PREMIER POINT
EN GtJÉKiT-ON QUANT AUX DANGERS PER- SONNELS QU'ELLE COMPORTE ?
Ici s'impose une division naturelle et d'importance capitale.
Cette division a trait au présent et à V avenir du malade, c'est-à-dire aux manifestations dont la syphilis peut affliger son patient à un moment donné, mettons dans les premiers temps de la maladie, et aux manifestations qu'elle peut lui réserver dans un avenir plus ou moins éloigné ou même, disons mieux, dans un avenir illimité.
En autres termes et plus simplement : En guérit-on pour le présent? — et en guérit-on pour r avenir?
Ou bien encore, sous une autre forme :
Guérit-on des accidentSy et guérit-on de la diathèse (ou imprégnation infectieuse persistante, permanente, susceptible de déterminer à toute échéance des accidents nouveaux)?
14 DANGERS lîïDlVlDL'KLS
Le seul énoncé de ces deux questions suffit, je crois, à en bien préciser le sens, non moins que la diiïérence qui les sépare.
Voyons ce que nous avons à répondre à chacune d'elles.
Réponse catégorique : Oui, pour Ténorme majorité des cas.
Je précise par celte double affirmation déduite de Texpéripuce :
1° A la condition qu'intervienne à temps un traitement approprié, suffisamment énergique et suffisamment prolongé, le fait habituel, très habituel, ce qu*on peut appeler le fait courant, est que toute manifestation syphilitiq^ue guérisse sous Tinfluence de ce traitement.
2° Très peu nombreuses, disons même rares, et spéciales comme caractères, sont les manifestations qui, issues de la syphilis, se montrent réfractaires à un tel traitement.
EN GUÉniT-ON POUR LE PRÉSENT? 15
Sur le premier point, Tévidence est notoire, et superflu vraiment serait d^insister. Que si cependant vous vouliez parfaire votre conviction à ce sujet, dirai-je aux jeunes lecteurs pour qui j'écris plus spécialement ces lignes, faites-nous Thonneur de quelques visites dans tel ou tel de nos grands hôpitaux spéciaux. Et de vos yeux vous y verrez ceci : une foule de malades qui, entrés dans nos salles aujourd'hui, je suppose, pour tels ou tels accidents syphilitiques, en sortiront délivrés, et absolument délivrés, dans une huitaine, dans une quinzaine, dans trois, quatre, six, huit semaines ou, plus rarement, davantage.
Car le propre des manifestations syphilitiques est de guérir et même de guérir rapidement sous rinfluence de la médication spécifique. « Avec le mercure, disent nos malades, ça ne traîne pas, on est bien vite blanchi. » C'est merveille, en effet, comme il va vite en besogije, alors qu'il « tombe à pic », c'est-à-dire alors qu'il tombe sur une lésion qui en est justiciable. Et de même pour l'iodure de potassium. Et de même, à fortiori, pour la réunion de ces deux remèdes, cons-
16 DANGKRS LND1\IDL'KLS
tituant ce qu'on appelle le traitement mixte.
Si bien que, d'habitude, et toutes réserves faites pour les cas exceptionnels, il ne faut guère plus de :
Quelques jours à une semaine pour la sédation et la guérison de nombre de phénomènes douloureux de la maladie (céphalée secondaire, voire céphalée tertiaire ; — douleurs articulaires ou musculaires; — névralgies; — douleurs de périostite, etc.);
Trois à quatre ou cinq semaines, six semaines au plus, pour Teffacement d'une syphilide secondaire;
A peu près le même temps ou un peu plus pour la résorption et la cicatrisation des syphilides tertiaires ;
Un mois à six semaines pour la guérison d'une exostose;
Un mois à six semaines pour la guérison d'une gomme de moyen volume ;
Un à deux mois pour la résolution d'un sarcocèle; — et ainsi de suite.
Il y a plus. Ce n'est pas seulement par la rapidité que ces guérisons d'accidents syphili tiques sont remarquables. Elles le sont aussi
EN GUÉRIT- OiN POUR LE PRÉSENT? 17
par Vintensité, l'importance des effets thérapeutiques dont. elles dérivent. Car, ainsi qu'on a pu en juger par la courte énumération qui précède, il n'est pas que les lésions secondaires, les lésions superficielles, « à fleur de peau », bénignes d'allure et de fond, qui guérissent comme je viens de le dire.
