UN MUSULMAN
En descendant la Casamance on rencontre, sur la gauche, la ville sainte de Karantaba.
Les fervents marabouts y accourent de tout le bassin de la Casamance pour prier Mahomet, et un grand nombre du talihés ou élèves-marabouts, y viennent faire leurs études,
Les talibés sont, en général, de jeunes garçons qui se mettent au service d'un maraljout en renom et deviennent ses domestiques et les cultivateurs de ses biens.
Ils mendient pour lui, et vont chercher auprès des fidèles la nourriture qui manque à leur vénérd maître.
En échange de toutes ces courtoisies, le marabout leur enseigne à lire le Coran, et k écrire l'arabe sur des planchettes.
Avant de devenir marabouts, les talibés passent des examens et ont droit alors à des distinctions honorifiques.
Le premier échelon du grade universitaire, est le titre d^arphan avec le droit de porter le bonnet bleu.
Ce grade est le plus ordinairement donné.
Pour parvenir à celui de fodé avec la coiffure rouge, il faut de la part des marabouts une piété et un savoir inconstestés.
Ils sont alors très recherchés et deviennent souvent, s'ils sont intelligents des prophètes guerriers comme il y en a eu tant dans le Soudan français.
Karantaba, quoicjuc décime de sa grandeur passée, est cependant restée la ville intellectuelle de la liante Casamancc, et sa bibliothèque est renommée pour le nombre de ses manuscrits sacrés.
Sur les rives droite et gauche se trouvent différents villages que nos troupes ont dû brûler \i la suite de révoltes en 1852 et en 1882.
On longe Tile du Diable et Ton arrive k Sedliiou.
Sedhiou est le poste français le plus avancé de la Casamance. L'emplacement de la ville nous fut concédé par les traités des 24 mars 1837 et 3 août 1838. Depuis la convention du 4 février 1850, les habitants du Boudhié ont reconnu notre souveraineté et se sont placés sous notre protectorat.
Le poste de Sedhiou est situé sur le bord de la Casamance. Les terres voisines du fleuve ont été soutenues par des troncs de rôniei-s pour empêcher les eaux de venir frapper les murailles du poste. Les tcn^ains voisins sont d'excellente qualité et les nombreux jardins de la garnison fournissent à tous les Européens des légumes frais ainsi que des fruits très variés.
Les rues de la ville sont bien tracées et de très beaux arbres en font des promenades agréables. Les propriétés sont séparées par des haies de thé de Gambie (ou de Casamance), dont le goût rappelle celui de la camomille.
Sedhiou possède dans ses jardins un fort beau fromager, arbre gigantesque à cinq faces dont le pourtour mesure 25 mètres.
Plusieurs maisons de commerce y ont des comptoirs : la Compagnie Agricole et Commerciale de la Casamance ; la Compagnie Française de l'Afrique Occidentale et la Société de Fiers-Exportation.
Sedhiou a été occupé par les Français en 1837, mais les habitants étant mandingues et musulmans, cette ville a souvent souffert du fanatisme des indigènes.
En quittant Sedhiou, on laisse sur la gauche le marigot de Bissary qui conduit vers Farim (Guinée» portugaise ).
La descente du Heuve eut fort belle et la viîgtîtation est vraiment celle des paye tropicaux.
Sur la gauche on longe le pays dos BalauteH dont la rapacité est proverbiale et l'on arrive h un endi-oit délicieux que l'on nomme Yatakounda. La source d'eau qui se trouve sur les borda de la rivière est, par sa limpidité et son goût légèrement ferrugineux, une des meilleures de toute la Casamance.
Goundouni, sur la gauche, est un point de traite important; h, peu de temps
de lii on arrive h Mangakounda où la Compagnie Commerciale et Agricole delà Casamance a établi un jardin d'essai.
A un coude très prononccî on touche Adéanc, point de traite d'où l'on voit l'estuaire du Songrogou(l) ou Maraasaou. Cette rivière vient du Firdou et sa marche est parallèle h celle de la Gambie et de la Casamance. M. Brosselard a reconnu une partie de ce cours d'eau.
