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LE PEUPLE FOULAH ET SON AVENIR

C'est, en vérité, un peuple intéressant à tous les points de vue ; leur pays est fertile, leurs coutumes faciles à corriger et leurs idées parfaitement assimilables.

Le jour où la France se sera définitivement établie au Fouta-Diallo et que toutes nos colonies de l'Afrique occidentale auront comme capitale unique, un point choisi, dans cette région montueuse, le Foulah sera vite devenu un sujet français intéressant et facilement alliable à la race blanche. Ce peuple constituera alors, une véritable nation civilisée et deviendra le véritable noyau de -la colonisation française sur le Continent Noir.

LES PHOVINCES ET LEUR OltGANISATION

u Fouta-Diallo, une orgauisation savante a été peu îi peu introduite par les conquérants foulahs :

L'Almamy, clicf du pays et du dïouale de Timbo, a son pouvoir tempéré par les décisions du Conaeil den Anciens de Fougoumba qui rai)pelle le Siinat de Rome.

A la tête dea provinces ou dïouales sont les

ilias dont la conduite est surveillée par l'Almamy

et le Conseil de Fougoumba.

Par suite des expéditions des chefs foulahs vers les états fétichistes, divers

pays sont devenus l'apanage des vainqueurs. Il existe ainsi des régions qui ne

sont sujettes du Foula-Diallo que parce qu'elles sont la propriété de certains

guerriers foulbé.

Le Fouta comprend donc des dïouales, des sous-dïouales et des pays tributaires.

Timbo, Labé, Timbi-Toumi, Timbi-Madina, Fougoumba, Kolladé, Masliy,

Boroual Tapé, Koyn, Baylo sont les dix provinces du Foutii-Diallo. Leurs noms

proviennent généralement de ceux des capitales, résidences officielles des alphas.

Le nombre des sous-dïouales n'est pas limité ; ce sont d'anciens pays

tributnires qui ont été peu k peu adjoint à l'Empire.

Une province comprend des missidés, des foulahsos, des romidés et des ouros. Un missidé jieut être comparé h un cbet-Heu de canton. C'est un bourg qui ne peut Être habité que par les Foulahs, e'est-à-dire par des hommes de naissance libre. Une mosquée existe toujours dans un missidé ; c'est le rendezvous obligé des musulmans où se réunissent, tous les vendredis, les Foulahs qui habitent la circonscription.

Un foulahso est la demem-e d'un chef peul. Cet établissement, créé dans la campagne prÎ!s des biens et des grands domaines des rielies Foulahs, sert à surveiller les captifs et lee revenus que l'on peut tirer de leurs travaux.

Un roundé est un village de captifs ; son nom est généralement celui du maître. Aux environs d'un roundé existent des lougans ou champs de cultures.

Un ouro est un hameau de pâtres. Il n'y a des ouros que dans les provinces où Ton élève le bétail.

Voici les noms des provinces avec leurs sous-dïouales et les pays tributaires.

DiouALB de TIMBO, dirigé par TÂlmamy, a pour capitale Timbo

DIOUALB de LâBË, capitale Labé, comprend les sous-^provinces suivantes :

' du Gabou proprement dit, capitales Bashy et ' Coyada . |

fo lahs ~ \ ^^^^^^^^i capitale Countabany.

mandinguesettoubakayes ) '® l'^quisse, capitale Kankéléfa. soussous, \ le Mana.

landoumans, i le Bauvé Lémayo, avec les missidés de Bouli,

Le Kadé avec les pay^

(chef : Modi-Yaya)

Habitants

Médina, Dara et Nabassi.

le Kadé ou Kokoli, capitale Kadé. |

\ le Toubah, capitale Toubah. V

Le Tangué Malhi. /

T -.. . , ( de Binani deKembéra.

Le Binam avec les pays j , d- • j c x

'^ '' (de Bmani de Sanguié.

Le Bauvé Guémé avec les missidés de Guémé, Mborou, Bouléré, Oréhoussou.

Les Landoumans du Nunez paient tribut au chef du Bauvé Guémé qui

prend en cette occasion le titre de ** Délégué de l'Almamy ". Le Bauvé Compéta, capitale Compéta . |

Le Diary.

