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Journ. o(]\, 4 avril

2. A titre de document, voici un passage de l'article que, sous le titre Dans la zone de destraction, le D1 Ad. Kœster, correspondant de guerre du Vorwœrts, publia dans ce journal, le 8 avril 1916 : «Au sud d'Arras. Un village brûle. Nous sommes près de la ligne de feu. Aux deux extrémités delà localité, des maisons aux toits de chaume flambent en chassant des Ilammes énormes. Dans l'église sont installés nos chevaux. Des verrières multicolores, les saints regardent ce spectacle. Les murs de l'église portent déjà les trous dans lesquels des petits sachets d'explosifs ont été déposés. Des mèches s'en vont de trou en trou. Elles se terminent à l'entrée de l'édifice sur la tour, où, à droite et à gauche, béent également deux autres excavations remplies de sacs. Là-dessus on lit : « Attention ! Danger de mort ! » Demain la vieille église aura sauté. » — Et voilà l'irréprochable humanité » avec laquelle les Allemands lirent la guerre ! Quant à la manière dont ils pillaient méthodiquement les églises, elle a été exposée au long et au large dans une circulaire « secrète », émanée de 1" Etat-Major de la 111° armée La PoL n°3294, 18, datée du Q. G. A. 20/5/18 et signée : Pour le commandant d'armes, Mangoldl.

génie propre de leur race et qui cette fois devait tant les desservir, durant leur grande offensive du mois de mars 1918. Après avoir saccagé et volé les biens, ils s'en prirent aux personnes. Déjà, ils avaient procédé, en France comme en Belgique, à la déportation de milliers d'habitants qu'ils avaient envoyé travailler dans nos départements occupés ou même en Allemagne. Mais, si nombreuses qu'elles fussent, ce n'étaient là que des déportations individuelles. Dans leur génie malfaisant, ils généralisèrent cette exécrable opération et, à Fexception des femmes ayant des enfants en bas-âge, quand ils battirent en retraite, ils poussèrent devant eux, comme un vil bétail, toute la partie valide de la population des deux sexes. De seize à soixante ans, personne n'échappa à cette déportation sans jugement, pas même les malades les plus graves1.

1. Cf. Huitième Rapport (en date du 12 avril 1917), de la « Commission instituée en vue de constater les actes commis par l'ennemi en violation du droit des gens. »

Cette Commission, présidée par M. Georges Payelle, premier président de la Cour des Comptes, est Composée en outre de MM. A. Mollard, ministre plénipotentiaire, Georges Maringer, conseiller d'Etat, et Edmond Paillot, conseiller à la Cour de Cassation. Elle a donné jusqu'ici douze Rapports avec Procès-verbaux d'enquête et Documents divers, publiés en plusieurs volumes grand in-4° par l'Imprimerie nationale, de 1915 à 1919.

La «. Commission d'enquête » a publié, à titre de spécimen du genre, dans son IX0 Rapport (Paris 1917, pp. 23 et 24) une « Notice (comprenez, un Règlement allemand) concernant les colonnes de travailleurs civils » déportés, — et une autre, concernant les habitants non évacués, mais, n'en devant pas moins travailler sur place, qui, déclare-t-ellu « dépassent dans cet ordre d'idées, toute imagination » et « ne sont autres chose que le rétablissement au profit de l'Allemagne de l'esclavage sous sa forme la plus dure et la plus révoltante. » L'expression « Esclavage » n'est point trop forte, car la seconde de la proclamation se terminait ainsi : « 3° Les enfants fainéants (c'est-à-dire ceux qui ne travaillent pas à la satisfaction des Allemands aux épuisants travaux qu'on leur imposait) seront punis a coups t»e bâton. — De plus, le commandant (se) réserve de punir les fainéants ouvriers de vingt coups de bâton tous les jours. On peut se reporter également aux déclarations qui ont été laites sur ce sujet à la tribune par les députés du Nord, — tous socialistes, — emmenés en captivité parles Allemands : séance