A Sindone se trouvent les importantes plantations Lamour et Westyne, L'arbre-caoutchouc du Para (Brésil) y a été introduit en 1892-93 et semble réussir parfaitement.
On ne connaît en Afrique que la liane-eaoutchouc, dont las produits sont bien inférieur Ji ceux de l'arbre-caoutchouc. i
L'avenir si impoi'tant qui est réservé à ce produit fait donc espérer qu'il y a dans ces sortes de plantation une heureuse entreprise h. encourager.
(1) Qaelqnca auteora pensent que Songrogott e oa Saint- Gtéffoire.
□ptiou dn mot portugais Bao-Grégrorio
Vers Zighinchor {ou Sikingtyor), les rives de la Casamance se rapprochent et la profondeur du fleuve varie entre 8 et 9 mètres.
Zighinchor est uue aneienne colonie portugaise qui fut cr(î(5e vers 1G45 par des colons venus des îles du Cap Vert. Le pays entre le Rio Caehijo, Zighinchor et Âdéane est habité par les Bagnoucs. mais la présence des Portugais pendant plusieui'S sièclas a influé sur les habitudes, le langage et les mœurs des indigènes. Depuis le traité franco-portug-aîs de 1887, Zighinchor et ses envù'ons sont devenus territoires français.
Il y a dans ce bourg trois maisons de commerce et un grand nombre de traitants. But la rive opposée se trouvent des marigots (pii permettent aux
VILLAGE BAGNOUC
eoraraerçanta de s'enfoncer vers l'intérieur des terres, et de parcourir les villages le» plus portés vera les cultures.
A Zighinchor, les habitants sont en petit nombre {3 à, 400) et vivent avec leur basse-cour dont la majeure partie est formée par les porcs, Un incendie survenu en janvier 1893 a détniit tout le bourg et purifié le Heu. La ville relève aujourd'hui de ses ruines.
Tous ses habitants se disent chrétiens, quoiqu'ils ne remplissent aucun devoir de religion; il» ont une grande vénération pour les images, les médailles et les Clu-ists, auxquels ils attachent le pouvoir de les préserver de tous les aacidfints. Cette croyance a gagné les Gentils, nom que doiment les habitants
Ue Zighinchor aux peuples voisins. Ce bourg' po.sstcle une chapelle desservie par des Pères de la mission du Saînt-Eaprit.
Les environs du liourp; de Zig'liinclior sont cliarinants et la floraison vraiment équatoriale réjouit l'Européen peu liabitué h cette force et h. cette richesse. Le riz, le caoutchouc et les arachides sont les principaux produits du pays i ils servent d'échange dans les factoreries.
La rivière étroite et profonde à, Zighinchor, s'élargit jusqu'à Carabane, chef-lieu du cercle de la Basse Casamance et situé Ji l'embouchure de la rivière,
Le bourg, dans l'île dn même nom, est entouré de marécages qui sont h. sec k marée basse. Cependant le vent du large chasse les miasmes provenant de la vase et rend très supportable le cHmat de Carabane.
Quelques maisons commerciale» y sont installées et font le commerce de la rî\'ïère, comme la Compagnie Française de l'Afrique Occidentale, la Compagnie Commerciale et Agricole tle la Casamance, et la Société Fiers-Exportation.
Carabane est le siège d'un administi'ateur français; il y existe un poste de douane, un bureau des postes, et une mission catholique relevant de l'évoque de Saint-Lonîs.
A l'entrée efsui* la nve di-oite de la Casamance, la France possède l'île de DJîogué qui noua a été cédée par les traités du 31 mars 1828 et 17 décembre
1839. Cette île où nous avions autrefois quelques traitants, est maintenant abandonnée. Seuls deux pilotes sénégalais y ont leur famille.
Uîle de Carabane est à la France depuis le 22 janvier 1837. Elle se compose de quelques maisons construites à Feuropéenne et d'une soixantaine de cases indigènes.