Le Labé, ave.c le pays de Lélouma.

DiouALE de TIMBI TOUMI, capitale Timbi Toumi, avec les missidés de Bambaya,

Consotomi, Monoma^ Ouaréa^ Koussi, Pellal, Pitta,^ Sintelli, Bourkadjé, Bouroudjé, etc 40.000

DIOUALB de TIMBI MADINA, capitale Timbi Madina, avec les missidés de Madina-

Tokocéré, Niguellandé, Téliko, Santou, Kourakountou, Ndenda.

De Timbi Madina dépendent : le Kébou, capitale Malalkontda, le Songuékourou, le Monéma et le Tamba, pays soussous tribu* taires du Foula 45.000

DIOUALE de FOUGOUMBA, capitale Fougoumba, avec les missidés de Diaguissa,

Boulivel, etc.

Le pays d*Akoume-MadJi dépend de Fougoumba 40.000

DiouALt: de KOLLADE, capitale Kankalabé, avec les missidés de Séfouré^

Mombeya, Bodjé, Balibokho, Djiaoulekho, missidé Kali, Silaya, Paravi, etc 50.000

DIOUALB de MASHY, capitale Gougga 30.000

DIOUALB de BOROUAL-TAPÉ capitale Boroual-Tapé 20.000

DIOUALB de KOYN, capitale Koyndantaré 50.000

DIOUALE de BAYLO, capitale Tigué . 40.000

DIOUALE DE TIMBO

Le dïouale de Tinibo est la première province du Fouta; il est dirigé par TAlmamy régnant.

La capitale est Timbo, près d'un petit affluent du haut Sénégal ou Bafing.

La légende rapporte que Timbo fut fondée par le pieux Ibrahima-Karamokho (vers 1755) sous le nom de Gongovi (grande maison), mais ce ne fut que plus tard, vers 1788, qu'Ibrahima, élu premier Almamy du Fouta, transporta le pouvoir de Fougoumba à Gongovi, qui fut appelé Timbo (1).

Le premier Européen qui soit parvenu h Timbo fut, dit-on, un Anglais (vers 1790). Il séjourna longtemps dans le pays, s'y maria et eut un fils. Il est probable qu'il trouva le genre de vie des Noirs peu à son goût, car il quitta précipitamment la capitale, laissant sa famille au Fouta.

Mollien (1818) prétend qu'à l'époque où il se trouvait à Timbo, le fils de cet Anglais habitait les environs de la ville.

Wat et Winterbottom, partis du Rio-Nunez pénétrèrent à la fin du siècle dernier dans le Fouta-Diallo. Arrivés à Timbo, ils furent retenus prisonniers puis obligés de regagner au plus vite Sierra-Léone.

Depuis cette époque Mollien, Thompson (2), Hecquard, Lambert, Goldsbury, Olivier de Sanderval, Bayol, Gaboriaud, Plat, de Beckmann et Alby sont parvenus à Timbo pai? des routes différentes, ont parcouru le pays et ont été parfois les hôtes choyés des Almamy s.

" Voulant entrer à Timbo avant la nuit, nous nous remîmes bientôt en route. Ali, qui se proposait de nous faire loger chez le frère de l'Almamy, entra dans sa maison de campagne pour lui parler; mais ce prince était allé conduire ses troupeaux dans des pâturages éloignés. Après avoir traversé une plaine

(1) Son nom loi vient du mot penl timmé, qui désigne un arbre magnifique dont le bois est comparable, sinon supérieur à Tacajou et qui est très commun dans la vallée où s*élève cette ville. — ^ Bayol.

(2) Voyageur anglais, retenu à Timbo par TAlmamy Bou-Bakar. Hecquard vit son tombeau àDara.

immense parsemée de pierres ferrugineuses, nous entrâmes à Timbo par une avenue de bananiers. La pluie nous surprit au moment où nous attendions que les habitants, assembles dans la mosquée, eussent fini de lire les lettres que TAlmamy leur avait écrites de son armée de Sangary. Abdoulai, simple marabout qui gouvernait la capitale pendant l'absence du roi, donna, à la sortie du conseil, Tordre k un tisserand, esclave de TAlmamy, de nous loger. Ce vieillard refusa d'abord de nous recevoir à cause de la grande disette qui régnait à Timbo ; ensuite il consentit pourtant k nous donner asile, fort heureusement pour nous, car il plut k torrent; c'était le prélude de la saison des pluies.

