LES ILES
CONAKRY - TRISTAO - ALCATRAZ - LOS - MATACONG, ETC.
longeant la côte de la Guin<;e, on remarque dès la frontière septentrionale le groupe dea Tristaô, terrain plat, peu habita, mais d'une végt^tation splendide ; plus au sud, les rochers des Aicatraz, les îles montagneuses de Los (possession anglaise), l'île de Conakry, et un grand nombre d'îles formées par les canaux des coui's inférieurs des fleuves descendus des contre forts du Fouta.
L'île de Conakry est située en face du groupe de Los h, la pointe de la presqu'île du Dubréka.
Séparée par un étroit chenal du continent elle fut habitée par les tribus bagas, dont l'élément a aujoui'd'hui disparu devant l'invasion des Soussous aui* le littoi-al guiuéen.
Les Anglais, toujours en quête de pointa stratégiques et commerciaux, avaient depuis longtemps réclamé l'île de Conakry comme une dépendance du groupe de Los. La question devint même très vive et donna lieu, k une certaine époque, k de fréquents pourparlers diplomatiques. La presse européenne se saisit de l'affaire; cependant le gouvernement, soutenu par une maison fran(,'aise (1),
(1) La Compagnie Fratii;aiae de l'Afrique Occidentale s'appelait & cette époque Compagnie du Séoëgal et de l'Afrique Occidentale,
établie dans l'île même, rejeta les prétentions anglaises et occupa ce point.
En 1888, le bourg de Coiiakry sui'giH9ait de terre ; elle comprenait, la Compagnie Française et la Maison Maillât dans l'ouest Je l'île, et Colin, au village de BoulbiniS ; entre ces deux points, le bureau du câble anglais et le Poate séniîgalais clôturaient l'énumtîratîon des premiei*s lîtabUssements européens de l'île de Conakry, connue h cette i^poqne sous le nom de Tombe.
La séparation administrative des rivières du sud de la colonie du Sémîgal, mit définitivement Conakry en lumière. Depuis le 1" janvier 1890, l'île de Tombo a été choisie comme résidence du gouvernement de la nouvelle colonie de la Guinée française et Conakry s'est depuis développée.
" Un pur joyau. Des roches volcaniques formant brise-lames, une plage de sable fin, des cocotiers écbevelés ; en arrière, la grande futaie dont les verdures trempées ont des scintillements d'émeraude.
La ^ille? Un palais de gouverneur, façon de villa flanquée de lourdes arcades ; puis deux files de bâtisses en fer ou en bois couvertes de tôle galvanisée, bordant un boulevard désolant, long d'nn quart de lieue, large de cent mètres, Sahara où l'insolation guette le téméraire qui s'y hasarde en plein midi. Coiiakry est très fier de son avenue, k tel point qu'il u'a pu résister k la tentation d'en percer une autre coupant la première îi angle droit. Celle-ci attend encore ses édifices : la chaussée future n'est qu'une trouée encombrée d'arbres abattus, de aouchea h demi brûlées. Elle figuie assez exacteiùent le sillon creusé par le passage d'nn cyclone.
En présence de ce massacre, le souvenir me haute des colonies de l'archipel Malais, de ces villes ombreuses qui ont nom Pînang, Batavia, Samarang. Conakry eût pu leur ressembler. Mais Iji-bas le colon traitait la forft moins eu ennemie qu'en alliée, s'y ménageait une retraite, n'hésitait pas h. briser l'alignement d'une rue pour épargner un arbre. Ici les nouveaux venus ont promené le feu et la hache. Leur devise a été : table rase; leur idéal, un Champ-de-Mars. Cette conception édilitaire h. ses partisans. Il semblerait toutefois que, préoccupés de faire grand, ils aient surtout fait le vide, ce qui n'est pas absolument la même chose.
Mieux inspiré, la population noire a pris position k la lisière du bois. Elle comprend une vingtaine de familles soso, originaires du Rio Pongo; les hommes travaillent par intermittences dans les factoreries comme manœuvres ou bateliers. Leurs cases rondes, très vastes, sont d'une propreté remarquable : un avant toit, pai-fois même une sorte de promenoir couvert n'y laisse pénétrer qu'inie lumière atténuée. A côté, fermé par une palissade en bambou, le potager ; manioc, bananiers et papayers plantés à la diable. En déboisant pour établir son village, l'indigène a respecté les ancêtres de la bi'ousse, des banyans séculaires qui versent sur les places, aux angles des ruelles, la fraîcheur de leurs amples
palmiers à perte de vue, les mouvements de terrain et si l'on porte les regards vers la mer, c'est le panorama grandiose des îles anglaises de Los, avec ses pics éclievelés, ses nombreux îlots et ses rochers qui produisent TefFet d'un véritable chaos.
