DARWIN CHEZ DES CODONS
Je fis tout à coup cette réflexion : ne seraisje pas en présence de cet anneau de Haeckel depuis si longtemps recherché par les savants, de ce missing link, manquant à la chaîne qui doit relier, d’après maints naturalistes, la famille humaine à la race simienne? Qui sait? Bien que n’étant pas, tant s’en faut, un adepte de la doctrine de Darwin, je songeais à la célébrité et à la gloire qui me seraient acquises, si
'*J'ai mal là, itou”. . .
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Dessin de Bourgeois.
je faisais cette découverte. Mais, pour y parvenir, il me fallait examiner le rachis de ce type intéressant, afin de m’assurer si sa colonne vertébrale ne dépassait pas en longueur celle du reste des humains. Je fus servi à souhait.
— J’ai ben mal aux yeux, me dit le vieux Raphaël.
EN guettant eEs ours
Je constatai qu’il souffrait, en effet, d’une conjonctivite aiguë, causée un peu par l’absence d’hygiène et beaucoup par la fumée des feux de terre neuve, car on était au printemps.
Puis, me montrant le bas de son échine, il ajouta: “J’ai mal là itou”.
— Bonne affaire! me dis-je, et ne voulant pas crier trop fort, je lui fis signe de baisser sa culotte.
Hélas!. . . Désillusion! Vanité des vanités! C’était un homme comme les autres. Pas une vertèbre de plus, pas une vertèbre de moins. Et comme tout le monde il avait là un oeil unique, un œil de Cyclope, crevé par quelque Ulysse sans doute? Et l’anneau fleuri d’eczéma qui l’entourait, n’ajoutait pas un brin de charme au panorama.
Cet œil semblait être aussi malade, sinon plus que les deux yeux bessons placés audessous du front.
Pour les yeux d’en haut, destinés à contempler la lumière céleste, je préparai avec beaucoup de précaution un collyre très clair au sulfate de zinc, dans une petite fiole bien nette; pour celui du bas, qui ne s’ouvre que sur les ténèbres, je mis dans une autre bouteille de l’huile de cade, extrait noir et puant du goudron.
Je me disposais à rédiger les ordonnances, quand le vieillard me dit: “ Ça sert à rien