‹ En HollandeChapitre 4 sur 69 · Ihid, L. V, V · texte numérisé non relu

Ihid, L. V, V

Il est juste d'ajouter, cependant, qu'il dit ailleurs:

(( Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites ^ »

Je ne sais ce que pensaient les divinités de la Hollande, mais les femmes que nous apercevions, penchées et comme roidies par cet eîFort de traction, s'arrêtaient à notre approche pour éviter les secousses dont leur bateau, agité par le passage de notre steamer, les eût remuées, mettaient leurs mains sur leurs hanches, relevant la tête, élargissant leur poitrine, aspirant une grande boulfée d'air comme pour reprendre haleine, nous saluaient d'un geste, et recommençaient leur dur labeur lorsque nous étions éloignés.

Plus nous avançons, plus le fleuve s'étale; de beaux cygnes blancs appartenant aux riverains y nagent magnifiquement; des bandes entières de canards sauvages s'y abritent derrière les roseaux; les arbres disparaissent tout à fait ; on ne voit plus que les prairies, noyées pour la plupart et ressemblant à des lacs qui encadreraient la rivière.

A Hasselt, nous stopons à l'extrémité d'une large

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jetée; quelques voyageurs montent à bord; on va partir, mais on aperçoit au lointain, sur la route qui borde l'Yssel, deux lourdes voitures s'approchant au petit trot; ce sont les diligences avec lesquelles le bateau à vapeur doit être en correspondance. On les hêle, on leur crie de se hâter; elle^ n'en vont pas plus vite; lentement, lentement^ elles arrivent; les voyageurs en descendent, se secouent un peu, vont boire au cabaret voisin un verre de genièvre et se disputent avec le conducteur pour le prix des places et le pourboire. Les portefaix détachent, en causant et sans précipitation, les courroies de la bâche; on range les paquets à terre; chacun vient reconnaître- les siens; on remise d'abord ceux qui doivent rester à Hasselt, puis on prend les autres, et, toujours causant, fumant, s' arrêtant, on les apporte jusqu'auprès du bateau; puis les voyageurs viennent à leur tour, un à un, se gardant bien de se presser, ne faisant aucune attention aux clameurs du capitaine, qui crie : Hâtezvous! La lenteur du sang-froid hollandais ne se trouble pas pour si peu ; ce transbordement dure une heure environ ; c'est une heure perdue, mais qu'importe, nul ne parait s'en préoccuper.

Après avoir navigué pendant une lieue entre deux digues, ou plutôt entre deux jetées construites en pierres d'Allemagne, nous entrons dans le Zuyderzée, que tacheté au loin la voile des bateaux caboteurs, et à quatre heures nous entrons à Amsterdam.

Je comptais que nous y serions arrivés plus tôt et j'avais espéré pouvoir aller faire une dernière visite au musée pour regarder encore la Garde de nuit^ mais il était trop tard, et je me suis forcément contenté, après avoir expédié mon bagage à l'auberge, de me promener au hasard par les rues et les quais de la ville. Je n'y aperçois rien de bien nouveau à vous raconter, sinon sur Keisersgracht (le quai de l'Empereur), une maison qui mérite qu'on en parle; elle est datée 1622; elle a trois étages et se termine par un pignon surchargé de ces obélisques lilliputiens qui semblent avoir été, à une certaine époque, l'ornement favori de l'architecture hollandaise. D'une frise, qui sépare le premier étage du second, sortent six têtes d'hommes ceintes de lauriers ou coiffées de casques ; le style en est lourd et la sculpture médiocre; je ne vous en dirais donc rien, si cette maison n'avait sa légende, que je

VOUS donne humblement pour ce qu'elle vaut.

Cette maison appartenait jadis à un négociant qui y avait accumulé toutes sortes de richesses. Sept voleurs déterminés se réunirent dans le but de s'emparer de ces trésors que la renommée grossissait à plaisir. Ils attendirent un samedi soir, car ce jour-là le négociant, avec sa famille et ses domestiques^ se rendait à Broeck, laissant sa demeure à la garde d'une seule et vieille servante. Les grinches, comme on dit en littérature moderne, se mirent silencieusement à l'œuvre vers le milieu de la nuit, fouissant le sol de façon à creuser un souterrain qui aboutirait sous le plancher de la cuisine ; une fois là, il était facile de pratiquer une ouverture, d'entrer dans la maison, de s'y répandre et de la piller après avoir préalablement égorgé la domestique, ainsi que cela se passe dans les histoires de brigands qui ontdes prétentions à être intéressantes. Or, cette nuit, la servante veillait, assise dans la cuisine près sa lampe et filait. Elle entendit confusément d'abord, puis plus distinctement ensuite, le travail de taupe auquel se livraient les voleurs. Elle eut cette peur vague qiyî donne l'approche d'un danger inconnu; mais comme c'était une fille vaillante, elle

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