Le « Rapport » de la Commission française auquel nous empruntons ces détails spécifie qu'avec les médecins et les pharmaciens, les prêtres avaient été, comme toujours, des premiers désignés pour ces proscriptions. C'est ainsi que le 18 mars 1917, en se retirant de Noyon, les troupes allemandes emmenèrent le chanoine Lagneau, curé-archiprêtre de la cathédrale, et sept autres prêtres avec lui. Elles firent de même pour M8r Lesur, chanoine de Cartilage, qui était maire de Mortiers, dans l'Aisne. Et, en juillet 1918, lorsque après s'être brisées contre le mur d'airain de nos armées, elles commencèrent à être invinciblement refoulées par nos poilus bleu casqués et à procéder, la rage au cœur, à la série de replis sanglants qui la devaient définitivement bouter hors de France, elles emmenèrent a/ec elles de nouveaux troupeaux d'otages, parmi lesquels se trouvaient neuf fois sur dix des curés.

La consécration la plus magnifique que pût recevoir l'héroïque vaillance du clergé français, c'était la haine des hordes allemandes. Elle ne lui fit pas défaut. Cette haine se déchaîna même contre eux avec une violence toute significative, une violence qui en dit beaucoup pour peu qu'on veuille y réfléchir.

Lorsque, dans la première quinzaine d'août, les Allemands arrivèrent à Grivegnée, en Belgique, le major Dieckmann, commandant de la garnison, fit

du 22 octobre 1918, discours de M. Delory ; séance du 19 novembre même année, discours de M. Inghels ; séance du 3 décembre 1918, discours de M. Goûtant, député d'Ivry. Voir aussi : Sénat, séance du 27 mars 1919. Rapport de M. Reynald, au nom de la « Commission chargée d'étudier les questions intéressant particulièrement les départements libérés de Tinvasion et relevant les crimes et les actes de sauvageries commis en grand nombre par les Allemands. »

afficher sur les murailles un « Avis à la population ».

Le premier des 17 articles de cette proclamation de Peau Rouge était ainsi conçu :

« Gomme otages, sont placés en première ligne les prêtres, les bourgmestres et les autres membres de l'administration. »

Les prêtres tout d'abord. C'était une sorte de déclaration de principes. On s'y conforma strictement en Belgique. On s'y tint en France avec non moins de ponctuelle rigueur. Et à Saint-Dié comme à Grivegnée, on lut un jour, le 21 août 1914, sur un placard allemand signé par le général commandant en chef, Knœrzer :

« Seront tous responsables :

« M. le Curé, le Maire, l'Adjoint du maire et les Instituteurs pour (sic) des actes d'hostilité de la population...

« M. le curé, le maire, l'adjoint et les instituteurs auront à se présenter immédiatement après l'entrée de nos troupes à la Gommandature de la place, qui me réserve (sic) le droit de les retenir comme otages pour l'exécution de ce qui est dit ci-dessous à leur égard. »

Cette proclamation, qui était une sorte de proclamation-type préparée d'avance, fut affichée dans un certain nombre de localités lorraines. Le fac-similé en a été donné dans les Proclamations allemandes en Belgique et en France, que j'ai déjà eu l'occasion de citer l.

\. Fascicule in-folio, p. 17. Tvp. Bentclli A. -G., Bùmpliz-Bcrn,

On trouvera dans ce même fascicule les fac-similé de plusieurs autres documents particulièrement odieux. Je me borne à en signaler deux :

1° L'Ordre à la population liégeoise qu'après l'abominable massacre

Les termes en pouvaient différer un peu quelquefois, mais le fond en restait invariable, et toujours le curé était désigné comme devant figurer en tête de la future liste des otages, le curé même avant le bourgmestre ou le maire, .le curé le premier de tous.

