‹ En GuinéeChapitre 75 sur 115 · I III · texte numérisé non relu

I III

mAHIMASAUll lOU^AKÀIIIIO MANMAOOU-PATE AIOOULAYE

AsAaMiné (Almamy)

parce que son père, Ahmidou, n'en avait pas rempli les fonctions ; son grandpère, Ibrahima-Sauri-Maoundo, avait pourtant régné trente-trois ans.

Pour les fonctions d'alpha, les règles sont les mêmes pour les dïouales du Labé et du Timbi.

C'est au moment des vacances des chefs du pouvoir que le Fouta est le plus remué, et il n'est pas rare que la guerre civile éclate. Cependant une fois que l'élection est terminée le pays redevient plus calme et le nouvel élu, sacré à Fougoumba, prend la route de Timbo, capitale du pays.

Chacun des Almamys revient ainsi au pouvoir alternativement tous les deux ans.

Ces changements de gouvernement ont lieu vers le mois de septembre et, jusque dans le plus petit village, la famille régnante cède la place k l'autre.

Cependant ces mutations ne se font pas toujours sans révolution, car la position de Chef d'Etiit est avantageuse par suite des cadeaux et des beaux revenus qu'elle procure.

Les luttes politiques ont souvent lieu entre les deux parties et mettent parfois à sang les pays voisins de Timbo, capitale et résidence de l'Almamy en fonction.

Hecquard qui voyageait au Fouta en 1852, assista k la querelle de ces deux familles, qui étaient représentées par les Almamys, Omar et Ibrahima, deux prétendants au gouvernement effectif du royaume. " Une grande partie de la matinée se passa en palabres ; on y débattit la grande question de savoir si Ton déposerait ce joui* là, sur la tête d'Ibrahima, le turban, emblème définitif de la souveraineté. A cet effet l'on consulta le sort, en jetant en l'air des coquilles de *' pistaches, qui y étaient considérées comme favorables ou défavorables, selon que, retombées à terre, les côtés concaves de ces fruits se trouvaient plus ou moins nombreux que les côtés pleins. L'on tîra aussi la bonne aventxu'e et l'on fit des prières pour se concilier le bon vouloir de la Providence.

Malgré une forte opposition, les plus sages et les plus rusés, modi Omar entre autres, qui pensaient que, dans une révolution, un jom* perdu est souvent irréparable, firent décider que l'Almamy serait -Couronné sur le champ et qu'on se mettrait en campagne dès le lendemain.

En conséquence, à l'heure de la prière du soir, c'est-à-dire au coucher du soleil, on battit le tabala pour appeler tout le monde à la mosquée et sur la place publique. Après une longue prière, l'Almamy qui s'était rendu dans la plus grande mosquée, prit la parole et prononça à voix basse un discours qu'un homme, placé à ses côtés, répétait tout haut et qu'un second redisait à la foule assemblée au dehors. Le prétendant commença par rappeler sa naissance, le long règne de son père et les victoires que sa famille avait remportées sur les Infidèles. Il parla de son propre pouvoir si brusquement interrompu et usm'pé par l'Almamy Omar ; puis,

examinant la conduite du ce ilernier. il lui reproclia aa tiédeur pour les intérêts de la religion, dont il ne suivait plus fidèlement les pratiques de[)ui» qu'il était tout puissant ; il l'accusa de thésauriser et de ne faire aucune charité : enfin, comme tous les ambitieux qui brig:uent la faveur populaii'e, il finit j)ar promettre k ses anditeuvH que, s'il devenait Almamy. cet état de choses changerait immédiatement; qu'il rendrait tous ses sujets heureux ; qu'il rechercherait et punirait les pillards ; qu'il vivrait de son patrimoine et ne demanderait jamais d'impôts au peuple, lequel pourrait Uapprocher et lui porter ses plaintes îi toute heure.