Timbo est situé au pied d'une haute montagne. Si l'on calculait le nombre des habitants des villes d'Afrique d'après l'étendue de terrain qu'elles occupent, on le regarderait toujours comme très considérable. Mais si l'on considère la petitesse des cases, on ne doit estimer la population d'une ville aussi grande que Nantes, qui égale à celle de Calais. Ainsi Timbo peut contenir 9,000 âmes. Il y a une grande mosquée et trois retranchements, dans l'un desquels se trouve le palais de l'Almamy; ce sont cinq grandes cases très régulièrement bâties. Les fortifications sont en terre, et tombent en ruine; en plusieurs endroits on y a percé des meurtrières. Toutes les cases sont construites intérieurement avec goût, et les cours sont plantées de papayers et de bananiers. Mais les rues, mal alignées, sont en outre extrêmement étroites et chaque carrefour forme un cloaque d'immondices...

Qu'on se représente des milliers de nos meules de blé disposées sans symétrie, et l'on aura une idée exacte de la principale ville du Fouta-Diallon (1) ".

DIOUALE DE LABÉ

La province du Labé est la plus importante du Fouta; c'est celle qui est la plus recherchée par les prétendants riches et puissants.

Elle est située dans le nord-ouest du Fouta et comprend des pays soumis de races diverses et des circonscriptions peuplées de. Foulahs.

La capitale est Labé, cependant chaque alpha a le droit de choisir une autre

(1) Mollien.

les contient sous le frein des lois; en secret ils maudissent l'Almamy qm en e«t| l'exécuteur. lU m'ont vole; je suis surpris qu'ils ne m'aient pas assassine, car J personne n'aurait pu venger ma mort. Réduits, par l'âpreté du pays où Ils vivent, Y k arracher les pierres qui couvrent le sol pour pouvoir y semer quelques grains, J c'est k (juoi se bornent leurs travaux, car ils laissent à la Providence le soin de lea | faire germer et croître. Leur misère est égale k la stérilité de leur pays; tout est J bon pour ces hommes; les feuilles des arbres, le suc de quelques fruits sauvages, 1 une poignée de pistaches, apaisent leur faim ; ils se ventent de leui- sobriété ; mais j cette vertu chez eux n'est que forcée. Le sel est extrêmement rare dans ce canton: \ on l'enveloppe dans de petits morceaux de pagne avec autant de soin que l'or. La figure des habitants a quelque chose de hideux; leurs traits sont grossiers; c'est avec peine qu'on distingue chez eux les formes élégantes du Poule. Leur chevelure éparse, leurs dents sont mauvaises; leur caractère est apathique. Les femmes y sont méchantes, vindicatives, et ne cessent de demander des présents; quelques-unes ont de jolis traits; mais leurs dents gâtées détruisent leurs charmes.

Elles travaillent beaucoup; c'est le sort commun de toutes les Africaines. , Lorsque l'on demande de l'eau ou du lait à une femme, elle ne répond rien, sî son mari est îi la case; s'il e«t absent, elle iiecueïlle l'étranger avec bonté; ce» | négresses seraient-elles perfides? L'autorité des époux est absolue. Les villages ( ressemblent k des camps; les habitants ne possèdent que peu de bétail, qui est ; de petite taille. Les vaches donnent peu de lait. II est rare de rencontrer des moutons. On ne voit chez eux ni ânes ni chevaux. Mon âne jetait l'effroi dans 1 tous les villages. Les hyènes et les panthères s'y trouvent en grande quantité; i le singe peuple les forêts ; quelques gazelles errent dans les gorges de ces 1 montagnes. La population est très peu considérable. Les richesses des habitants 1 consistent en esclaves, qui sont très nombreux (1) ".

BAUVÊ QUÉMÉ

Le pays est une dépendance du dïouale du Labé. Son chef est nommé par ] l'Alpha de la province, il réside îi Gruémé, missidé situé sur le versant du CogoQ J sur un mamelon, et dominé vers le nord-est par le Pic Guémé.