La population comprend une quinzaine d'Européens, des Ouolofs du Sénégal et des Akous de Sierra-Léone ou de Gambie.
La race indigène est iola.
contre l'encombrant chef du Combo; maïs chaque fois la colonne anglaise, après avoir brûlé quelques villages, regagnait les rives de la Gambie, et remettait, à l'année suivante, les suites de la campagne.
Cependant, en 1894, les guerriers lolas et mandingues, habitués à la tactique anglaise, reculèrent comme chaque année, mais pendant ce temps, une partie des leurs gagnait les rives de la Gambie, et surprenait les Anglais au moment de leur embarquement.
Des troupes de renfort étant arrivées, Fodé Sllah dut se réfugier derrière la rivière d'Aleire, qui sert de frontière avec la Casamance, de là, il se rendit à l'administrateur français de la Casamance, M. d'Osmoy.
Fodé Silah est aujourd'hui aux environs de Saint^Louis et le Combo est devenu un pays paisible et agricole.
FOGNY
Le Fogny, habité par des races iolas dominées par un contingent important de Mandingues, est sous la domination d'un chef musulman, appelé Fodé Kaba, et surnommé Bankalé (ou l'Invincible). Cependant malgré ce titre pompeux, il a eu souvent îi Houflfrir des attaques du roi du Firdou et s'est bien gardé de continuer les hostilités avec ce pays.
Le Fogny, comprend le cours sui>érieur du Songrogou ou Marsassou ; c'est un pays jjlat, marécageux, mais dont la végétation est des plus luxuriante.
FIRDOU
Le cours sup;:ricur de la Casamance comprend, en amoat de Sedhîou et da Pakao, le pays du Firdou.
Il est habité par des races mandingues qui ont été, pendant im drani-mècles soumises aux Foulahs.
Le chef actuel est Moussa-Molo ; il est fils d'un cordomùeTt cpà devint, Sam la suite, le premier roi du pays. ..:.-::^^v.v-î^ .:-
'' Cette fortification est construite de manière à former une suite d'angles aigus dont les murs sont garnis de meurtrières et flanqués par quatre tourelles à deux étages. En voyant ces travaux de défense, qui ont réellement quelque chose de la science européenne et que Ton retrouve dans le lioudou et le Bambouk, plusieurs voyageurs ont émLs Topinion que ces peuples les avaient sans doute construits d'après ce qu'ils avaient vu dans nos comptoirs. Quelques uns ont même prétendu que les Portugais avaient dû leur enseigner ces rudiments de la science. Frappé, moi aussi, de la régularité et de la force de ces tatas, et me rappelant les diverses conjectui'es dont ils avaient été l'objet, je demandai h plusieurs chefs pourquoi ils b^itissaient leurs murs k angles aigus, et s'ils croyaient ce système plus favorable à la défense. Tous furent unanimes à me répondre une chose bien naturelle et Ji laquelle je n'avais p*a8 songé : c'est qu'il leur était impossible de faire autrement, parce qu'un mur simple de cette hauteur et de cette longueur construit en terre, ne présentait aucune solidité.
Quoiqu'il en soit, ces tatas renferment une centaine de cases dans lesquelles logent ce qu'on ajjpelle les gens du roi. Parmi ceux-ci, le griot et le forgeron ont un rang très élevé et jouissent d'une considération exceptionnelle.
La case du roi se distingue des autres par des cornes de bœufs plantées sur un bâton devant sa porte; elle est aussi plus vaste, mais l'ameublement en est le même. Les femmes occujient une habitation séparée où le griot seul a le droit d'entrer (1) ».
(1) Hecquardi ouvrage cité.
tion en terre ou en bambous ou autres bois. Chaque groupe est à bonne distance de la famille voisine et forme ainsi des villages très étendus qui ne se relient par aucim lien.
Les cases sont en bambous, rondes et à une seule ouverture.
