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NOTICE BIOGRAPHIQUE XV

vous savez à quel point!... Aujourd'hui mortï... Mystère.

On ne meurt pas de douleur!...

Au moment où son mari venait de rendre le dernier soupir, Mme de Saint-Martial appela son beau-frère, et lui dit d'une voix ferme et avec une déchirante émotion :

— Je veux que vous soyez le premier à savoir la grande résolution que j'ai prise tout à l'heure; — j'aurais peut-être dû l'exécuter plus tôt, — celle de me faire catholique. Albert le désirait; je viens de le lui promettre.

C'était un engagement solennel.

Dans son désespoir elle répétait sans cesse à son beau-frère :

— Oh! je vous en prie, dites-le-moi, est-ce qu'un jour nous pourrons nous retrouver là-haut?...

A peine avaient-ils fourni ensemble un court chemin; et déjà il ne lui restait que le souvenir de tout ce que ces jours d'union si intime avait connu de joies exquises. Le découragement lui étreignait le cœur; mais, après une courte défaillance, elle se releva sublime de courage. Elle le prit, ce bonheur dont elle avait tant joui; l'attacha, comme une fleur desséchée, sur sa douleur, sa résignation soumise, et généreusement l'offrit à son Dieu...

Aller le retrouver! C'est son but désormais. Puisque la foi catholique enseigne que l'âme envolée peut

être encore soulagée et secourue dans l'expiation suprême par ceux qui la pleurent ici-bas, elle vivra, elle priera, elle souffrira pour hâter le bonheur de celui qu'elle a si fidèlement aimé !

Blanche de Saint-Martial n'a pas trente ans, vingtneuf à peine. La grande épreuve qui vient de la frapper a violemment et durement brisé son existence par un de ces coups dont on ne se console pas. Elle se sent abandonnée, seule ici-bas. C'est un vide que rien ne peut combler, car, hélas ! elle n'a point d'enfant...

Ployant sous le chagrin, on la vit alors s'orienter vers le pays, la famille, les amis de son mari. C'était, semblait-il, encore quelque chose de lui, comme une étoile dans les ténèbres de sa douleur.

L'hiver se passa soit à Sommesnil, chez sa bellesoeur, la marquise d'Iquelon; soit aux Fontenils, chez des cousines à qui elle voua une longue affection. Ce furent quelques mois de calme, de repos paisible. Elle s'adonnait à la lecture; les livres catholiques l'attiraient ; elle y puisait les aliments dont son esprit et son coeur avaient besoin.

a Le soir, entre chien et loup, c'est l'heure des confidences », écrit-elle. Touchant tableau que celui de ces deux amies, devisant ensemble des belles choses de la religion ! Mane nobiscum qitoniam advesperascit.

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Entre temps la jeune femme suit avec attention et recueillement les retraites prêchées à Chinon par le R. P. de Régnon, un ancien ami des Saint-Martial. Son esprit chercheur trouve en ce fils de saint Ignace un guide pieux, intelligent et éclairé. Elle peut à l'aise exprimer ses doutes, ses inquiétudes ; chaque fois de nouveaux rayons viennent réconforter son âme, où la grâce divine se prépare à accomplir des merveilles.

Au fond de son cœur s'allume une lueur qui ira grandissant de plus en plus.

Ce fut vers cette époque (printemps de 1886) que Mme de Saint-Martial éprouva le besoin irrésistible de mettre sa vie extérieure en rapport avec sa conscience. Toutes les vérités qu'embrassa son âme, elle y adhéra sans restriction. Son devoir ne lui permettait plus de retarder la promesse sacrée qui avait contribué à adoucir les derniers moments de son mari.

On sait peu de choses sur le travail de cette âme avant sa conversion. Certainement il y eut des combats; les lignes suivantes nous le révèlent : « Comment admettre qu'il y ait plusieurs vérités? écrit-elle. La conscience s'y refuse, et, une fois le doute entré dans une âme, l'obligation de chercher s'impose tout naturellement. Pour moi cela ne date pas d'hier, puisque le résultat logique était chose convenue avec Albert depuis quelque temps déjà ! ... » On voit qu'elle lutte : « Toute âme soucieuse de sa dignité a le droit absolu de ne se laisser influencer par aucune considération. »

Non, rien ne l'arrêta. Sa volonté était trop ferme, son caractère trop absolu, pour obéir à des influences étrangères.

En revenant à la foi primitive de ses aïeux, Blanche sentit peut-être se réveiller dans ses veines un peu du sang de son légendaire ancêtre, le chevalier Pierre Fischer d'Optingen, qui, à la voix de son suzerain, l'empereur Frédéric Barberousse, n'hésita pas à quitter patrie, femme, enfants, pour aller en Terre-Sainte courir sus à l'Infidèle.

Ce qui se passa entre Dieu et sa créature, en cette chapelle des religieuses Auxiliatrices, rue de la Barouillière à Paris — où plus tard elle aimera faire de pieuses visites — nul ne l'a jamais su. Les entretiens étaient intimes. Inclinée devant l'autel, on pourrait écouter le murmure spirituel de ses lèvres : a Jésus inséparable, inaltérable au milieu des changements de ce monde, je vous adore!... Je vous crois en toute assurance ; vous êtes fidèle ; je veux vous aimer, comme vous m'aimez, selon votre Eglise et son chef sur terre... Seigneur, je vous désire i Je vous dois plus que les autres!... »

L'avenir est triste, grave. Le cœur de Mme de Saint-Martial se sent tourmenté; un singulier désir de mouvement s'empare de son être. De France elle se rend en Italie, paraît à Berne, remonte en Touraine, va et vient dans un continuel besoin de changement. Elle forme un instant le projet d'aller en

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