Tout pareillement on voit sous la même influence se modifier, se résorber et disparaître des lésions profondes, parenchymateuses, viscérales, constituant des dépôts dans les tissus, des infiltrations étendues, des désorganisations et déformations d'organes, des ulcérations, des destructions, des mutilations phagédéniques , voire encore des tumeurs, voire de grosses tumeurs. A n'en citer qu'un exemple, c'est monnaie courante d'assister à la fonte et à la disparition de gommes du volume d'un pruneau, d'un marron, d'un abricot, et môme (ce qui est plus rare) d'une mandarine, d'un citron.
Fort souvent encore de telles guérisons sont particulièrement remarquables à la fois et par cette intensité d'effets curatifs et par la rapidité dite « significative]» avec laquelle elles s'accomplissent, significative en ce
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qu'elle atteste la qualité syphilitique des lésions guéries de la sorte.
Parfois môme, à Tun «t l'autre de ces points de vue, elles sont étonnantes, surprenantes, extraordinaires. On a pu, en certains cas, les qualifier, et cela sans exagération, de «prodigieuses», de« miraculeuses ».
Si je parlais à des médecins qui ont eu ou qui auront l'occasion de constater pareilles choses de leurs yeux, je me bornerais à énoncer le fait sans citations à l'appui. Mais, m'adressant ici à des gens du monde, à tout le monde, je dois justifier mon dire par quelques exemples. Les suivants suffiront comme spécimens pour démontrer comment et à quel point on peut guérir d'accidents syphilitiques.
Une jeune femme entre à Saint-Louis pour un prétendu « psoriasis » très étendu, très confluent et rebelle depuis deux ans à diverses médications. On reconnaît facilement que ce psoriasis n'est autre qu'une syphilide psoriasiforme. Le traitement est institué en ce sens. Cinq semaines après, disparition absolue de l'éruption.
« Deux ans, cinq semaines », comparez ces chiffres, je vous prie. Et même remarque pour les cas qui vont suivre.
Une jeune femme souffrait depuis huit à neuf mois d'une violente névralgie faciale dont la nature était restée indéterminée et qui avait résisté à noml)re de traitements. Entrée à Saint-Louis, elle nous avoua ce que jusqu'alors elle avait tenu caché, à savoir : des antécédents spécifiques. Douze jours plus tard, le mercure avait eu complètement raison des phénomènes névralgiques.
Un homme d'une cinquantaine d'années était affecté depuis six à sept ans d'un vaste ulcère de jambe, qui mesurait exactement, lors de l'entrée du malade à l'hôpital, 17 centimètres de haut sur 12 à 13 de large. Gel ulcère avait toujours été considéré comme de nature variqueuse et traité en conséquence. Lui suspectant une nature spécifique, nous prescrivîmes un traitement mixte, qui guérit l'ulcère en sept semaines exactement.
« Sept ans, sept semaines! » Cotnparez encore.
Même succès sur une femme qui présentait à la lèvre supérieure une lésion tuberculo-crustacée. Prise pour un lupus et soumise à un traitement antiscrofuleux, cette lésion ne s'était pas modifiée et persistait depuis vingt -six mois. Elle guérit comme par enchantement, en l'espace de trois à quatre semaines, sous l'influence d'un traitement mixte.
Demêrae pour une femme qui, affectée depuis quatre ans d'une syphilide serpigineuse de la cuisse, n'avait jamais fait que des traitements insignifiants, à doses quasi-homœopathiques. Cette lésion présentait encore l'étendue de toute la main quand je la vis pour la première fois. Du jour où elle fut soumise à
un traitement digne de ce nom, elle commença ^ se modifier très docilement, et six semaines plus tard elle n'existait plus qu*à Tétat de cicatrice.
Le rapprochement des deux cas suivants ne laissera pas d'être instructif comme parallèle pour la démonstration que nous poursuivons actuellement.