Les hommes n'ont d'autres occujiatîons que laguen'c, la chasse et la récolte du vin de palme; ce sont les femmes qui vont h la pèche, soignent les cultures; de plus, elles sont chargées de tous les soins du ménage.
Les Balantes cultivent h peine de quoi se noumr et vivent surtout de rapines. Après avoir bien reconnu les endroits qu'ils veulent attaquer et s'être emparés, chemin faisant, des gens isolés qu'ils font captifs, un ou plusieurs villages se réunissent, selon le plus ou moins de résistance qu'ils doivent rencontrer et le plus ou moins de butin qu'ils comptent saisir. Ils choisissent ensuite pour leur chef le plus brave d'entre eux, mais s'il ne réussit pas il paie bien souvent la défaite de sa
vie.
Hecquard raconte que lors de son voyage en Casamance, les Balantes ayant su que les hommes de Sedhiou étaient partis dans le Yacine pour y chercher le mil et travailler k leurs champs, entourèrent nuitamment le village, d'où ils enlevèrent sept enfants et tout le troupeau. Au lieu d'avertir immédiatement le poste, ces* malheureux, ne supposant pas qu'on i)ût résister aux Balantes, se cachèrent dans les bois et ce ne fut que trois heures ai)rès que le commandant, instruit de cette attaque, put faire poursuivre leurs ennemis.
Après une course de scj^t lieues, il rejoignit les Balantes au moment où ils allaient traverser le fleuve. Ceux-ci ne se croyant pas poursuivis, s'étaient aiT(»tés pom' tuer et manger un bceuf . En aj^ercevant nos soldats, ils se jetèrent si précipitamment dans leurs 2)irogues, qu'une d'elles chavira. Les hommes qui la montaient, obligés de plonger à chaque instant pour éviter les balles, se noyèrent ; deux autres furent tués k teiTc et un fait prisonnier. Quelques temps ai)rès, l'on sut que le chef de l'expédition avait été vendu pour prix de son incapacité.
Le vol est en grand honneur chez les Balantes et les plus' adroits sont les plus considérés.
Il n'y a aucun lien de famille, les hommes se séparent facilement de leurs femmes et de leurs filles et les vendent au besoin.
Lorsqu'un Balante veut se marier, il va trouver les parents de la jeune fille qu'il aime, leur fait un cadeau et emmène chez lui sa nouvelle épouse à laquelle il donne un pagne ; tant que ce vêtement dure, la femme est obligée de rester avec son mari.
Le Balante est très sobre et ne fait qu'un repas par jour ; ce repas consiste en un peu de riz ou de mil cuit dans l'eau; ils sont f riants de poisson.
Les lolas sont répartis en un grand nombre de tribus, mai» l 'unité territoriale est le village. On trouve sur la rive gaudie de la Casamance les Bayottes et, les Féloupes ; sur la rive di-oite, dans les nombreux marigots <iu bas Heuve, les Vaeas, Kaïamanfés, Djougoutes, Karônes ou Kabîls, Ayamats et Bandjiars; sur les rives du haut Songrogou, ou remarque les Fcloupes.
Les lolîia sont sauvages h l'état naturel, mai» quand ils sont îi proximité des marigots et qu'ils fréquentent des Européens, ils deviennent sociables.
Ce» indigènes africains sont fétichistes ; ils adorent les animaux, les constellations et les bois sacrés.
Le sentiment de famille existe peu ou point ; les loIas ne reculent pas devant la vente de Icm-s enfants pour se procurer les ressources nécessaires k acheter des boissons fermeutées et particulièrement l'alcool de traite.
Le lola a la peau d'un noir accentué, le nez épaté et large, le corps robuste et formé de boinie heure ; il se taille les dents comme tous les peuples aborigènes de la côte de l'Afrique occidentale, et se rasent les cheveux et la bai'be.
Les loIas habitent la partie marécageuse de la basse Casamauce. Les nombreux marigots permettent au commerce de les visiter plus commodément, et aujom'd'hui un grand nombre de commer(;ants noirs, d'origine sénégalaise ou portugaise, sont établis parmi eux.