Les bourgs principaux de la circonscription sont : Mborou, Bouléré et J Oréhoussou.

(1) MoUieD.

La population dominante est le Foulali, cependant les esclaves d'origine 80UH80U oulandoumansont nombreux.

Le territoire du Guémé s'iiteiid depuis la frontière des Laudoumans du Nunez jusqu'au Bauvé-Compéta. Le terrain est couvert de hauteurs entrecoupées de nombreuses vailles profondes.

Guémé, bourg important, situé ^ 520 mètres d'altitude, est composé de 42 cases. L'origine de ce nom est soussou, il signifie " pierre ".

BAUVË COMPËTA

upéta sur la

C'est un sou9-dïouaIe du Labé. La capitale est Compléta ou Koi route du Labé Ji Boké par Guémé.

Le Bauvé Compéta est situé sur les versants du Cogon et du Rio Grande, dans l'Ouest du Fouta-Diallo.

Parmi les principaux missidés se trouve le bourg de Foyer, près des sources du Leîngourou, principal affluent du Cogon.

Le bourg de Compéta est une petite ville située à flanc de coteau, au carrefour de trois vallons très boisés de grands arbres ; nombreux troupeaux de bœufs dans les pâturages, au loin. Du bom-g, on ne voit rien, la vue ne s'étend d'aucun côté, le Noir dans le choix de ses emplacements ne fait rien pour l'œil. Compéta est assez facilement approvisionnée, la région a des ressources : bœufs, moutons, poules, riz. arachides, papayes, orangers, songala, mil. Compéta est îi 35 kilomètres environ de Guémé et 20 du premier affluent du Toumini.

KADË

Le Kadé, appelé ou Kokoli ou Koli est situé dans le coude septentrionale du Rio Grande ; il commence k la rive gauche du Toumini pour se terminer vers l'Oualo du Bauvé Lémayo (Dandoum.)

La ville principale est Kadé, habité par des populations mandingues et

quelques foulahs. Les environs sont très peuplés, les guerres faîtes dans les pays voisins ont enrichi les guerriers qui ont groupé autour de Kadé une quantité de petits villages.

Le pays de Kadé est l'apanage d'une famille mandînguo-foulah dont le représentant actuel est Modi-Yaya, qui a déjà exercé les fonctions d'alpha de la province du Labé.

Ce puissant chef peut en effet h, lui seul faire trembler le Fouta, et son pouvoir s'étend sur le Pàquisse, le Mana, le Bauvé Lémayo et le Kadé (1).

D'autres pays, le Gabou et le Foréah furent quelque temps des pays goumiB au Fouta, mais depuis 1889-90, ils sont indépendants sous la conduite de Mahmadou Pâté de Coyada.

Un certain alplia Yaya, oncle du chef actuel de Kadé, fut dans le milieu de ce siècle en guerre pendant trente ans avec le Gabou, mais les Mandingues de ce pays, fiers de leur indépendance, avaient juré de mourir plutôt que 'de se soumettre aux Foulahs.

Yaya étant mort, son frère l'alpha Ibrahima continua la. guerre pour soumettre le Gabou, mais ne parvenant pas à dompter ces habitants, il transigea et traita avec eux. Bientôt il se créa des relations amicales avec les chefs et la noblesse du pays et réussit môme à épouser une fille de Idirissa» roi des GabooB, Koumanssor, union d'où naquit le Yaya actuel.

Yaya est donc foulah par son père et Gabou par sa mère, il concilie donc en sa personne les droits de succession sur les gouvernements du Labë et du Gabou ; c'est donc à ce titre qu'il prétend diriger les territoires de la rive droite du Rio Grande.

Dès 1887, Bakar de Guidali souleva le Foréah contre Yaya: Celui-ci à la tête de 5.000 guerriers de Labé envahît le Foréah. Cette campagne dura 42 jours ; elle se termina par la prise de Guidali et la fuite de Bakar qpi se réfugia chez les Portugais à Boubali.

En 1888, Yaya fit la gueiTe aux Gabous et les battit dans le Padiare.

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