‹ En garde! [microform]Chapitre 3 sur 33 · ALBERT LOZEAU · texte numérisé non relu

ALBERT LOZEAU

Le francals au Canada

Hors l’anglicisme qui ruine et déshonore no.re précieux idiome, nous parlons bien le français, quoi qu’en disent ces Américains ignares qui prétendent que nous parlons l’argot, le patois. et distinguent notre langue du “Parisian French” ou irançais de Paris.

Comment pourrait-il se faire que notre

français, et surtout celui de la classe instruite, diffère tant de celui de Paris? Les amateurs de lecture la font toujours dans des livres venant de France. Les grammaires enseignées dans nos écoles sont, ou françaises, ou approuvées par les autorités françaises, et il en est de même de nos dictionnaires.

Il vst vrai que nous avons conservé dans notre langre des expressions vieillies, des modes de prononciation archaïques, mais nous n’avons pas à en rougir.

Sauf l’anglicism- de malheur, nos illettrés eux-mêmes parleraient encore un français plus pur que celui du paysan de France.

Les éminents Français qui sont venus au Canada pendant les dernières années, ont été surpris et charmés du cachet d’atticisme que révèle la langue du. Canadien-français.

Mgr Toucket, M. Arnould, M. Hugues Le Roux. M. du Roure, l’abbé Thellier de Poncheville, M. Gerlier, ne pouvaient entendre parler nos gens sans en éprouver une douce et yrofonde émotion. ‘MM.

Etienne Lamy, &ené Bazin, Gustave Zidler, lors de leur récent passage en ce pays, ont éprouvé des sentiments identiques.

Le climat et la topographie de notre pays nous ont parfois obligés à créer des mots que ne possédait pas la langue française, mais, sur ce point, nous pouvons nous vanter d'avoir eu la main heureuse. YŸ 4-t-il en effet des mots plis harmonieux.et plus expressifs que ces canadianismes: sucrerie,

poudrcrie, banc de neige, pouvoir d'eau, la brunante, bordée de neigef

Tenons fermement à notre langue, mais que ce soit avec sagesse et discrétion. Entre l’anglomanie et l’anglophobie, il existe un juste milieu qu’il faut savoir discerner. Les deux langues sont nécessaires pour atteindre les plus hautes sphères du commerce, de l’industrie et de la science. Nous ressemblons à l’aigle qui a besoin de ses deux ailes pour s'élever dans les plus hautes et les plus pures régions de l’azur du firmaments

Il y a quelques années, nous racontait l'hiver dernier un spirituel nouvelliste de la vieille capitale, vivait à Québec un certain Jérôme Pâturot, qui habitait cette ville historique depuis sa naissance inclusivement. Ce n’était pas un patriote vulgaire comme on en voit tant. Il avait voué aux Anglais une haine implacable. Ses cheveaux se hérissaient d’horreur devant tout ce qui était anglais ou qui sentait l’anglais de près ou de loin, et, si le Canada n’était pas débarrassé des liens qui lunisent à l'Angleterre, ce n’était pas la faute de Jérôme Pâturot, vous pouvez m’en croire.

T1 demeurait dans le quartier Saint-Roch.

parce que C'était le plus français de la ville.

Jamais il ne voulut apprendre le whist n le euchre parce que ces jeux sont d’origine anglaise.

Pour lui faire plaisir, sa femme, le jou:

de sa fête, lui avait acheté un superbe ves-

ER

ton de laine d'Angleterre. (Comme c'était un produit de l’industrie anglaise, il ne voulut jamais le porter, et le laissa dormir dans la vieille armoire.

Jamais il ne trempait ses lèvres patriotiques dans de whisky, le gin ou le rhum à cause du nom anglais de ces boissons. Il sæ contentait de la bonne bière de Beauport.

Quand il se couchait sur le côté droit, Jérôme ronflait comme un tuyau d’orgue et réveillait toute la maisonnée.