Du reste, le lola est si paisible et inoffeusif que l'on peut aller le trouver sans rien craindre, sm'tout si l'on est animé de bons sentiments k son égard.
L'un des points les plus importants du pays des lolas est Carabane, dans une île de la basse Casamance. " Au sud de cette ville se ti-ouvent de nombreux marigots qui permettent de visiter aisément le pays des lolas et de se rendre k Guimbéring, mais à mesure que l'on s'approche des centres, les aiToyos deviennent de moins en moins profonds. Les Kroumen les pieds dans l'eau sont alors forcés de traîner l'embarcation comme un vulgaire pousse-pousse îi travers un dédale de canaux inextricables. Enfin l'on pai-vient au débarcadère de Guimbéring où l'on dépose le passagei" après cinq minutes de promenade sur les épaules des Noirs.
Le paysage est eomiant et un soleil de feu paraît en se couchant vouloir incendier les bois environnants.
Bientôt nous entendons dans le lointain *lcs chants et des cris de femmes employées à la récolte du riz, puis des sifflements aigus nous font comiaître l'approche du village. Un indigène nous apercevant signale noti-e arrivée. Des petits cris et sifflements répétés de case en case annoncent le pa-ssago d'un inconnu, ou l'approche d'une chose pouvant exciter l'intérf't ou la méfiance de» Nou-s.
Enfin nous apercevons les premières maisons de Guimbéring, cachées dans les bois, et que nous n'aurions pas sonpi^onuées sans les appels des indigènes.
Nous pénétrons dans le village par de.-* ruelles des plus propres et des plus
EN CASAMANCE
MARIGOT DE TOBOR
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Tobor ou DJani
)jujyn nu erm/7uent
Kchene de oô^ôero
Zi6hinchor
(hiçuty à pêcheries
les aûp'etlefhUauAes parûtes, lext^nerterrllrs, IpiffneA. IcrpèlLcaits, çuridftttw €>iset»ua^ ék^prove^
MARIGOT DE GUIMBERINC
Acdr^Kireadàre. à, leurivtèr^ Ai KtMtMaunrte Zv30'tMi*ec- niar'me'Oontrtnr'o'efvckseatdanL
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Guimbérînl
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pittoresques et parvenons .«nr la place de la résidence du chef. Déjà quelques groupes de lola» se sont formés pom- connaître le motif de ces sifflementa ; h notre vue cependant chacun reste un instant ébahi ; cependant la glace (dans ces pays chauds est vite rompue » et chacmi nous tend la main, taydis que le tam-tam résonne et que de toutes parts on entend : ^ ' les Franzissails (Français) sont arrivés ".
Soummoudoua, chef du village, accourt vers noua et nous palabrons : " Comment va ton dieu? (car les ïolas sont fétichistes}... As-tu fait bon voyage?... Comment te portes-tu?... D'oU viens-tu?... Comment vont tes parents et les amis que tu viens de quitter?... " Ce sont les commencements d'un salamaleck intcnninablo qui, sans T intervention d'un estomac avide nous aurait tenus jusqu'à minuit.
Le chef, heureux d'une pareille visite — deux blancs, sans doute des personnages importants d'Europe, — reste un moment en vénémtion devant noua et envoie ses sujets h la recherche d'un logement.
Guimbéring est un fort village, composé d'autant de réduits qu'il y a de familles, Au centre d'un terrain se trouve la cour. On y fait un grand trou pour prendre la terre qui doit servii- îl construire les murailles qui limiteront la propriété ; puis on y élève une quantité de maisons dont les jours sont sur cour : la porte d'entrée dans ces espèces de forteresses est basse et difficile, cependant, les demeures quoique étroites sont fort agréables, car connue elles sont en terre, la fraîcheur s'y maintient longtemps.
Notre appétit s'étant fait sentir, nous faisons préparer nu modeste repas. Deux boîtes de conserves noua servent d'assiettes, tandis qu'une troisième est réservée au délicieux vin de palme.