La principale raison de ce classement privilégié, en dehors des calomnies dont on avait sursaturé l'esprit des soldats luthériens en ce qui concerne le clergé catholique, fut la persuasion que partout où la résistance se rencontrait, elle était sûrement due aux prêtres. « Vous serez fusillé parce que vous avez

de la population civile d'Andrenne, le général von Bulow lit afficher à Liège et où sont imprimées ces lignes qui le déshonorent à jamais :

« La population d'Andenne, après avoir témoigné des intentions pacifiques à l'égard de nos troupes, les a attaquées de la façon la plus traîtresse. (Ce fait était absolument faux.) Avec mon autorisation, le Général qui commandait ces troupes a mis la ville en cendres et à fait fusiller 110 personnes.

« Je porte ce fait à la connaissance de la ville de Liège pour que ses habitants sachent à quel sort ils peuvent s'attendre, s'ils prennent une attitude semblable ».

2° La Proclamation qu'à la suite d'un coup de main heureux de quelques soldats belges, qui avaient réussi à détruire la voie et le télégraphe sur la ligne de Lovenjul-Verbryck, le maréchal von der Goltz, Gouverneur générai de la Belgique, n'eut pas honte de faire apposer sur les murs de Bruxelles, le 5 octobre 1914. On y pouvait lire :

« A l'avenir, les localités où a {aura?) eu lieu la destruction des chemins de fer ou ligne télégraphique seront punies sans pitié {il n'importe qu'elles soient coupables ou non de ces actes).

« Dans ce but des otages ont été pris... ils seront immédiatement fusillés ».

Qui dira jamais si la balle sous laquelle von der Goltz tomba en Turquie ne fut par le châtiment permis par la Providence pour le punir d'un si révoltant cynisme i

Dans tous les cas, on n'a qu'à mettre en regard de ces proclamations sauvages la Proclamation, en date du 1er décembre i§18, par laquelle le Maréchal Foch notifiait aux habitants de la rive gauche du Rhin que l'autorité militaire alliée prenait le commandement du pays occupé. Ce simple rapprochement montrera éloqucmment la différence des deux manières, la manière française et la manière allemande.

été i àme do la résistance ». voilà une parole qui fut adressée, explicitement ou équivalemment, à bien des prêtres durant la guerre. L'imputation était fausse, mais elle n'en constituait pas moins un certificat glorieux de patriotisme, et, ce qui en rehaussait singulièrement la valeur, ce certificat était signé par l'ennemi lui-même \

Partout où ils le purent, les envahisseurs prirent tout d'abord pour otages les évêques ou ceux qui leur touchaient de plus près. C'est ainsi que Msr Gharost devint le premier otage de Cambrai, M.sr Chollet le premier de Lille, et MgI* Foucault le premier de Saint-Dié 2, A Reims, en l'absence du cardinal Luçon, les Allemands donnèrent une place de choix à M8'' Neveu, évoque d'Arsinoé, vicaire général, et au chanoine Camu, son collaborateur à l'archevêché.

Le chanoine Parmentier, vicaire général, et l'archipôtre de la cathédrale eurent le même honneur à Soissons. Cet honneur fut partagé à Douai par les curés des trois paroisses de la ville, en même temps que par le maire et par le procureur général, et à Châlons-sur-Marne par le doyen du Chapitre, M. le chanoine Rémy 3.

1. « Se venger sur le curé, l'arracher à son ministère pastoral, tel est le but que paraissent avoir visé nos ennemis. Pour eux, le curé catholique est trop bon français : il leur est naturellement suspect et ils ne s'en cachent pas. Ils redoutent son influence morale, ils voient en sa personne un foyer ardent de patriotisme et « l'âme de la résfetance ». Aussi cherchent-ils à mettre la main sur lui et à paralyser son action en le tenant à distance de ses paroissiens. » M«r Péchcnard, évêque de Soissons. Le Martyre de Soissons, p. 203. Paris, Beauchesne.

2. Lorsque les Allemands évacuèrent Cambrai sous l'irrésistible poussée anglaise, ils emmenèrent Msr Charost. Ce fut M. l'abbé Thuliez, curé de Saint-Druon, qui, faisant fonction de maire, félicita nos A 1 1 i é s à leur arr i v é e .