Après mille tentatives inutiles pour le faire changer de côté, on s’avisa un jour de lui dire qu’il ronflait comme l’orgue de la cathédrale anglaise. Jérôme changea héroiïquement de côté.

Si les anglophobes-du style de Jérôme Pàturot sont tellement rares qu’ils passent pour des phénomènes. il n’en est pas de même de ses antipodes anglomanes, et voici pourquoi l’anglicisme nous envahit d’une façon si audacieuse. C’est un ennemi qui nous observe et nous guette partout... C’est la grande tache qui dépare notre langue.

Chaque fois qu’il peut s’insinuer et détrôner un mot français, il bat triomphalement des mains. Il prend pour nous inonder la grande voie des livres, des journaux, des magazines, des catalogues commerciaux, des ciroulaires d'annonce, etc.

De cette façon, les mots anglais ge glissent insensiblement dans noire langage usuel et et s’infilirent jusque dans Îles pages de nos meilleurs auteurs. a

A force de mêler le français et l’anglais, les personnes peu instruites en viennent à confondre l’un et l’autre et à ne plus savoir si tel et tel mots sont français ou anglais.

Un particulier de cette trempe faisait des gorges-chaudes au sujet des Québécois, disat que nos concitoyens de la vieille capitale ne savent presque plus le françaais:

—La preuve, dit-il, c’est qu’ils disent “déménager”, pour “mouver”.

A un autre on demandait comment on dit le mot “fun” en anglais.

—Il faut prendre le mot français “fun” car les Anglais n’ont pas de mot signifiant “plaisir”, répond notre pédant avec un imperturbable aplomb.. .

En demandant l’aumône, un père de famaille expliquait ea pauvreté:

—$i je suis hard-up (sans argent), c’est parce que j'ai été slaqué (congédié). Mon “boss” (patron) est devenu “hare” (en colère) et m’a clairé (clear).

Un cocher, faisant son Pic de la Mirandole, montrait un jour à un habitant les curiosités de Montréal.

dit-il, Cest la colonne Nelson. En français, ça s'appelle le monument Jacques- Cartier.

Une maisonnée d’enfants avaïent été passer quinze jours à la campagne. Quand ils revinrént, la maman était ‘ben fachée” de voir comme ils #’étaient anglicisés pendant les vacances. Imaginez-vous qu’ils disaient :

sn —

“Huile de charbon” au lieu de “coal oi”, comme les bons patriotes de la ville!

—Paye la traite (treat, tournée). Peux pas, je suis cassé (broken), sont des expressions ‘malheureusement trop courantes.

-. —À X...,il y a une compagnie qui por-

te le nom de “Cie Hydraulique du St-François”. Les habitants de ce village l’appellent : “Le dam (écluse) Hydraulique.”

D’aucuns vont jusqu’à lappeler Madame Hydraulique. Elle reçoit même des avances de mariage: ou la prend vour une veuve.

Si nos gens appelaient les choses par leur nom: un chat, un chat; une écluse, une écluse, de semblables quip'opos n’arriveraient pas. On ne prendrait pas le Pirée pour un homme et une chute d’eau pour une veuve bonne à marier!

—D’aucune parlent un anglais affreux et se croient des phénix. Aussi, leurs gaffes abondent.

Un professeur de physique, qui s croyait “ferré” en anglais, expliquait un jour à ses élèves, dans la langue de Milton, les détails d’une machine pneumatique.

Tournant la manivelle et sadressant à la classe :

—“Gentlemen, dit-il, notice at firet that this machine is moved by a “crank”.

Comme on le sait, ce mot est équivoque et signifie en anglais: Manivelle et imbécile ; c’est de là que vient le mot craqué (cranky).

That's all right !” s’écrièrent les loustics

de la classe en se tordant de rire. Des deux sens, ils avaient choisi le dernier,

Professeur crut que c’était ses lumineuses explications et non pas son anglomanie qui lui avaient attiré ces marques d'approbation dont il ne saisissait pas l’iro- Die,

qui désarçonnera bien des philologues.

