MAUVAISES SYPHILIS
Ah! mais, allez-vous dire, voilà qui n'est pas fait pour rassurer les malheureux syphilitiques. — Bien certainement, vous répondrai-je. Mais je m'étais engagé à vous dire la vérité, toute la vérité, et je devais tenir parole. Toutefois, ne vous laissez pas impressionner plus qu'il ne convient, encore moins terroriser par les deux dramatiques histoires que je viens de vous conter ou toutes autres semblables que vous pourriez rencontrer dans vos lectures; et tout au contraire veuillez prendre en considération ces deux points, à savoir :
1"* Que les cas de ce genre ne sont pas seulement des cas rares, que ce sont des cas extrêmement, prodigieusement rares, absolument exceptionnels. Je n'en ai guère observé plus d'une demi-douzaine de semblables dans toute ma carrière, c'est-à-dire en plus de quarante -cinq ans passés sur les trois grands théâtres où se donnent rendezvous les monstruosités de la syphilis, à savoir : le Midi, Lourcine.et Saint-Louis.
2° Que ces cas de pernicieuse malignité ne sont jamais l'œuvre de la syphilis seule.
Toujours ils sont le résultat complexe d'une
association morbide, je veux dire d'une syphilis compliquée de quelque autre maladie, ou exacerbée, aggravée par quelques causes, quelques conditions particulières. A preuve, en Tespèce : dans le premier des deux cas qui précèdent, syphilis associée à un état moral déplorable, à un véritable désespoir par chagrin d'amour, déception épouvantable, remords, humiliation, etc. ; — et, dans le second, syphilis associée au paludisme^ combinaison des plus pernicieuses, comme Ton sait.
Le danger de la syphilis n'est pas là, sauf, je le répète encore, exceptions rarissimes. Il est bien plutôt, d'une façon non pas exclusive sans doute, mais à coup sûr principale, prédominante, dans le groupe d'accidents dont j'ai maintenant à vous parler.