Conakry est appelée à devenir un port et une ville importante. Créée en janvier 1890 pour servir de résidence au gouverneur des anciennes ** Rivières du Sud ", elle a vu s'élever, sans aucun secours de la métropole, toutes les constructions nécessaires à une nouvelle cité.
Les innombrables i)almiers et ses dernières plantations d'orangers et de fruits de toutes sortes en ont fait un immense jardin^ et déjà, Conakry est avec Qorée un agréable sanatorium.
Aux trois anciens villages qui peuplaient Tîle de Conakry, Tombo, Bulbiné et Conakry, est venu s'ajouter un quartier complètement neuf et peuplé par le» nombrt'ux émîgrants de Sierra-Léone et qu'on appelle Newtown. Deux grandes avenues parallèles allant i)resque de l'ouest à l'est sont reliées par une troisième qui va rejoindre, en partant de l'hôtel du Gouvernement, la grande route de Timbo.
En quatre ans, Conakry est devenue une ville française et aujourd'hui on y remarque déjà des palais, comme l'hôtel du Gouvernement, l'hôpital, les habitations des nombreux agents commerciaux, les hôtels du télégraphe, des sœurs, et deux églises, l'une catholique et l'autre anglicane.
Les excursions autour de Conakry sont nombreuses et celles aux îles de Los, puis à Dubréka par la route du Fouta, et à Kamayen par la mer, sont de toute nécessité.
Les côtes de l'île de Conakry sont limitées par une forêt de palmiers du plus bel aspect. L'île est basse et rocheuse et le courant sous-marin vient ronger ce littoral séparé aujourd'hui du continent par un bras de mer d'une centaine de mètres 'et difficile à traverser, même par les légères embarcations, à cause des rochers.
De nos jours, un tablier métallique réunit l'île au continent. En moins d'une heure, on gagne Kamayen, car les nageurs Kroumen, Sierra- Léonais et 80USSOUS sont de solides rameurs. Kamayen est au fond d'une anse rocheuse où peuvent s'abriter les légères embarcations ; les indigènes sont de race soussou et comme tous bons villages noirs, toujours en fête pour la moindre des causes. Le tam-tam résonne aujourd'hui, c'est une solennité... le village vient de recevoir des jeunes filles circoncises des villages voisins et toute la bande joyeuse danse son plus beau quadrille.
Cependant cette danse me paraît moins gracieuse que celle des Ouolofs du Sénégal et surtout que celle des lolas de la Casamance.
Kamayen est à cent mètres de la grande route de Conakry à Timbo ; je m'y
rendis donc pour reconnaître les travaux dont on parle autant Ji la capitale de la Guîn<?c qu'en France même.
J'y parvins vers le sixième kilomètre ; la route me parut bien établie ; cependant l'entretien y est des plus difficiles, car k la moindre pluie, l'herbe y repoasse et la route redevient une nouvelle forêt vierge.
Cinq mètres, plus les fossés, sont la largeur de la route de Conakry vers Timbo. Maigre les travaux, quelques rocliea et pierres sont i-estées sur la route, aussi, les Noirs, sans chaussure, ont-ils pratiquij sur la chaussée un étroit sentier tortueux que soi-même on suit machinalement.
Ces îles sont le domaine de la Compagnie Commerciale et Agricole des îles Tristao.
L'île Aube est la plus importante comme étendue (188 kmq. environ), sa population peut être estimée à 5)00 Nalous, paisibles habitants. Le seul point commercial est Franceville, situé sur remplacement de l'ancien poste français de Kakv.
L'île Robert (48 kmq. environ), est plus intéressante par son commerce ; ses habitants possèdent des embarcations qui leur permettent de parcourir les nombreux marigots du littoral et de pénétrer dans les villages de cultures. Le bourg le plus habité est Capken, résidence de Séka-Modou (1), chef du pays, ancien négrier enrichi, et possesseur de Tîle et de quelques villages du delta du Nunez, tel que BofFa.
" Comme tout bon nègre, il est arrogant devant l'indifférent ouïe &ible, souple et craintif lorsqu'il a affaire h un B lanc vigoureux ; Séka-Modou est de petite taille et très agile malgré ses soixante ans ; correctement vêtu pour un Noir, il nous parle avec modération : les quelques jours qu'il a passés en prison, h Boké, pour avoir fait le négoce de la chah' humaine, l'ont rendu plus sociable, et, il est même devenu prévenant. — Pris d'un élan charitable, il nous fait apporter pour notre repas les meilleurs produits du pays et plusieurs centaines d'huîtres excellentes, cueillies sur les rochers.