—La littérature hellénique ou la pornographie, disait-il, c’est la même chose, La 1 que, cela vient de l’anglais : hell, enfer, démon, etc. D'où...

Même raisonnement Pour l'expression “mariage Morganatique”. Cela veut dire, toujours d’après notre drôle, manage de millionnaire, du mot Morgan ( Pierpont, de son joli nom), &rand millionnaire améri.

cain... |

Quelle trouvaille!

C’est à cela qu’en viennent ceux qui se

Le rranouls aux Etats-Unis Î

Que les Canadiens-frarçais de la Province de Québec n’oublient pas qu’ils ont aux Etats-Unis un million et demi de leurs frères auxquels ils doivent être unis de coeur comme ils le sont de croyance et de langue.

Cette langue, comment les Franco-américains, nos frères, la parlent-ilsf La parleront-ils encore longtemps ?

Il fant avouer que, à l’Est des Etats-Unis, la langue française est “bien malade” et qu'il est important de lui administrer un tonique. Autrement, délaissée, empoisonnée, assassinée, elle s’éteindra et son glas sonnera lugubrement avant que bien des générations ne soient passées sur la terre américaine,

Si, dans la Province de Québec, l’anglicisme est fréquent, que dire de la languc parlée au-delà du quarante-cinquième?

On se fait peu de se le de dire :—J’ai pris le poker et j’ai shaké le poële. J’ai passé par une belle frin (!) (fait une belle tournée) aux dernières vacances. Mon père est borné en Canada, mais moi, j’éfais né (was born) aux Sfates.. J'ai été down-town (en ville), à la ciéy-hall (Hôtel-de-Ville et je suis comé back (revenu) à cinq heures.

Aux “moving (vües animées), hier soir, c’éiait tellement grand (grand, impressionnant) ,que tout le monde fril-ait (frémissait).

Fe — 20 — =

C’est un homme bien pôsté ( renseigné). I] 8 parti (start) un store et run de la bonne business. Son voisin tenait un store de candy, mais il a failé, (ail). Quand il à vu ça, il à givoppé (give up), abandonné les affai.

res.

Rider le bicyele, avoir la monia (pneumonia), être dans les fils (convulsions) sont des expressions journalières.

Aux Etats, tout le monde file. (feel)...

bien ou mal... et sans rouet, ‘bien entendu.

J'ai été au clambake (dîner aux moules) et j'ai eu un gros temps (big time).

En voiture, le voyageur pressé donne parfois au cocher des Conseils comme ceux-ci :

——"“Passe done la pole dans les ribs du che-

Ce n’est pas de ma faute, je peux pas didr (can’t help it). Jai de l'ouvrage,

Chapeau. Ecrire pour (write for, demander par écrit) des renseigements.

ous Connaissez l’expression : ‘Claquer nn somme.” On ya jusqu’à dire qu’un enfant qui pleure à fendre l’âme, “claque un cry”.

Conservera-t-on longtmps un langage que l’on écorche ainsi à bouche-que-veux-tu ?

me une vieillerie, bonne au temps de leur arrière-grand-père, aujourd’hui, inutile et démodée. Les Franco-américains parlent volontiers entre eux la langue d’Oncle Sam et mettent ainsi au deuxième rang l’idiome maternel, Dans la rue, vous rencontrez les Chinois, les Juifs, les Scandinaves parlant leurs langues respectives à la quelle ils tiennent avec conviction. Vous entendez des Franco-américains nés en Canada, ayant fait des études classiques en Canada, parlant de choses du Canada, s’exprimer en une langue étrangère. N’y a-t-il pas là une désesnérante anomalie ?

Les prêtres et les religieuses des Etats- Unis méritent les louanegs et l’admiration de toute la race canadienne-française pour le dévouement, le patriotisme qu’ils ont déployé à la conservation de la foi dans le coeur et de la langue française sur les lèvres de nos frères.

