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NOTICE BIOGRAPHIQUE

tion de la vaincre. Bientôt, maîtresse de toutes ses facultés, elle régna vraiment sur les puissances de son Ame, que, selon l'expression de l'Ecriture, a elle semblait tenir entre ses mains ».

En 1871, lors de la guerre franco-allemande, elle s'intéressa vivement au sort des malheureux internés de l'armée de Bourbaki, allant les visiter et leur distribuant ses petites économies.

L'étude de la religion eut toujours pour Blanche un attrait particulier. Elle étonnait par ses questions le vénérable pasteur chargé de l'instruire, mettant tout son zèle, toute sa piété, à écouter ses exhortations et à suivre ses conseils.

Elle fut admise à la sainte Cène le 31 mars 1872.

Dans ce double travail de la nature et de la grâce, de l'étude et de la prière, l'enfant se transforma; la jeune fille apparut... Son âme, désormais orientée vers tout ce qui était bien, restait éprise de vrai et de beau. Son cœur, sous des dehors froids, cachait des trésors de dévouement et de tendresse. L'équilibre harmonieux de ses facultés, développées et assouplies, produisait un jugement droit et sûr; le tact — qui est la délicatesse et la mesure appliquées à tous les actes de la vie — était instinctif chez elle.

Blanche de Fischer parlait avec la même facilité le français, l'allemand, l'anglais, l'italien. Elle avait

continué ses études de latin, et lisait les Saintes Ecritures dans cette langue. Elle voulait savoir ; elle savait vouloir. Le soin, la persévérance qu'elle mettait en toute chose donnait à ses œuvres, quelles qu'elles fussent — effort de la pensée, ou travail des mains — un je ne sais quoi d'achevé, un intérêt réel.

Blanche vient d'atteindre sa dix-huitième année. Aimable, spirituelle, mais toujours réservée, contenue, elle paraît dans le monde où elle est aussitôt recherchée et appréciée. Cependant elle ne semble pas s'en apercevoir. Elle passe sans retenir les éloges, sans s'arrêter aux succès. Les plaisirs qu'elle préfère sont les exercices qui développent et apaisent son énergie native. Elle patine, elle monte achevai; et, dans ces courses rapides et prolongées, elle interroge son cœur, elle prépare son avenir...

A un bal donné par ses parents pour son entrée dans le monde, pendant l'hiver de 1873, Blanche de Fischer a rencontré et distingué celui qui sera le compagnon de sa vie. Plus tard, lors d'une fête costumée chez le ministre d'Autriche, elle parut en bergère Louis XV. Albert de Saint-Martial y portait ses couleurs... ce fut le jour de la déclaration.

Cependant les parents de Blanche hésitaient à approuver cette union avec un étranger qui, tôt ou tard, devait les séparer d'une fille unique : M. de Fischer voulait aussi éprouver et mieux connaître les sentiments de celui qui aurait la garde de son trésor. — Enfin, vers le printemps, elle fut officiellement fiancée au vicomte de Saint- Martial.

Celui-ci était le deuxième fils de Marie-Claude-

NOTICE BIOGRAPHIQUE vu

Achille du Faure de Saint-Martial, cet écrivain distingué, ce causeur aimable, cet homme de bien,, prématurément enlevé à l'affection de tous. Sa mère était Angélique-Marie-Pauline-Augustine de Tilière, dont la vie de piété et les œuvres charitables laissent en la cité blésoise le meilleur souvenir.

Originaires du Limousin ( i ) les du Faure de Saint- Martial s'établirent à Argentat (Corrèze), où il en est fait mention dans des actes du quatorzième siècle. Henri- Pierre-Noël y fut gouverneur vers 1780. Citons encore Jean-Baptiste-Claude-Gabriel, officier d'infanterie, chevalier de Saint-Louis ; et Claude-Michel, dit de La Condamine, curé de Monceau, archiprêtre de Brivezac, décoré de l'ordre du Lis.

Henri- Marie- Albert naquit à Blois, le 4 décembre 1835. Ses parents s'étaient fixés dans cette ville vers 1832. Il reçut en héritage les dons les plus précieux : une intelligence vive, une modestie charmante, une religion solide, un cœur dévoué, un caractère doux, une inaltérable gaieté. Tout jeune encore, il fut mis à Pont-Levoy, pour y recueillir la forte instruction et la parfaite éducation dont cette

(1) Il doit y aroir communauté d'origine entre les du Faur6 de Saint-Sylvestre en Dauphiné et les du Faure de Saint-Martial en Limousin. Les armes sont les mêmes : d'argent à la bande d'azur, enfilée de trois couronnes antiques d'or. Louis du Faure de Saint-Sylvestre, lieutenant-général, gouverneur de Briançon, commandeur de l'ordre de Saint-Louis, etc., obtint, par lettres patentes de 1697, l'érection en marquisat de sa seigneurie de Saint-Satilien en Virarais.

▼m LETTRES DE LA COMTESSE DE SAINT-MARTIAL

antique école garde le secret. Il couronna de brillantes études en obtenant, la même année, les diplômes de bachelier es lettres, de bachelier es sciences, et son brevet d'admission à Saint-Cyr.

Malgré tant de succès, il renonce à la carrière des armes et trouve sa voie dans une administration où les facultés d'un esprit fécond en ressources pourront se déployer largement. Des entreprises difficiles lui sont confiées; il se tire à la satisfaction générale d'une mission ardue en Cochinchine. A Rome, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Londres, dans ces congrès télégraphiques où se discutent les grandes questions qui règlent les rapports entre les peuples, il recueille de nombreuses distinctions, auxquelles la France ajoute à son tour la croix de chevalier de la Légion d'honneur.

Il est enfin nommé à Berne. Le ciel vient de combler les désirs de son cœur, en lui faisant rencontrer la jeune fille de son choix.

Hélas I Chaque rose a son épine ; chaqne nuit, son réveil.

Qui ne connaît le lendemain de nos joies terrestres! Le bonheur est comme l'oiseau un instant posé sur nos toits... Deux jours après les fiançailles, M. de Saint-Martial eut la douleur de perdre son frère aîné (i)... Peu après il dut partir pour la Russie.

(i) Le comte Charles-Marie-Eugène de Saint-Martial, capitaine commandant au 2" hussards, — mis à l'ordre du jour après Gravelotte, — mourut à Sézanne, le 30 mars 1875, des suites d'un coup de sabre reçu à l'attaque de Reaonville.

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