Deux femmes nous arrivent le même jour avec une même lésion, à savoir : gomme du voile palatin en état de ramollissement très avancé, avec menace de rupture très prochaine. — L'une d'elles est admise dans nos salles, traitée immédiatement par Tiodure de potassium et guérie, absolument guérie, en moins d'une quinzaine. — L'autre, ayant six enfants à soigner, refuse d'entrer à Thôpital. On lui prescrit le même remède. Huit jours après elle nous revient dans un état affreux. Son voile s'est rompu, dilacéré, rongé et déjà à moitié détruit. Qu'était-il donc arrivé? Tout simplement ceci : cette femme ne s'était pas traitée. Et pourquoi? Parce qu'à l'hôpital on lui avait refusé la délivrance gratuite de Tiodure, sous prétexte qu'elle n'habitait pas Paris depuis plus de six mois (!), et que, n'ayant pas l'argent nécessaire pour acheter le remède, elle s'était résignée à ne rien faire*.
Ecoutez encore le cas suivant, tout à fait
1. C'est à propos de ce cas malheureux que, sur mes vives instances, l'administration de l'Assistance publique a abandonné l'article de son Règlement d'après lequel rallocalion gratuite des médicaments n'était accordée qu'aux sujets résidant à Paris depuis six mois.
remarquable médicalement en ce qu'il a trait à une maladie qu'on n'est pas habitué à considérer comme une conséquence possible de la syphilis.
Un homme de trente-quatre ans était affecté depuis dix-huit mois d'une sorte de dysenterie chronique avec coliques, ténesme rectal, évacuations sanguinolentes et parfois véritables hémorrhagies intestinales, etc. Rebelle aux médications les plus rationnelles et les plus diverses, cette maladie avait fini par déterminer un état d'amaigrissement et d'affaiblissement considérables, presque voisin de la cachexie. D'après la notion d'antécédents syphilitiques non douteux, M. le docteur Lereboullet estima que cet ensemble morbide pourrait bien dériver de lésions intestinales d'ordre spécifique, et un traitement fut institué en ce sens. Résultat : amélioration immédiate; en dix jours, selles devenues presque normales. Deux mois après, guérison complète, qui s'est toujours maintenue.
Je vous disais tout à l'heure que parfois l'influence curative du traitement spécifique se montre tout à fait remarquable par la 7'apidité surprenante, voire extraordinaire, de ses manifestations. De cela, comme preuves, voici trois exemples :
I. — Exostose tibiale atrocement douloureuse, arrachant des cris au malade, voire des « hurlements » pendant la nuit. Insomnie absolue depuis une quinzaine, affirme le malade. — Administration de lio-
dure de potassium, de 3 à 6 grammes par jour. — Dès la première nuit, sédation des douleurs, qui disparaissent absolument du troisième au quatrième jour.
II. — Syphilis maligne précoce sur une femme de cinquante-deux ans, presque naine, chétive, misérable. — Cette syphilis se caractérise surtout par une éruption extraordinairemeiit confluente, qui crible le corps ; éruption polymorphe, simplement éry thémato-papuleuse en quelques points, mais presque partout constituée par de très grosses papules ou par de véritables tubercules d'un rouge foncé et vineux, saillants, durs et du plus mauvais aspect. Quelques-uns de ces tubercules sont déjà recouverts de croûtes. — Injection au sozoiodolate de mercure,
— Véritable changement à vue : dès le deuxième jour, disparition de toutes les taches érythémateuses et affaissement des lésions papulo-tuberculeuses; — dès la fin de là semaine, toute trace d'érvption a disparu!
Iir. — Une laryngite gommeuse, développée au cours d'une syphilis maligne précoce, était arrivée à déterminer une dyspnée continue, avec violents accès de suffocation ; si bien que la situation était des plus alarmantes et qu'on s'attendait à être forcé de pratiquer la trachéotomie d'un instant à l'autre.
— A ce moment, une injection de calomel fut pratiquée. Eh bien, chose incroyable, cette injection suffit pour dissiper en quelques jours ces troubles si graves, si alarmants, à rétablir la respiration, voire à restaurer la voix. Ce fut là vraiment une guérison extraordinaire.
D'autres fois, ce qui frappe surtout dans Taclion du traitement, c'est Y intensité des
effets produits, c'est Timportance du résultat. Sur ce dernier point, majeur entre tous, je vous dois encore quelques exemples.