Enlevez ces deux classes de patriotes de la Nouvelle-Angleterre, et, avant vingt ans, les Canadiens-français auront disparu, noyés dans la population actuelle et les hordes envahissantes d’une immigration qui ne ralentit pas.

On ne peut que féliciter nos frères de làbas des églises magnifiques, des écoles snacieuses qu’ils ont élevées à la gloire de notre race sur le sol d'Amérique.

En cela, ils ont fait preuve d’une admirable et chrétienne générosité.

Bien qu’ils payent de leurs deniers pour

l'entretien des. écoles publiques que leurs enfants ne fréquentent Pas, ile savent faire des sacrifices pour élever, au prix de leurs Sueurs, des monuments que lon peut com- Parer aux écoles publiques américaines, ce qui n’est pas peu dire

Et le succès ne Manque pas de couronner des c<'forts aussi persistants. Il a été constaté que les jeunes Canadiens, aux examens de Etat, bien qu’ils apprennent simultanément deux langues, figurent d’une façon aussi brillante, sinon plus brillante que les jeunes Américains qui consacrent tout leur temps à Panglais.

Il est malheureux que des parents chré.

tiens, malgré ces constatations évidentes, sobstinent à diriger leurs enfants vers Jez écoles publiques où Dieu est ignoré. Anrès quelques années, ces enfants ont perdu ler caractère national, leur piété tendre et naïve, leur mentalité Canadienne pour ne devenir plus que des “hommes d’affaires”, qui, à un coeur rempli de foi, préfèrent un coffre-fort garni d'espèces sonnantes,

À tous ces périls s’ajoute même l’'infériorité financière de ces jeunes gene qui, en face des nécessités de la vie, sont moins outillés que leurs Compatriotes qui savent Je:

deux langues.

C’est une absurdité de croire que le suc.

cès de la vie dépend de la Prononciation an- Slaise, de la flexibilité de la langue, de ja plus ou moins grande souplesse de la m4.

choire à prononcer les mots que composent la langue ‘de Longfellow.

-Dites-moi, les Juifs millionnaires et milliardaires : des Etats-Unis prononcent-ils l'anglais à la perfection ?

S’appliquent-ils beaucoup à lPétude de la langue ‘anglaise ?

C’est là leur dernière occupation.

Ce qui fait le succès, dans la vie, soyez-en convaincu, ce n’est pas la mâchoire, c’est la cervelle!

Que les Franco-américains laissent leurs enfants à l’école cateolique! C’est l'intérêt, tout à la-fois, -des enfants, des parents et de la religion.

Qu'ils ne mettent: pas délibérément leurs enfants aur le chemin de l’apostasie de leur

langue, qui sera fatalement suivie à brève

échéance, de l’epostasie familiale, nationale religieuse.

La Providence veut que la langue française soit conservée en Amérique. En étant.

du coûté de la Providence, soyons sûrs que nous serons du bon côté.

+ - L'anghHoisme

Nos relations avec nos compatriotes anglais; des Canadiens-français qui nous reviennent après avir passé quelque temps aux Etats-Unis; l’étroite parenté des deux

langues anglaise et française ; telles sont les trois causes qui favorisent particulièrement Pintrusion de l’anglais dans notre langage.

Ous vivons dans un Pays anglais. Now Sommes dans un continuel entourage de fils

à peu, et à notre insu, d’abord leur langue, Puis leur tournure d'esprit, leurs usages, eurs moeurs.

Si les Canadiens-français ont réussi à supplanter la langue anglaise dans lag Cantons de PEst et dans d’autres parties ‘le la Pro-

autre race ya laissées, Jie sont à plaindre, nos Canadiens qui Nous reviennent des Etats-Unis avec ce Jloura

ne voie des plus faciles à langlicisation est constamment laissé Ouverte par l’étroite

D’après le Statisticien anglais Thommerell, 20,000 mots de la langue anglaise sont francais. grecs-français, latins-francais ou Srecs-latins-français Comme: téléphone. automobile, télégraphe, monocle, ete. On voit

dès lors le péril pour les deux langues, surtout si les nécessités sociales les font vivre constamment à proximité l’une de lautre.