Sa Majesté Soummoudoua vient nous présenter ses hommages et nous offre notre cadeau du jour de l'au : un régime de bananes!... Dieu quel délice !... Ce dessert vivement absorbé, nous nous rendons k une invitation à la danse.
En effet, le chef de Guimbéring, comme tous ses sujets, du reste, aime la danse et le tam-tam, et il est heureux de nous présenter ses meilleurs artistes.
Vieillards et vieilles femmes, jeunes gens et jeunes filles sont île la partie. Le tam-tam, sorte de tambour, est un tronc d'arbre évidé et recouvert d'une peau de bœuf sur laquelle un robuste gaillard s'échine h taper en cadence : le bruit est quelque peu assourdissant, mais devant le» jolis minois de ces dames, que ne saurait-on supporter? Entre temps, les daviseura et les danseuses viennent nous présenter leurs salutations avec leur éternel " Sâphi " (bonjoui'),
La soirée est quelque peu chaude, aussi songeons-nous à satisfaire nos tableaux vivants : un baril d'alcool est aussitôt amené sur la place. La foule plus que satisfaite vient nous remercier de l'excellente idée que nous venons d'avoir t
le chef en tête de la délégation, vient s'asseoir k nos côtés, tandis que pendant le ballet; chaque artiste passe devant nous pour nous saluer.
Cependant minuit a sonné depuis bien longtemps; suffisamment fatigués nous filons à l'anglaise pour rentrer dans notre case : une peau de bœuf pour deux et deux modestes couvertures sont notre apanage. Nous reposons sur le cimetière de la maison : le sable encore frais, nous indique qu'un parent du propriétaire a été enterré ces jours-ci sous notre tête.
Dès l'aurore, nous sommes sur pied pour faire nos préparatifs de chasse. A notre sortie quelques habitants sont déjà debout; les " Saffi " et les poignées de mains recommencent. Une foule nous suit dans les bois, épiant nos moindres mouvements, admirant notre manière de viser et surtout la bonne fortune qui nous vient en aide ce matin là.
De retour au village, nous sommes reçus par Soummoudoua qui a fait préparer un léger repas de bananes et de vin de palme, et le tam-tam recommence.
Après avoir déjeuné d'une poule au riz, plat national des lolas, comme de la plupart des peuples africains, nous allons respirer le frais près de Guimbéring sur le flanc d'un monticule de sable...
Les perdrix et les biches y sont en quantité, aussi faisons-nous quelques abattages; ...mais je m'aperçois que les quelques indigènes qui nous ont suivis, paraissent consternés; je me renseigne et apprends que je viens de tirer sur un arbre fétiche : en effet, en m'approchant, j'aperçois aux branches quelques ossements et autres gris-gris : je m'empresse de calmer mes lolas et répare mon méfait en offrant mon butin qu'ils acceptent avec empressement.
A notre retour, quatre cents indigènes entourent le tam-tam qui résonne toujours, tandis que les jeunes filles se préparent à faire les frais de la journée. Revêtues de leurs plus beaux costumes, une légère bande d'étoffe plus ou moins large et une queue de vache dans la main droite, elles s'avancent par deux, puis par trois, enfin toutes ensemble, et nous présentent un corps de ballet des plus réussis.
Une dizaine de mouchoirs de couleurs variées et quelques colliers de verroterie sont les prix des plus méritants.
Pendant cette danse, les garçons en costumes guerriers se présentent, les uns pour les entrechats, les autres pour les luttes.
Malheureusement la température est devenue accablante et un orage qui éclate bientôt disperse l'assistance.
Les orages en cette saison sont de j)cu de durée, et quelques heures après, les luttes et les danses recommencent.
Rentré dans ma case, je m'étends sur ma modeste peau de bœuf et m'endors du plus profond sonnneil.
Les moustiques et les moucmouts s'acharnent sur ma personne. De bonne heure nous préparons notre lëger bagage.
Le chef prévenu de nos préparatifs accourt fort surpris, d'un départ qu'il qualifie de précipité, et cherche sans y parvenir à nous retenir encore un jour.
