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NOTICE BIOGRAPHIQUE I

Mariage.

Le 19 août 1875, un soleil superbe éclairait de ses chauds rayons le jeune couple, à sa sortie de la chapelle catholique et de l'église cathédrale de Berne. De leurs cœurs émus s'élevait un hymne de reconnaissance au Créateur qui fit bien toutes choses, et qui, nous lançant sur la terre n'aurait voulu nous donner que des joies. — La beauté triomphante de l'été régnait encore pour encadrer ce tableau de radieuses espérances; le ciel d'une pureté infinie, d'un bleu frais, délicat, presque blanc, aux reflets changeants d'opale, semblait sourire et répandre sur la tête des nouveaux époux, avec des flots de lumière, des flots de bénédictions.

Le même soir, ils partent pour la France; M. de Saint-Martial y retrouvera sa famille, à laquelle, sans perdre une heure, il brûle de présenter sa femme. Pendant ce voyage Blanche écrit : a Jeudi soir à Neuchâtel nous avons trouvé un délicieux appartement, avec un dîner tout préparé. Devant nos fenêtres passe un joli balcon d'où l'on domine le lac! »

C'est la lune de miel dans tout son enchantement : a Je suis certainement la plus heureuse personne du monde, et je ne voudrais pas changer mon

sort contre un empire. Mon mari vous envoie à tous je ne sais pas quoi; il a fait une bien belle phrase, mais je l'ai oubliée. Je me sens si heureuse ! »

Une autre fois, elle raconte : « Fontainebleau. — Hier nous avons fait une promenade de midi a six heures dans la forêt, qui est superbe. Je ne veux pas faire ici une description de ces magnifiques futaies, ni de tous ces sites charmants à travers lesquels nous avons fait passer nos petits chevaux (deux ponneys blancs). C'est très agréable de courir par les petits sentiers... Albert m'entoure de soins, il est toujours prêt à sacrifier ses propres désirs quand ceux-ci s'éloignent des miens. Nous somme très gais et rions de tout comme des enfants. »

Une étape plus loin, c'est Paris.

« La vie parisienne est très agitée ; c'est à peine si on a le temps de dormir. Il est une heure du matin, nous revenons du Théâtre-Français, où nous avons passé une soirée très agréable. Hier nous étions à la Gaîté, demain nous allons à l'Opéra. Samedi on donne une représentation de gala pour la rentrée de Mme Carvalho; je m'en réjouis follement. »

Pour cette jeune femme de dix-neuf ans, qui n'a encore jamais côtoyé le tumulte des grandes villes, tout est surprises, plaisirs. Elle en jouit avec cette candeur naïve qui redonne à ceux qui la contemplent un regain de jeunesse, le souvenir des gaietés fraîches, des premiers et francs sourires.

Ils continuent leur tournée de famille. Du château des Bordes, Mme de Saint-Martial trace ces lignw

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en courant . « La famille est très nombreuse; mais tout le monde est si aimable que mes craintes se sont bien vite évanouies. Hier nous étions vingt-trois à table, et au dîner vingt-cinq. Le soir on fait de la musique et l'on danse, ce qui met beaucoup d'entrain. *

De retour à Berne elle s'occupe de l'installation de son « home », l'orne de charmants travaux à l'aiguille. Elle semble consacrer son temps à de petites choses ; néanmoins tout ce qu'elle accomplit est grand, mérite d'être loué, car elle réalise le portrait de la « femme forte ». Par son charme, sa vertu, sa piété, sa bonté, elle saura retenir pendant dix ans à son foyer le plus inconstant des hôtes : le bonheur!

Un seul nuage attriste l'horizon ; dans cette maison si calme, il n'y a pas de berceau!...

Oui, tout respirait l'ordre et la paix, parce que Dieu régnait absolument dans cet intérieur vraiment chrétien : « Soyez bons catholiques ou bons protestants, mais soyez quelque chose. »

Pendant ses séjours en France, elle accompagne son mari à l'église. Avide de s'instruire, de connaître ; pensant qu'il est de son devoir de s'occuper du salut des siens, elle s'enquiert des pratiques de la religion catholique, achète un paroissien pour mieux suivre les offices. Elle questionne sur les cérémonies du

culte; se fait expliquer les sermons. Elle repasse ensuite dans son cœur tout ce qui lui a été dit. Bientôt, conséquente avec elle-même, devenue l'ange protecteur de son mari, elle le ramène à la ferveur de ses jeunes années.