C’est la marche du ‘pot de fer et du pot de terre et le peu de patriotisme de nos

fait en sorte que la nôtre soit menacée du même sort que le pot de terre.

Dans la suite des siècles, il s’est trouvé des mots qui ont conservé le même sens dans les deux langues; d’autres ont une légère nuance qui les différencie; d’autres se sont séparés sans retour.

Il est des mots qui s’écrivent en français comme en anglais, et qui, à l’origine avaient la même signification. Ayant bifurqué chacun dans une voie différente, leur sens s’est modifié, et aujourd’hui, ils ont chacun un sens différent.

L'anglicisme consiste à accepter un mot, une expression, une tournure de phrase qui a l'allure française, tout en lui donnant la signification anglaise, de sorte qu'on parle anglais avec des mots français.

L’intrusion de l’anglais dans notre langue se fait de trois manières :

10 On intercale un mot anglais dans une phrase française: prends le canthook et pousse cette log plus loin. Laisse le “sidewalk” et passe la “street”. Les “improvements” d'une machine.

20 On habille un mot anglais à la française et l’on en fait un berbarisme. Pour cela, on ‘rit le tour de force de prendre un

radical anglais et de lui donner une suffixe française: Pitch-er; calch-er; tight-er un cheval après la fence.

30 Ou bien encore, où traduit l’idée, la phrase, le mot anglais d’une façon inexacte, par des mois dont l’orthographe est semblable, mais dont la signification française est différente: Mettre À une maison trois capots (coat, couche) de peinture; milkman (laitier), Zetter-man (facteur), fire-man (pompier) deviennent ainsi : homme du lait,

homme des lettres, homme du feu.

Dans notre pays de vie intence, on préfère la vitesse, la rapidité à le précision.

Aussi, notre langage en souffre énormément.

Une certaine paresse intellectuelle, le dé:

sir d'arriver au bout de la phrasæ:.le plus tôt possible nous fait adopter le premier. mot qui se présente à notre esprit sans que nous prenions le temps de nous rendre compte de son origine, de son à-propos et de ea précision. Si le mot qui représente l’idée est anglais, où bien nous ne prenons pas la peine de le traduire ou nous le traduisons mal, et, comme conséquence. nous surchargeons notre langage d’anglicigmes.

Il est convenu que; dans le présent ouvrage, je donne le nom d’anglicisme à toute intrusion- de langlais. dane notre langre, soit par le terme anglais. soit par la tournure de phrase.

Il faut absolument Purger notre. langue de ces mots barbares dont le nombre est il.

limité. Je-me bornerai à ceux qui sont le plus en vue, les plus inexcusables et qui s‘emploient tous les jours, alors que nous connaissons ou devrions connaître les mots français correspondants, qui sont de beaucoup préférabies.

Dénonçons donc les mots anglais parasites et les anglicismes audacieux qui -détériorent, déprécient la langue française.

L'angiicisme et les maisons d'éducation

Le collégien à l’allure superbe et l’étudiante si précieuse dans sa mine de poupée en dentelle ne rougissent pas non plus, malgré toute leur science et leurs manières raffinées, de faire de leur langage le véhicule de l’anglicisme. Ils se font un honneur, quand ils vont en vacances, de “sandwicher” des mots anglais entre des mots français et de faire de leur conversation un idiome baroque.

. C’est une manière qui leur est propre d’épater les badauds naïfs qui les irent ct de prouver à leurs parents que l’argent dépensé pour leur instruction est bien employé,

Qu'ils seraient confus s’ils saigissaient le ridicule dont ils se couvrent.en faisant de leur langage un jargon dont l’âne :de Ba-

ldam n’aurait pas même voulu se servir Pot:

apostropher son maître.

