‹ En gagnant mon painChapitre 18 sur 29 · Nikone. Voir la notice. page · texte numérisé non relu

Nikone. Voir la notice. page

antérieurs à Nikone, ou de belles copies de ces livres, faites par les sœurs cloîtrées de l’Irghize et du Kerjentz, ou encore des icônes de style ancien, les croix et des reliquaires de cuivre avec ornements de fonte étrangère, des carafes d'argent données par les princes de Moscou à leurs protégés. Tout ceci, on nous le proposait avec des airs mystérieux, avec circonspection, en cachette.

Notre commis et notre voisin étaient également à l'affût des vendeurs de ce genre et essayaient de se les enlever mutuellement; ils achetaient ces antiquités pour quelques roubles et ils les revendaient.à la Foire, aux riches vieux-croyants, des centaines de able TETE

Le commis me prévenait :

— Surveille-les, ces démons, ces sorciers, guette les de tous tes yeux! Ils apportent le bonheur avec eux !

Quand survenait un vendeur de ce genre, le commis m'envoyait chercher un vieil érudit, Piotre Vassilytch, expert en livres, en icônes d’ancien style et en toutes espèces de vieilleries.

I était très grand, il avait la barbe longue, comme Vassili le Bienheureux, des yeux intelligents éclairaient son visage sympathique. Appuyé sur un long bâton, il boitait un peu en marchant, car il était amputé du métatarse à un pied: été comme hiver, il portait un long vêtement, léger et mince, une casquelte de ne de forme étrange en à une casserole. Vif, le torse droit, il courbait les épaules et tendait le cou en pénétrant dans la boutique; il soupirait, se signait fréquem-

ment avec deux doigts et murmurait sans cesse des prières et des psaumes. Cette faiblesse, cet air vénérable inspiraient du coup confiance au vendeur.

-— Qu'y a-t-il qui ne va pas? demandait le vieillard.

— Cet homme apporte une icône à vendre: il ‘prétend qu'elle est de Stroganof!.

— Hein?

— De Stroganof.

— Ah! J'entends mal, le Seigneur a protégé mes oreilles de D inaton des paroles Nikoniennes.…

. Il regarde attentivement l’icône et prononce son jugement :

— Au premier coup d'œil, l’image a l'air d’être de style Stroganof ou même d'Oustioujsky ou de

Souzdal, mais quand on l’examine de près, on voit que c’est une imitation.

Quand il disait « imitation » cela signifiait que l'icône était rare et précieuse. Toute une série

d'expressions convenues indiquaient combien l'on

. pouvait donner de l'icône ou du livre; je savais que les mots « désespoir et désolation » signifiaient dix roubles, « Nikone le tigre » — vingt-cinq: J'étais indigné en voyant comment l’on trompait le vendeur; hélas! c’est le commerce! mais le jeu habile de l'expert m'amusait.

— Les vieux maîtres, comme Pimen Ouchakof — quoique ce fût un hérétique .— peignaient toute l'icône eux-mêmes, le fond et les visages, et la vernissalent ensuite, mais, de nos jours, les vils petits

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