LE COMMERCE DANS LES DIFFÉRENTES COLONIES
Les habitudes commerciales ne sont pas les mêmes dans les divers pays africains; elleR varient avec chaque peuple et se modifient suivant leur degré de civilisation et leur situation géographique.
Au fur et k mesure que le commerce s'est développé et étendu en Afrique, les habitudes européennes se sont implantées et sur certains points importants de la côte, les Noirs les ont presque complètement acceptées.
Aussi trouve-t-on aujourd'hui au Sénégal, les poids et les mesures français, la monnaie y eet courante et sert à l'échange ; les Sénégalais reconnaissent parfaitement une pièce française d'une pièce étrangère que, du reste, ils acceptent très difficilement.
En Gambie, les Français sont nombreux, mais tout y est anglais, poids, mesures, coutumes, habitudes commerciales, langue.
En Casamance, les mœurs françaises sont admises, mais on sent encore beaucoup le voisinage anglais de la Gambie et des Akous du Sien-a-Léone.
En Guinée portugiiise, tout rappelle les habitudes du xviu' siècle, on y voit les anciennes mesures et les antiques monnaies portugaises.
La Guinée française, créée depuis peu d'années, se ressent beaucoup de l'influence Sierra-Liîonaise ; tout y est anglais, même le patois des Noirs.
Jusqu'ici on n'a rien fait pour lutter contre cette influence a.nglaise, le gouvernement colonial, vraiment trop hou, soît par crainte d'effaroucher les habitués des factoreries, soit pour ménajjer les susceptibilités des commerçants n'a pas encore pris de mesures pour restreindre le» mœurs et les coutumes envahissantes des Anglais de Sierra-Leone.
La monnaie française a bien cours, mais le franc s'appelle " shilling ", t?t la pièce de 50 centimes " 6 pence ". Le " yard " est la mesure employée, et partout dans lea comptoirs de commerce on écrit et commande en anglais.
A Sîerra-Léone, nous sommes en plein pays d'Outre-Manche ; les écoles et les commerçants en ont fait une terre anglaise, qui aujourd'hui sent sa force, ses besoins, et dont le patriotisme a été reconnu et éprouvé.
Au Sénégal, le trop grand nombre de commerçants a fait baisser les prix et détruire l'espérance des gros bénéfices d'autrefois, et, le crédit fait aux Noirs a achevé de ruiner quelques sociétés commerciales. En effet, h cause de cette concurrence, les Noirs se sont liabitué» il recevoir le prix de leur récolte d'arachides avant la cueillette et parfois nifme avant la semence.
Chaque factorerie cliei"chant h attirer h. elle le plus de Noirs çt de traitants possibles, il en résulte de sérieuses animosités entre les maisons de commerce qui finissent par nuire au commerce eu général Ji force de s'espionner et de s'exploiter,
Le commerçant qui a un comptoir central, possède aussi plusieurs boutiques réparties dans la même ville; dans les rues circulent des agents indigènes qui vont faire la propagande pour leur factorerie; ils vont dans les comptoirs étrangers se rendre compte des prix des voisins, des objets nouvellement placés en vitrines, puis s'entretiennent sur lea achats en produits indigènes et sur l'arrivée des caravanes annoncées.
Certaines maisons font aux indigènes des crédits énormes qui parfois atteignent pour un seul individu 20, 30 et môme 40.000 francs.
Au moment de la traite des arachides qui est le seul produit du Sénégal, les crédits atteignent plusieurs millions. Aujourd'hui, le prix de ces graines a considérablement baissé ; mais la valeur totale de la récolte peut encore Être évaluée k 11 millions environ.
Il y a quelques années les crédits atteignaient parfois la valeur de la récolte, quel cataclysme si les arachides, seule fortune de notre colonie étaient dépréciées sur les marchés européens ou si la récolte venait à manquer !
La dépréciation de la gomme, il y a dix ans, avait atteint un grand nombre de nos maisons du Haut-Fleuve ; l'épyzootie de 1890 a encore porté un coup terrible au commerce et k la fortune des Indigènes du Sénégal, il faut donc
espérer, pour l'avenir de notre colonie, que les arachidea resteront encore longtemps un produit recherché autant par le« faliricants de margfarine que par les industriels.
Dans lea liivlères du Sud, le commei-ce est plus scrupuleux de ses intérêts et le système des crédits presque complfetement ahandonné. Du reste la concurrence est moins acharnt'e. Les produits sont aussi plus variés.
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