Que la classe étudiante continue de s’asslmiler l’anglicieme comme elle le fait ei inconsidérément, et, avant dix ans, le langage suivant ne sera qu’une ombre pâle de celui qu’elle emploiera dans 58e5 conversations journalières :

Est-il “smart” (gentil) un peu, lécolier qui ne parle jamais “roffement” (roughly, trivialement), qui ne “foxe” (renarde) jamais, qui fuit les “loffeux” (loafers, fainéants), les “bymmeurs” (bum, nocœæur, Roger Bontemps), les “tramps” (vagabonds), mais qui va toujours avec les “best” de la “crâde” (crowd).

__[a fillette trouve au couvent la vie bien “dull” (morne, maussade), surtout pour celles qui “boardent” (pensionnent) là.

Pas de “candy” (sucre de candie, bonbons), ni de “cream-sugar” (sucre à la crème), cest défendu par la “roule” (règlement).

Heureusement qu’on peut s’en faire “smuggler” (passer en contrebande) par les externes.

Chacune doit avoir soin de son desk (pupitre) et le clin’r (essuyer) all right tous les jours. Il faut aussi sweeper le floor (parquet) et dust-er (épousseter) les, meubles, Même dans les couvents, il v en a qui ronnent (run) mal leur closes (clothes, linge) et peuvent à peine toff-er un mois avec une robe neuve.

Et dire que l’anglicisme est propagé par des

jeunes âmes qui se nourrissent de Racine et de Corneille (sans équivoque), qui s’eni+ vrent de Boileau (!), qui dégustent Chateaubriand, æavourent Crémazie, se délectent de Fréchette et tombent en extase en déclament: “Le lac” de Lamartine!

Adoleëcents pleins de vie, riches de jeunesse, d’idéal et d’avenir, ne voyez-vous Pas que c’est là faire insulte à voire langue maternelle ? e

Si l’on veut que l’eau du ruisseau qui chante en descendant la colline conserve son pur cristal, il faut veiller à ce que le source soit pure.

La source de l’anglicisme chez vous, c’est l’anglicisme, l'engouement pour l'expression anglo-française. Corrigez-vous-en ; il le faut à tout prix. ;

Evitez avec soin des anglicisme comme ceux-Ci :

—Ce professeur apprend (teach),. ensegne bien.

Badge, insigne; badluck, malchance; badloqué, malchanceux; baquer, back, soutenir, seconder. .

Bâdrer (bother), ennuyer; big-bug, gros bonnet ; bing/ bang! (onomatopées anglaises, se traduisant par “Pif! Paf!”) bitt-er, vaincre, dépasser ; imbiltable, insurpassable ; pas une bit, pas une miette; blackboul-er, rouler, bloquer; blood, généreux: blackbol (black-ball), cirage; blockhead, buse, bloomers, pantalons flottants; bluff, fanfaronnade ; bluff-er, vouloir en imposer ; avoir

du brain, de la cervelle; busy-body, affairé, dénicheur de merles; cancell-r biffer, radier, simplifier (en arithmétique) ; cauxer, (coax), cajoler, enjôler; call-down, verte semonce; chum, ami intime; {chummer ensemble, avoir des amitiés particulières ; clipp-er la tête, tondre à la Titus; clipp-er un élève, le mettre hors de loi; collet, (collar, faux-col; cappe (copper), sou; passer quelqu’un au bob, le mettre à sa place.

Discart-er (discard), se défaire de ses cartes; menvr le diable (raise hell), faire du chahut, du potin; donner le diable (give hell) à quelqu'un, le chicaner; dodger, dériver, prendre la tangente ; drill-er, faire l’exercice; décrowd-er, circuler.

Enflé (swell), bien mis; c’est pas franc (fair), juste, raisonnable; être en faveus avec (in favor with), en bonne odeur auprès, etc.; fire-escape, échelle de sauvetage ; flour, raccroc (au billard); flancher, (flinch) céder; papier fool-scap, papier écolier, papier-ministre.

Avoir du go-ahead, de l'initiative; une game, une partie; être game, joyeux, enjoné ; green, jeune barbe ; être ‘green, rustre, niais, nigaud.

