‹ En guettant les oursChapitre 30 sur 35 · VOLS DE CADAVRES · texte numérisé non relu

VOLS DE CADAVRES

De toutes les carabinades, c’est le vol de cadavres que j’aimais le moins, et je n’y pris part que deux fois. Le premier de ces vols fut une comédie, le deuxième presque une tragédie.

Un jour, fatigué et couché sur un banc, pendant le cours ennuyeux de mon professeur de botanique, science que je connaissais mieux que lui, j’entendis deux étudiants, assis en avant de moi, qui projetaient d’aller, au cours de la nuit, chercher le corps d’une sauvagesse enterrée la veille dans le cimetière d’Oka. Je m’empressai de raconter la chose à Sanche, un étudiant aux épaules carrées, à la figure forgée au marteau, un expert dans ce genre de travail.

— Veux-tu? me proposa-t-il, on va leur jouer le tour d’aller la déterrer avant eux.

— Je n’ose pas, lui répondis-je, faire cela à des condisciples.

— Bah ! quand un voleur en vole un autre le diable en rit. Va-t’en à ta maison de pension, achète des gros pétards et apporte deux grands draps blancs. Je me charge du reste; j’irai te prendre à neuf heures précises.

En nous en allant, Sanche me demanda:

“Sais-tu quelques mots sauvages? — Je ne connais, répondis-je, qu’une petite chanson indienne apprise dans mon enfance: Tou Maningate! mais je n’en comprends pas le sens. — ■ C’est bien.” Et nous causâmes tout le long de la route de choses et autres.

“Sauvons-nous! Voilà les Sauvage#!”. . . (page 205)

Dessin de Bourgeois.

C’était à la fin de décembre 1882. La terre recouverte d’une légère couche de neige et de glace paraissait infinie. Mais nous avions un bon cheval et le trajet fut vite parcouru.

Après avoir mis notre coursier dans une masure abandonnée, découverte à un quart de mille avant d’arriver au village d’Oka, nous nous dirigeâmes vers le cimetière, sans faire de bruit et à pas de loup, chargés de nos draps blancs, d’une pioche, d’une bêche et d’un câble.

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