Le tam-tam est alors battu et tous les notables viennent nous souhaiter un bon voyage.
Tous regrettent de n'avoir pas prévu notre départ, car ils se seraient fait un plaisir de nous offrir les uns un bœuf ou un porc, les autres un âne; mais tous ces animaux sont partis dès l'aube dans les champs.
Nous les remercions sincèrement de leurs intentions et pour les satisfaire nous voulons bien accepter un canard à tête rouge, une poule et du vin de palme que la jeunesse court nous chercher dans les bois. On voit alors les garçons qui, k l'aide d'un cerceau, montent au sommet d'un palmier et recueillent le suc de l'arbre qui coule par une incision, dans de petites gourdes ad hoc. Pris frais, le vin de palme est délicieux, aussi les indigènes en font-ils une grande consommation.
Après avoir cheminé quelque temps nous approchons de notre baleinière et remercions ce si brave peuple de l'hospitalité vraiment antique qu'il nous a donnée... (1)".
Les lolas parlent le dialecte féloupe; ils comptent par cinq et par dizaine et disent : un, deux, cinq, cinq et un (6), cinq et deux (7), dix, dix et un (11), dix et cinq (15), dix et cinq et un (16), vingt, vingt et dix (30), vingt, quatre fois (80), cent, mille, etc. Ils n'ont pas d'écritm'e et rapportent leur histoire par des contes que tous les enfants aiment à entendre de la bouche des vieillards du village.
La nourriture ordinaire du lola est le riz ; avant l'épizootie de 1891-92 les lolas possédaient beaucoup de bestiaux, aujoiu'd'hui il ne leur reste plus que quelques moutons et un grand nombre de porcs.
Sur les bords peu profonds des marigots ils installent des pêcheries en forme de labyrinthe, avec des roseaux et des bambous, par où le poisson s'introduit pour ne plus sortir.
Les lolas ont un mets favori, mais qui ne se sert que dans les repas de cérémonie, c'est le civet de chien; véritable régal qui fait tous les frais des grands festins.
La bigamie est acceptée, mais c'est le petit nombre qui en profite; n'ayant pas d'esclaves et étant eux-mêmes traqués par leurs voisins, les lolas n'ont jamais pu pratiquer à leiu* aise la polygamie; ils n'ont donc qu'une femme,
(1) Cl. Madrolle. — De la Casamance en GhÂÎnée par le Fouta-Diallo.
mais, lorsqu'ils en sont fatigués, ils sont libres de la quitter pour en prendre une autre en payant une dot qui est peu élevée.
Chaque fois qu'un mari répudie sa femme, il lui abandonne tout ce qu'il lui a donné, mais il conserve les enfants, surtout les garçons, qui, en grandissant, deviennent pour lui une source d'influence et de prospérité.
Le gouvernement est oligarchique : les chefs du village n'ont que très peu d'influence et ne peuvent prendre aucune délibération importante sans consulter les Anciens du pays.
La justice est rendue par le chef assisté des vieux du village.
Les questions de crimes ou de délits privés se vident par l'épreuve du poison. Si l'accusé survit h cette épreuve, ce qui peut arriver quant il est assez riche pour payer celui qui l'administre, il est considéré comme innocent.
Dans la tribu des Bandjiars le chef est à la fois grand prêtre et roi ; ses sujets croient qu'il a le pouvoir de prévenir les malheurs qui les menacent, qu'il dispose à son gré de la pluie et du beau temps et ils lui paient pour cela une redevance en grains et en bestiaux. Tant que le temps est favorable, ils vénèrent leur chef et le comblent de présents ; si la sécheresse menace leurs moissons, si les pluies sont trop abondantes, il ont recours aux cadeaux; mais si ce moyen ne réussit pas, ils l'accablent d'injures et le frappent jusqu'à ce que le temps ait changé.
avoir le plus de droits sur le littoral pour demander Tune le cap Barella, et la seconde le cap Roxo.