Ce di«coui's dura près d'une heure et fut religieusement écouté. Lorsque l'Almamy eut fini de parler, un des marabouts les plus influeuts se leva et fit, à son tour, un appel au patriotisme du jieuple, il l'adjura de dire «ans crainte îa vérité, et de se souvenir qu'il était composé d'hommes libres, qui tous avaient le droit de démentir la parole de l'Almamy, s'ils pensaient qu'il les trompflt pour surprendre leur confiance et parvenir au pouvoir.

Comme il n'y avait dans l'assemblée que les partisans du prétendant, personne ne répondit à cet appel qui fut néanmoins répété trois foi». Alors le marabout prononça une jiritre dans laquelle toute l'assistance répondit ; puis, plaçant sur la tôte du nouvel Almamy un turban de mousseline blanche, et dans sa main gauche un long' bâton noir, orné d'une j)etite pomme en argent, insignes du pouvoir qu'il allait exercer, il lui fit jurer sur le Koran de conserver intacte la religion de ses pères, de porter la guerre chez les infidèles et de tenii' toutes les promesses qu'il venait de faire au peuple.

Cette cérémonie tenninée, le marabout prit Ibrahima par la main, et le ' présenta au peuple qui l'acclama trois fois. Puis chacun se retira.

Cette solennité avait quelque chose de véritablement imposant par le recueillement et la gravité de cette masse de peuple, qui semblait profondément convaincue et bien décidée à mourir pour soutenir la cause du i)rini"e qu'elle venait de consacrer.

Dès le lendemain, l'armée se mit en marche. Avant son ilépart, Ibrahima m'envoya chercher: je le trouvai coifié du royal ruban, rayonnant de joie et assuré de la victoire. Après avoir caireé quelques instants, il m'exprima le désir que j'allasse, pendant son absence, habiter Donato ; mais ne voulant pas rétrograder et pensant d'ailleurs que s'il était battu, il lui serait plus facile de me nuire dans un petit village qu'îi Fougoumba, où à la première nouvelle de sa défaite, les partisans de l'Almamy Omar ne manqueraient pas d'accourir, je refusai.

Après avoir insisté, ean» réussir, il monta à cheval et me fit ses adieux.

Huitjours après, vers neuf heures du matin, le fils de notre hôte, qui avait suivi son père à l'armée, rentra à Fougoumba, apportant la nouvelle de la défaite d'Ibrahima. C'était la veille seulement qu'avait été livrée la bataille. L'affaire avait eu lieu à dix heures du matin ; mais les hommes d'Ibrahima et ceux de ses ,

frères avaient aeuls combattu ; la troupe qu'il traînait n'étant là que jiuur profiter <ie la victoire, ne voulut pas combattre et resta spectatrice de la lutte. Après une vive fusillade de part et d'autre, l'amn-e du prétendant commença par se débander et finit par prendre la fuite. Alors Ibrabinia descendit de cbeval et, entouré de quelques hommes seulement, il soutint bravement le choc, afin de couvrir la retraite de ses frères. Mais l'Almamy Omar qui l'avait reconnu dans le groupe des derniers combattants, envoya leur oncle près de lui pour le prier de se retirer, Ibrahima céda aux instances de «on oncle, vieillard vénérable, et se décida k partir. De son côté l'Almamy Omar oriiouna la retraite, fit cesser le feu et défendit d'mquiéter les fuyards " (1).

A part ces quelques mouvements politiques, le pays est généralement tranquille. Cependant poui- faciliter la surveillance, le Foutji est morcelé en diverses circonscriptions qu'on appelle provinces ou dïouales.

A la tf'te de chacune est uu gouverneur qui prend, pendant le temps qu'il gouverne, le titre d'Alpha. Ces gouverneurs sont choisis par l'Almany en fonction, parmi ses partisans et les descendants des anciens chefs du pays.

Les prétendants sont toujours nombreux, mais le plus riche, le plus généreux envers l'Almamy ou le plus puissant de la province a toujoui-s beaucoup plus de chance d'être nommé.

Du restfi pour arriver au pouvoir on emploie même la force.