Les huîtres ne sont pas rares sur la côte occidentale, on les trouve communément sur les tiges de palétuviers, cependant les plus estimées sont les huîtres de rochers (2) ".
Capken est un petit village propre et ombragé. Les maisons sont bien construites et agréables à habiter.
A cent mètres du village et le long de la plage existe une source. Les femmes et les jeunes filles viennent y prendre leurs ébats et puiser l'eau nécessaire aux soins du ménage.
Elles s'aspergent avec une calebasse et, très habiles comme doucheuses, quelques verres d'eau leur suffisent pour se mouiller tout le corps; elles se frottent avec vigueur, puis se laissent sécher au soleil.
La baignade a lieu sans la moindre pudeur; quelqu'un passe, on s'interpelle et la douche continue sans qu'aucune d'elles songe h se cacher, et sans que la moindre idée d'indécence vienne effleurer leur esprit.
L'île MadroUe, peu étendue (9 kmq), est peu peuplée ; on n'y trouve qu'un village, Kafoula, avec 120 habitants.
Les deux autres îles ne sont pas habitées.
(1) Mis pour Séka-Mohamodou (Mohamed).
(2) CI. M., Notei de YOjtkge.
palmiers. La plage de Francevîlle est remplie de troncs d'arbres qui, souvent, gênent la marche des bâtiments.
En 1892, trois couronnes sont venues s'échouer près de Franceville. Elle» portïûeut le nom " Orénoque " des Messageries Maritimes, elles avaient été jetées au sad de l'Equateur et entraînées par le courant. Elles ont atterri aux Tristaô, chacune à, un jour d'intervalle, mettant deux mois pour parcourir 1.800 kilomètres.
Au sud-ouest de Franceville, vers le cap Le Cesne, existe une plaJw herbeuse de 4 K 5 kilomètres de long et de 1 à 2 mètres au-dessous du niveau de la mer. Cette étendue pourrait être convertie en salins par une simple tranchée d'une centaine de mètres.
Autour de la factorerie, la Compagnie de Tristaô a créé six champs culture et d'expérience. En moins de trois ans elle a planté 8,000 pieds de kolas, dits de Sierra-Léone, du ricin, des plants de caoutchouc, du café, des bananiei qui réussiront parfaitement sur cette terre excellente.
La mer se retire h marée basse îi deux et troi^ kilomètres du littoral et le pe de profondeur de ses eaux n'a pas permis aux bâtiments d'un tonnage élevé dd s'approcher des côtes. L'embarquement y est difficile. Il faut, pour parvenîl au bâtiment, faire une promenade parfois longue, sur les épaules de vigoureui Noirs, qui enfoncent dans la vase jusqu'à mi-corps, promettant à chaque pasdE voua engloutir, à la moindre glissade. Vers Capken et dans les nombreuj marigots, la plage est vaseuse, mais vers Franceville il n'y a que du sable.
LES ALCATRAZ
Les Alcatraz sont des rochers dont le plus grand émerge comme un petit] îlot.
Le rocher est couvert d'une épaisse couche de guano, proyenant du gran^ nombre d'oiseaux qui viennent s'y réfugier; les marins ont donné h. ces volatilei le nom de " fous ". Leur nombre est considérable et pour se frayer ua chen; il eet nécessaire de se servir du bâton.
En novembre 1888, la concession des gisements de gtiano, fut donnée à 1
Compagnie Française de l'Afrique Occidentale. Après trois ou quatre chargements on dût arrêter T exploitation.
Le guano, constamment lavé pendant la saison des pluies, est de qualité médiocre et pas assez rénumérateur pour une exploitation sérieuse.
Le guano accumulé est évalué à 3 ou 400 tonnes.
L'Alcatraz est facilement abordable en temps calme, et, dans Test du rocher, la profondeur des eaux permet presque aux bâtiments d'accoster le roc.
Entre l'Alcatraz et les Tristaô il existe des fonds de 7 à 20 mètres, qui permettent aux bâtiments de se rendre plus vivement de Boulam au Nunez.
En 1889, le Gouvernement du Sénégal fit occuper le rocher par quatre Nalous que l'on trouva morts à quelque temps de là, au pied du pavillon français dont ils avaient la garde. Cette triste découverte fut faite par le capitaine Bouteiller, commandant le " Dakar ".
Ces Noirs ne sont pas morts de faim comme on a pu le dire, puisque l'on a trouvé dans la giberne de l'un d'eux des provisions en abondance. Ils sont plutôt morts de soif, ou de fièvres engendrées par les exhalaisons continuelles du guano.
L'Alcatraz prend dans certaines cartes le nom de Pélican.