De Carabane à l'entrée du Cajinolc, la course, en baleinière est d'environ cinq heures, mais ayant eu un vent très favorable jusqu'à la pointe Saint-Georges, j'arrivai au poste de douane de Jiromay en très peu de temps.
Pour obvier contre la fraude qui se fait sur une très grande échelle par les Portugais, et exercer en même temps la police de cette partie de la basse Casamance, la colonie du Sénégal a établi vers 1889 un poste de douane qui contrôle le passage des pirogues et surveille les provenances du Cachée. Ce poste se compose d'im douanier européen et de trois laptots, avec une petite baleinière. Le bâtiment se trouve à proximité de villages iolas et se compose de deux grandes pièces, d'un jardin où poussent des radis et des salades, et de quelques petites dépendances, dont un four de boulanger.
Le pays qui entoure le poste est riche et bien cultivé et les villages qui ont un renom de mauvais caractère, comme celui de Séléki, sont, au dire du douanier, ceux qui l'ont le mieux reçu.
Le service est du reste si peu dur que ce fonctionnaire est rarement à son poste et que la chasse le mène loin dans la brousse; il m'a même affirmé qu'à chacune de ses sorties, les habitants qu'il visitait le comblaient de fruits de toutes sortes, de canards' et de poulets.
Du reste cette partie de la Casamance est splendide; la terre y est d'excellente qualité, tout y pousse avec une exubérance vraiment équatoriale, et les citronniei-s bananiers, orangers, etc., embaument Tair du matin de parfums suaves. C'est un lieu enchanteur, un vrai paradis, très propice h la colonisation, à la condition cependant que les émigrés soient des méridionaux, des Siciliens, des Andalous ou des Algériens.
Le Cajinole est large, mais sa profondeur varie ; il est cependant partout navigable aux bateaux ne calant pas plus de 2 mètres ; souvent même on trouve des fonds de 4, 6 et même 8 mètres.
Après la frontière, que n'indique aucun poteau, on pénètre dans l'Apertado, Ses bords sont limités par des palétuviers dont les branches, rejetées vers le milieu du lit du canal, gênent hi navigation. La profondeur varie selon la marée, mais elle reste entre 0",40 et l'",50; sa largeur est de 3 h 5 mètres. Les détours, sans nombre, sont brusques, (*t une l^aknnière de 8 mètres s'enfonce à chaque tomnant dans la grève et s'enchevêtre dans les palétuviers; il est absolument impossible de se servir de rames et l'on doit prendre des perches pour faire avancer l'embarcation. Le fond est tantôt de vase et tantôt de bancs d'huîtres. Le passage de l'Apertado demande, avec une marée propice, trois heiu'es et demie de navigation ; on pénètre ensuite dans le rio Bulor.
Les rives de l'Apertado sont limitées par de belles forêts avec des arbres
pièces de 20 et dé 50 eentîmt?8. Tous furent heureux de courir
pour les posséder; îk ont dû s'en faire, depuia, des colliers et des pendants
d'oreilles.
Après être rest^ plus de deux hourc» h i-auBer et k parcourir lea cases du village, je remontai dans l'cmbareation, et saisissant ma carabine Winchester, je les gratifiai d'un long- feu de naïve dont ils ont dû rester certainement longtemps stupéfaits.
De nombreux marigots circulent au milieu des terres ; le principal que j'aperçus fut celui qui mène Ji Jobel.
Enfin, après trois heures de navigation sans arrêt, je débouchai dans le rio Cachée, près de sou embouchure, et malgré l'assiduité de mes nageurs kroumen, je ne parvins pas h. Cachée avant minuit, ayant mis ainsi un jour et demi pour me rendre de Carabane dans cette ville. J'étais en vue d'une vieille cité portugaise, \-ivant objet de l'antique splendeur de ce [teuple dan» les siècles passés, mais dont rimpoi*tance a aujourd'hui totalement ilispai-u (1).
(1) CI. Madrolle. — Revue de géographie, juiu 1:
■iS
GUINEE PORTUGAISE