Hand-ball, balle-au-mur; hard-up, réduit à la besace; hint, aperçu, demi-mot.

Jump-er, sauter; un grand jack — niais; faire le jack, — Je fou; tomher de son jack, — sans Connaissance, s’évanouir.

Kick-er, frapper, ruer; —, avoir peur, lâcher.

Loaf-er, fainésnter; la luck, la chance; être luck, chanceux.

Match, elltumette; —, partie de balle-aucamp, de gouret, etc; se matcher, s’accoupler; avoir de la moison (muscle), biceps.

Paire de pantalons (pair of pants), pléonasme: “pantalon” suffit.

Prendre (take), faire une walk, marche; partner, partenaire; punch, coup de poing; punch-er, frapper du poing; ponce (punch), grog; punch, poinçon, pinces, Marqueur, etc.

Avoir du pluck, de laudace; être pluck-é, audacieux; avoir du push, aller de l'avant: pick-dent (tooth-pick), cure-dents ; pinch, pinch-er, priser; pad, bloc-notes ; premier nom (first name), prénom.

Ready, prêt; right off, tout de suite.

Shéquer (éhake), se donner la main; être sharp, stiff, sévère; être skir, avare; skinner quelqu'un, l’écorcher, lui vendre trop cher: être square, franc, juste; être stil6, exercé, préparé; swigner (swing), tourner; le staff, le personnel; du slang, de l’argot; show, concert, séance; recevoir un spifche (speech), une semonce; switch-er, éviter la surveillance; porter le stiff, le chapeau-melon (coco); porter le shakespeare (fauxcol haut et raids) ; être en scrape, en chicane: le spelling, l’épellation; c’est slow, ennuyant; être slow, lent; demi-colonne (semicolon), point-virgnle; prendre une slide, glissade ; porter la sling: (ceinture) ; être sur le spot être prêt, de bonne Humeur, somerset (somersault), culbnte; être cour (short)

ro

d'argent, — en souffrance ; faire shake-hand, se réconcilier.

Translation, traduction; tug-of-war, souque à la corde; jouer une toune (tune), air; {ouner, accorder; être fie, égaux, exacquo ; apprendre le failpe (type) clavigre phe, dactylographe ; taffy, tire.

Roveur (au jeu de croquet), corsaire.

Traductions de collégiens :

—Ta vieille couenne (queen, reine) d’Angleterre. Mourons pour la patrie! Chickweed, (mouron) for Country!

N.-B.—Voir aussi: l’anglicisme et l’homme de bureau ; Vangliciseme et les articles @ ménage. ‘

de

L'anglicisme ot le sport

C’est un fait constaté, nous sommes ai insouciants, si veules, si peu patriotes, que nous assassinons notre langue tout en nous amusant et c’est dans des ébats joyeux, le sourire aux lèvres, que nous lui pcrtons les coups les plus meurtriers.

Vous qui fréquentez les champs de course, vous gagneriez aussi bien "vos paris eu dicant “nne belle course” plutôt que “une belle race”; un bon trotteur plutôt qu“un bon runner”, qui fait son mille en moins de trois minutes, plutôt que “en dedans de

trôïs minutes”. Je savais qu’un cheval pouvait courir en dedans de la piste, mais je me demande comment il peut faire pour courir “en dedans de”—inside of—trois minutes.

On dit piste et non pas rond (rink).

Avec la bienveillante autorisation de Pabbé Emile Chartier, je renroduis ici le vocalaire des jeux de Balle au Camp et de Gouret publié dans “Le Collégien” de Saint-Hyecinthe, numéro de décembre 1909. Qu’on me pardonne les légères variantes que je me aux permis d’y faire.

LA BALLE AU CAMP (Base-ball)

l. — Le Champ et ses parties

Field, terrain; diamond, carreau; line, ligne ; boz, boîte; base, but; home-base, centre; ist, 2nd, 3rd base, ler, 2me, 3me but.

il. — Les Positions

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