‹ En guettant les oursChapitre 6 sur 35 · DARWIN CHEZ DES CODONS · texte numérisé non relu

DARWIN CHEZ DES CODONS

d’écrire ça, on sait pas lire parsonne dans not’ boutte.”

Alors, je lui expliquai à plusieurs reprises, par mes paroles et par mes gestes surtout, que le liquide clair était pour les yeux, et le noir pour l’autre bout II partit en disant qu’il suivrait mes recommandations à la lettre.

Ce jour-là tombait un dimanche. Le dimanche était toujours la grosse journée d’affaires pour les médecins, les commerçants, les boulangers, les cordonniers, etc., car les colons, autrefois, en allant à la messe, profitaient de cette course pour s’acquitter de leurs commissions.

Il vint plusieurs personnes à mon bureau; mais, coïncidence étrange, deux autres sourds succédèrent au vieux Raphaël. Ayant contracté subitement l’habitude de m’égosiller, je continuai à interroger les autres patients sur le même ton; si bien qu’à l’heure du repas, j’interpelai ma femme d’une voix de stentor:

— Le dîner est-il prêt?

— Je t’en prie, répondit-elle, ne parle donc pas si fort: tes clients vont s’imaginer que tu es toujours enragé!

—Oh ! pardon, ma chérie, et je lui murmurai tout bas: Je te croyais sourde, toi aussi.

Le dimanche suivant, avant la messe, mon vieux singe manqué s’amena, plus laid et plus simiesque d’allure que jamais.

En entrant il cria: Bonjour ! mais il n’avait . pas l’air de bien bonne humeur.

— J’cré que vous êtes pas aussi bon docteur qu’y disent. V’ià huit jours que j’fais vos remèdes, et ça va pas mieux.

En effet, ses yeux, plus enflammés qu’auparavant, portaient un liséré noir tout autour et puaient le goudron.

Je lui demandai par cris et par gestes commfnt avait appliqué les médicaments, et il m’explique:^ “E’eau claire, là, j’me suis lavé le bas, et l’onguent noir j’m’en mettais deux fois par^jour dans les yeux, tel que vous m’avez dit, et j’sus pas mieux pan toute! pan toute!”

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