Vers 1891, uu ancien chef (alpha) du Labé, Gasaimou, accusé d'avoir entretenu trop de messages avec le gouvernem' du Soudan, fut assassiné sur les propositions mêmes de l'Almamy. La famille fut avertie du meui'tre et la frère de Gassimou, modi Yaya, fut chargé de l'exécution. 11 est \Tai qu'il avait été presque convenu que l'élection de ce dernier devait être la récompense de son fratricide.

Cependant les concurrents au pouvoir du Labé, province très riche et facilement pressurable, furent nombreux, et tous durent, pour gagner la conscieuce de l'Almamy, apporter de très riches cadeaux.

Modi Yaya, pour assurer quand même sa nomination fit occuper, le matin de son élection, les cases voisines du lieu du sacre, par 300 de ses partisans. Ses fidèles, tous en armes devaient, dans le cas de son échec, sauter sur l'heureux adversaire et couronner eux-mîfmes leur maître.

Heiu'eusemeut poui* la vie des concurrents, Yaya reçut le tm'bau d'investiture. En retour, Yaya fut des plus généreux et présenta des cadeaux considérables: 100 bœufs, 200 esclaves, 600 pièces d'ctoflès, etc., furent remis au chef du FoQta, Bakar Biro.

(1) Hecqiurd.

Possesseur déjà de la moitié du Labé, Yaya nommé au titre d'Alpha fut durant son ])ouvoir le plus riche et le plus })uis8ant chef du Fouta.

C'est ainsi ([ue selon Tétendue, la i)o])ulation et la rieliesse d'un dïouale, les prétendants sont i)lus nombreux, les cadeaux plus considérables et plus variés.

Cependant tout n'est ])as perdu })our les chefs des provinces, car h leur tour, les Alplia nomment aux fonctions dessous-provinces et des villes d'hommes libres. Ils retirent ainsi au décuple par des imi)6ts ou des dons, les frais de leur électiou.

Les revenus des chefs sont du reste nombreux; ils se composent généralement d'une dîme prék^vée sur les récoltes, des tributs payés par les populations voisines et soumises au Fouta, des coutumes per(;ues sur les ciiravanes qui traversent les provinces, d'une part du butin pris à la {ifuerrre, enfin, l'usage est, de ne jamais approcher TAlmamy ou les chefs de provinces sans lem* offt'ir un cadeau qui correspon<l toujours k la fortune du solliciteur.

Ce fut à la suite de l'invasion des Foulahs dans les régions élevées du Fouta, que le pays fut divisé en un certain nombre de provinces.

Cependant la cupidité de quehjues chefs, i)our Tagrandîssement de leur domaine, donna lieu k des histoires assez curieuses, au sujet des nouvelles limites territoriales.

L'Alpha du Labé et Tierno du Timbi avaient convenu qu'une frontière bien délimitée devait être marquée entre leurs deux pays afin d'éviter des conteôtations ennuyeuses poui* l'avenir. Ces chefs convinrent alors que tous deux partiraient de leurs bivouacs respectifs à une date fixée, des le lever du soleil, et, que l'endroit où ils se rencontreraient serait la limite des deux provinces.

Au jour fixé, Tierno de Tinibi, marabout vénéré et consciencieux, partit à riieure convenue, mais rAl])lia du Labé, h la même heure était déjà en marche depuis la veille au soir. Celui-ci rencontra alors Tierno très près de son campement de la veille et qui marchait très tranquillement, tandis que lui-même, avait chevauché toute la nuit.

Devant cette fourberie manifeste Tierno s'indigna, mais pour toute réponse, r Alpha lui répondit: " A chacun son caractère et son travail, quant à moi je m'occupe de l'avenir de ma nombreuse fimiille future et de ma fortune naissante. "

Devant le nombre des guenîers de l'Alpha, Tierno dut céder et la frontière fut fiixée au lieu de renconti'c.

Alplia retourna en arrière et créa la ville de Labé ; de son côté Tierno s'établit dans un lieu qui fut appelé plus tard Timbi.

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