’on va, en Angleterre, avoir l’esprit de prendre les phrases de lord Derby au mot, être touché de son dévouement pour les intérêts publics, mais, en même temps, le rendre aux douceurs de la vie privée, qu’il regrette d’une façon si touchante, — et cela non pas à la chambre des corn-
mîmes, mais devant l’assemblée aristocratique, devant des personnages, non pas plus éclairés que les membres de la chambre des communes, mais qui ont vu plusieurs fois les représentations de la vieille comédie en question, qui la savent par cœur et sont plus portés que d’autres à la siffler.
Allons donc! ceux qui se mêlent aux affaires publiques sont des ambitieux; il n’y a qu’une passion qui puisse donner la force de s’exposer aux injures, à l’injustice, à la calomnie, à l’ingratitude.
Mais il y a des ambitieux de plusieurs sortes et de plusieurs rangs.
Je ne veux pas parler des rapaces et des avides.
Parmi les ambitieux, il y en a qui, avec une légitime conscience de leur valeur, ont l’orgueil d’avoir agrandi leur pays — les uns en large, c’est-à-dire en territoire, ce sont les conquérants, maudite et misérable espèce — les autres en hauteur, c’est-à-dire en lumières et en liberté, ce seraient les philosophes.
11 y a d’autres ambitieux qui se trompent sur leur valeur, sur leur puissance, sur eux-mêmes, sur les autres; ceux-là sont des acteurs à siffler.