LAMADON
De Benty au Lolo — 1890 Commission pour la délimitation des frontières franoo-sierra-léonaise — 1891-1892
M. Lamadon, administrateur de la Mellacorée, s'est couvert de gloire à l'époque des invasions des sofas de Samory, en empêchant Karamoko Bilali, lieutenant de ce prince de passer le Lolo et de ravager les territoires du Tamisso (1).
Quelques mois après, M. Lamadon était nommé président de la Commission de délimitation des frontières franco-sierra-léonaise.
Ne s' étant pas entendues avec M. Kenny, délégué anglais, les deux commissions travaillèrent chacune de leur côté, rapportant à leur gouvernement respectif des propositions si différentes que les gouvernements français et anglais n'ont pas encore pu se mettre d'accord.
Les bandes de Sofas empêclièrent la mission française de parvenir au Niger, mais il faut espérer que la partie n'est pas perdue et que, la persévérance aidant, une nouvelle expédition saura utilement gagner le haut fleuve soudanais, reconnaître le pays et enfin rapporter, tant au point de vue commercial que politique, un tracé consciencieux d'un futur chemin de fer. Il devra partir de Conakry, gagner Faranna ou Kouroussa, pour acca,parer le commerce du Fouta et celui du Sierra-Léone, en faisant de Conakry le premier port du Sud Atlantique.
*' Faire reculer les Sofas semble, en effet, difficile, mais peut-être, avec beaucoup d'aplomb, serait-il possible de les empêcher d'aller plus loin. Et l'administrateur se décide aussitôt à leur envoyer en parlementaires son interprète, Sohri-Madhi, et Kérafalla, ministre de l'Almamy du Moréah, son compagnon de voyage, accompagnés de trois laptots, tous étant sans armes.
En guise de lettres les accréditant, ils emportent sa tunique officielle aux galons et boutons dorés.
Leur mission est de dire que le commandant de Benty se trouve sur les bords du Lolo avec cent cinquante tirailleurs : qu'il leur défend d'entrer dans le Tamisso, pays français ; qu'il leur ordonne d'évacuer le Koukounia, placé également sous notre protectorat. S'ils passent outre à ces ordres, c'est à la France qu'ils déclarent la guerre; le commandant supérieur du Soudan français, le colonel
(1) Le récit qui suit, que je cite d'après le livre de M. Dubois, me fut d'abord raconté par M. Baillât, administrateur en Mellacorée, il restera un fait historique dans les annales coloniales.
pierres, à construire des routes et des maisons. Nous ne les aimous pas du tout. II n'y a que les Anglais qui soient bons pour nous, qui nous fournissent de la poudre, des fusils. Ils ne nous font pas de mal, aussi n'en faisons-nous pas à leurs caravanes. Il n'en sera pas de même pour celles qui vont chez vous. Nous partons. Voiei une aiguille. Tu la donneras au commandant pour coudre ses paroles avec les nôtres. Quant h lui parler, nous n'irons pas. "
Un des laptots pensant faciliter l'entrevue et confiant dans " les paroles cousues ", dit alors naïvement : " Tu ne risques rien, il n'y a pas de tirailleurs avec lui. " Mais un des chefs sofas, Kékoutagbii, sourit d'un air malin et répondit : " Nous connaissons les Français. Nous savons qu'un commandant marche toujours avec beaucoup de tirailleurs. " Puis se tournant encore vers Shori- Sladhi, l'interprète ; " C'est fini. Dis-lui que nous sommes partis, mais que si les Blancs veulent aller jusqu'au Niger, non? ne les laisserons pas passer.
C'est un bel exemple de courage civique, qu'a donné lîi M. Lamadon, allant de sang-froid au devant de l'ennemi, de la mort, peut-être ; presque seul, incapable, en tout ca^, d'oitposcr la moindre résistance, n'ayant pour toutes armes que l'audace et l'intimidation. J'estime que ce trait vaut les plus brillants faits d'armes de nos colonnes du Soudan... " (1).
BROSSELARD
De Benty vers le Niger — 1890-91
M. Brosselard, qui is'ctait déjîi fait connaître par de précédents voyages au Sahara et comme chef de la délimitation de la frontière franco-portugaise en Guinée, fut cliargé, en 1890, d'une mission en Mellacorée et vers le haut Niger ; il releva sur place le tracé d'une voie terrée reliant la colonie de la Guinée française vers Faranaa.
M. des Michels, lieutenant de chasseurs, M. Warenhorst, explorateur, il- Adrien Marie, peintre, et M. Dubois, publiciste, faisaient partie de cette mission.
L'itinéraire fut : Benty, Pliarmoréah, Ouélia, Ouaoussou, Yoniaya, Sambeya et Simangaréa, où la mission dut s'arr(?ter devant le^ forces supérieures d'un lieutenant de Samory, Kéramo Bilaly. " Je propose h. l'Almamy de m' accompagner lui-mOme. Je payerai largement les portem-s, les geiis de l'escoi-te et h. lui-inûme je réserverai une importante gratification en argent. "
Kéramo-Bilaly me répond qu'il ne peut pas me laisser passer, sa consigne est formelle.
Je réponds Ji l'Almamy que sa politique manquait de franchi^L".
Kéi-amo Bilaly, très ëmotionné de ces pavoles m'affirma qu'il désirait rester en bons termes avec les Français, qu'il serait tout dlspostî h, s'entendre avec noua, si nous voulions reconnaître ses titres de souverainetii sur les territoires où il était établi.
Pour me jîrouver son indépendance, il me ferait suivre d'une riche caravane et me fournirait h moi-même le moyen de quitter le territoire des Sofas.
Après cette entrevue, je voulus me rendre sur une hauteur voisine, d'oîi l'on découvrait le cours du Niger.
Kéramo Bilaly m'in\-ita h ne pas donner suite h ce projet, et me Ht savoir que si je ne partais pas le lendemain, il donnerait l'ordre aux Sofas de quitter Sïmangaréa, et qu'il nous deviendmlt impossible de nous ravitailler. Lui-même avait liàte de faire rentrer «es troupes dans leurs cantonnements respectifs, car il lui devenait impossible de les nourrir.
Notre mission était donc terminée. " (1)