ï. — Un homme de trente-sept ans entre à Saint- Lonis affecté de la terrible variété de phagédénisme dite syphilide mutilante des extrémités. Ce phagédénisme a porté sur tous les doigts des mains, que, depuis neuf ans, il a tour à tour ulcérés, rongés, déchiquetés, atrophiés, déformés par cicatrices vicieuses, par ankyloses, par rétraction de tendons, etc. L'index gauche notamment n'existe plus qu'à Tétat de moignon réduit à la première phalange. Mal définie comme caractères, cette épouvantable lésion a été considérée tour à tour comme lupique, syphilitique, tuberculeuse, syringomyélique, lépreuse même, et a résisté à une foule de traitements. Quand le malade se présente à nous, elle consiste encore en ulcérations multiples du plus mauvais aspect, qui criblent tous les doigts (sauf le pouce) et la face dorsale du métacarpe gauche. Un traitement intensif est aussitôt prescrit sous forme d'injections de calomel et d'iodure de potassium. Six semaines plus tard, guérison absolue (\), comme en témoignent deux photographies que je tiens à la disposition de mes lecteurs.
IL — Un homme de trente-quatre ans était affecté dune tumeur pelvienne remplissant tout le petit bassin, très dure, offrant tous les caractères d'une tumeur maligne, et déjà diagnostiquée sarcome par trois de mes collègues de la Faculté. Mandé près du malade, j'aboutis au même diagnostic et — soit dit par avance — à la même erreur. Par bonheur.
la découverte d'une hérédité syphilitique pour le moins probable me suggéra l'idée d'instituer un traitement d'épreuve. Tout aussitôt la tumeur se prit à diminuer, à se résorber, à fondre véritablement. Bref, au bout de deux mois il ne restait plus traces du prétendu cancer! Et la guérison depuis lors ne s'est pas démentie*.
III. — Une jeune femme avait été conduite au dernier degré de l'anémie et de la consomption par des gastrorrhagies multiples et surabondantes, symplomatiques en toute évidence d'un ulcère rond de l'estomac. Mandé près d'elle à cette époque, je constatai que tous les traitements d'usage en pareil cas avaient été mis en œuvre, et sans succès. Me souvenant d'avoir traité cette femme une huitaine d'années auparavant pour une syphilide tertiaire grave, je me risquai (non sans quelque appréhension, car c'était la première fois que je faisais pareille prescription contre un ulcère de l'estomac) à formuler un traitement ioduré. Ce fut alors, littéralement, un coup de théâtre. Les vomissements cessèrent immédiatement ; tous les troubles gastriques furent suspendus. Bref, cette femme (que, lors de ma première visite, j'avais crue vouée à une mort prochaine) se mit à guérir, et guérit complètement, absolument. — Ajoutons que, huit ans plus tard, elle subit une récidive de symptômes semblables, voire plus graves, avec imminence de mort, et qu'elle fut guérie de même, avec la même rapidité, par le même traitement, cela encore au grand ébahissement général.
Ecoutez enfin celte quasi-résurrection.
1. Observalion présentée à l'Académie de médecine (21 octobre 1902).
IV. — Une jeune femme nous arrive à Lourcine, se traînant plutôt que marchant, et dans un état absolument cachectique. Son aspect est celui d'une phtisique, dont les jours sont comptés. — D'une part, elle porte au pied droit une lésion hideuse, constituée par un phagédénisme ulcéreux de nature bien manifestement syphilitique. Ce phagédénisme, qui daterait d'environ un an, a complètement dévoré, anéanti la moitié interne du gros orteil, le deuxième et le troisième orteil en totalité (il n'en reste pas vestiges) et une partie du quatrième. Il se présente sous forme dune énorme plaie du plus détestable aspect, anfractueuse, violacée, putrilagineuse, verte ou noire, c'està-dire gangreneuse par places, et encadrée d'une aréole œdémato-érysipélaleuse.
D'autre part, cette femme offre le faciès, les symptômes et les signes physiques de la tuberculose : dépérissement, émaciation, perte des forces, toux, expectoration purulente, sueurs nocturnes, accès fébriles, inappétence, etc. En un mot, habitus et tous caractères d'un état voisin du marasme.
Un traitement tonique et spécifique est prescrit.
A dater de ce moment commence pour nous un étonnement qui s'accroît chaque jour, car chaque jour amène dans l'état delà malade une amélioration certes inattendue. Le phagédénisme ne progresse plus; tout au contraire, il se limite, puis s'amende, se transforme, se répare ; si bien que quarante jours après l'entrée de la malade à l'hôpital il était absolument cicatrisé !