En ce temps-là elle pensait que tous les chemins étaient bons pourvu qu'ils mènent à Dieu; mais il fallait atteindre à ce but sublime. Tout en restant dans la religion qui avait béni sa naissance, elle aidait son époux à accomplir les devoirs imposés par la foi catholique. Qui n'admirerait la simplicité et la grandeur de ce caractère?

Dans le monde M. et Mme de Saint-Martial furent très fêtés; chez eux se réunissaient la société bernoise et le monde diplomatique. Albert était un brillant causeur, aux réparties vives et spirituelles, toujours courtoises; vrai type de gentilhomme. Il lisait avec talent et jouait fort bien la comédie. On organisa des soirées littéraires qui furent très suivies. A l'occasion des noces d'argent de M. et Mme de Fischer, il écrivit un à-propos en vers qui fut joué par tous les enfants du vénérable couple.

Mme de Saint-Martial se montrait aussi avec succès sur les théâtres de société ; une pièce fut spécialement écrite pour elle. A une soirée, donnée par plusieurs membres du corps diplomatique et présidée

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par l'ambassadrice de France, elle fut une des plus applaudies.

Sans être belle, la comtesse est jolie femme, de taille moyenne, très bien prise, d'un port ondoyant et souple ; elle a les cheveux châtains, des yeux bruns très beaux. Son regard est vif, un peu dominateur, mais caressant et doux. Des manières distinguées, une vive intelligence, et beaucoup de culture rehaussent l'expression de ses traits et suffisent à justifier le charme qu'exerça toujours sa personne.

L'hiver de 1885, qui devait se terminer pour elle d'une si tragique façon, fut brillant comme une apothéose. Avec un entrain inaccoutumé, elle se jeta au sein du tourbillon des plaisirs. Ce fut l'apogée de ses succès dans le monde.

Est-ce l'heure de vous interroger, ô mon Dieu?... Permettrez-vous à votre créature de vous demander pourquoi les fleurs se fanent et meurent; pourquoi, à certaines minutes, vous éclipsez le beau soleil qui nous éclaire, et nous plongez dans le noir obscur des brumeuses saisons?... Nous chantons votre gloire par nos élans joyeux, bien plus, me semble-t-il, que par nos larmes !... Je m'inclinerai néanmoins, voulant en aveugle votre volonté. J'apprendrai que vous n'avez pas fait les pleurs, mais que l'homme les a

créés en voguant loin de vous, seul dans sa barque...

C'était aux premiers rayons du printemps; les bourgeons allaient s'ouvrir; la nature s'épanouissait. Il y avait déjà dans l'air de radieuses chansons : sur la famille de Saint-Martial planait l'atmosphère latente qui précède les grandes douleurs. — Albert de Saint-Martial fut terrassé par une embolie.

Pendant ses souffrances cruelles, qui durent trois jours, la fidèle compagne de sa vie devient héroïquement sa consolatrice et son soutien. Avec cette foi qui nous élève en des régions supérieures, ce» deux âmes se rencontrent et s'inclinent devant le Tout- Puissant, comme elles s'étaient inclinées en sa réelle présence au pied des tabernacles où II avait béni leur union. Alors, comme à l'époque des jours heureux, leur frère, l'abbé de Sainl-Martial, est à leurs côtés. Dans la petite chapelle catholique, dix ans auparavant, il avait appelé sur la jeune fille, prosternée aux pieds des autels toutes les grâces, toutes les bénédictions; aujourd'hui, c'est encore sa voix qui l'encourage et qui ouvre au mourant les horizons éternels. Avec une ferveur toute chrétienne Albert rendit son âme à Dieu le 13 mai 1885. Il avait recommandé sa jeune femme à sa mère, à son frère, à sa sœur, venus en hâte lui porter un dernier adieu.

Le temps a fait un pas, un seul; et l'éternité a commencé pour celui qui semblait plein de jours. Hier, vivant et heureux, aimant et aimé, mon Dieu !

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