D'autre part, résultat bien plus extraordinaire encore et celui-ci tenant presque du prodige, l'état général se transforme, en même temps que se modifient les symptômes pulmonaires. Bref, en même
temps que le phagédénisme guérit, c'est aussi la phtisie qui, comme lésion locale et comme symptômes généraux, se met à guérir! La malade, qui, je 'le répète à dessein, était absolument cachectique lors de son entrée à Thôpital; qui était pâle et plus que pâle, jaune ; qui élait extrêmement amaigrie, affaiblie, exténuée; qui n'acceptait plus la nourriture; qui avait perdu ses règles depuis dix-huit mois; cette malade, dis-je, dont on eût escompté les jours àbrève échéance, se prit soudainement à mieux aller. L'appétit lui revint; elle mangea et digéra. Son habitus se modifia bientôt; son visage reprit des couleurs et de la vie; ses forces se relevèrent; ses règles reparurent; puis eHe se mit à engraisser même, et beaucoup. Si bien que, trois mois plus tard, la métamorphose était complète. La malade alors, positivement, était méconnaissable.
Finalement, lorsqu'elle nous quitta en novembre, c'est-à-dire après un séjour de quatre mois, c'était une femme grosse et grasse, absolument bien portante, ayant repris toutes ses forces, toute sa santé première.
A ce point, nous a-t-elle raconté, que, lorsqu'elle revint à son atelier, ses compagnes « ne voulaient pas la reconnaître » I
Voilà pour les cas heureux de la maladie, cas, je le répète, de beaucoup les plus nombreux.
Cas malheureux* — A qui la faute*?
Mais la syphilis ne serait pas la syphilis
INSUCCÈS. — A QUI LA t'AlITE? 27
et resterait au-dessous de son néfaste renom si toujours, comme nous venons de le voir, ses manifestations obéissaient docilement au traitement spécifique pour aboutir à guérison. Aussi bien, en réalité, certains de ses cas subissent-ils un sort tout autre, c'est-à-dire ou bien ne guérissent que difficilement, lentement et incomplètement, ou bien ne guérissent pas du tout, ou bien môme se terminent d'une façon désastreuse.
La syphilis a ses infirmes, et elle a aussi ses morts, cela n'est pas à dissimuler.
Mais ici il faut être juste. Dans ces échecs, dans ces désastres^ il convient de faire la part de ce qui revient à la maladie et la part de ce qui n'incombe qu'à d'autres influences. En autres termes et pour préciser, il peut y avoir en Tespèce plusieurs coupables, au moins trois, à savoir : la maladie, le malade et le médecin. Parlons de ces deux derniers.
I. — Lorsque la syphilis ne guérit pas, la faute en est bien souvent au malade, qui, d'une façon ou d'une autre, notamment par infractions diverses à l'hygiène (alcoolisme,
tabagisme, surmenage, excès, etc.), exaspère la virulence morbide, ou bien qui se néglige, qui ne se traite pas ou se traite mal, sans méthode, sans suite, à contretemps, trop tard, par exemple, et cela bien souvent, voire le plus souvent.
Ainsi, à ne mettre en cause que ce dernier point (car je ne suffirais pas à tout dire), quantité d'accidents syphilitiques arrivent à la connaissance du médecin quand il n'eU plus te)nps de les trait €7% c'est-à-dire à une époque où, thérapeutiquement, nous n'y pouvons plus rien. Trois exemples, pris au hasard dans mes notes.
Une jeune femme se présente à nous avec une large perforation du voile palatiu, résultat manifeste d'une gomme syphilitique. Ce « trou», nous dit-elle, est tout récent; il vient seulement de se produire ces tout derniers jours. Eh bien, déjà il est irréparable; car, si puissants soient-ils, le mercure et Tiodure ne reconstitueront jamais un voile du palais. Tandis que, si cette malade était venue à nous quinze jours, voire huit jours plus tôt, cette destruction du voile eût certainement pu être conjurée. Et, en effet, rien ne guérit plus sûrement et mieux et plus complètement que la gomme vélo-palatine, pour peu qu'elle soit traitée à temps.
Telle autre malade nous arrive avec un coryza chronique sanio-purulent et affreusement fétide,