3. Il était dit dans Y « Avis à la population » signé du général commandant en chef et placardé le 12 septembre sur les murs de Reims : « Ces otages seront fusillés au moindre désordre ». Ce dernier mot est souligné dans la proclamation (V. Proclamations aile-

Ili2 L ÉGLISE DE FRANCE PENDANT LA GUERRE

Lorsque les armées occupantes ne trouvaient pas à leur portée des membres de la Prélature, on se rabattait sur les curés. C'est ainsi qu'à Roubaix on arrêta d'un seul coup comme otages, — avec bien d'autres habitants du reste, — l'abbé Bataille, curé doyen de Notre-Dame, l'abbé Gomeriaux, doyen de Sainte-Elisabeth, l'abbé Golpin-Benoni, curé du Saint-Rédempteur, l'abbé Marais, curé de Saint- Antoine, et l'abbé Bayart, curé de Saint-Joseph.

Un très grand nombre d'autres prêtres furent arrêtés de même un peu partout. Plusieurs furent relâchés, mais beaucoup furent, contre tout droit et toute justice, envoyés en captivité dans les camps de concentration par delà le Rhin. Les Allemands avaient du reste procédé de la même façon en Belgique. Dans le diocèse de Namur ils avaient arrêté 89 prêtres, qu'ils conduisirent presque tous en Allemagne. Les diocèses deMalines et de Liège ne furent pas mieux traités par eux. Ils agirent de même en France. Si bien qu'au commencement de 1915, Mgr Turinaz comptait une vingtaine de prêtres prisonniers en Allemagne pour le seul diocèse de Nancy, et Mgr Ginisty près de quarante pour Verdun. Quant à Mgr Péchenard, il a donné une liste de plus de cent de ses prêtres, qui furent emmenés en Allemagne, soit comme déportés civils, soit comme prisonniers militaires !.

mandes en Belgique et en France, p. 25). Et ce n'était point là une vaine menace. Car, ainsi que l'écrit justement M. Gaston Deschamps, « La vie des otages était toujours à la merci d'un caprice ou d'un hasard. Une parole téméraire, le geste imprudent d'un de leurs compatriotes, une rixe entre soldats et habitants, cela suffisait pour les mener devant le peloton d'exécution. Les fusils étaient toujours prêts à partir ». ( «Aux régions dévastées. »liev. des Deux Mondes, 15 juillet 1917, p. 408.)

1. Le Martyre de Soissons, pp. 204-209. Lire ce que M. Rayé, curé de Guny, eut à souflrir dans les camps de Halle et de Zebst. (pp. 210-214.)

Condamnés d'abord à coucher chaque nuit au poste sur une poignée de paille, pendant deux mois, c'est un genre de traitement que les Allemands aimaient beaucoup à infliger aux otages, l'abbé Prévost, curé de Curlu, et le curé de Longueval, furent finalement emmenés, le premier à Péronne et le second à Saint-Quentin. L'abbé Neveu, curé de Champieu, et l'abbé Aug. Aubry, curé de Dreslincourt, furent déportés en Allemagne, comme tant d'autres, avec une partie de leurs paroissiens1. Le chanoine Couvreur, curé de Nesles, traîné d'abord à Ham, fut ensuite successivement interné à Cassel, à Hassenberg et à Celle. Le curé de Doyécourt, l'abbé Trimbalet, fut emprisonné dans le camp de Witenberg, de sinistre mémoire. C'est dans ce camp que, après avoir été plusieurs ibis collé au mur pour être fusillé, mourut l'abbé Vilbert, curé de Lesbeufs; il tomba au chevet des typhiques, lâchement abandonnés par les médecins allemands et leurs infirmiers2. L'abbé Andrieux, curé de Flancourt, évacué

1. V. Ma captivité en Allemagne, par l'abbé Aug. Aubry. Perrin et C1*, Paris, 1916.

2. « Tous les médecins et infirmiers allemands s'étaient enfuis, depuis les premiers jours de la contagion. Mais il nous était venu, vers le 7 février, six médecins anglais, qui, de leur plein gré, s'étaient offerts pour essayer de lutter contre la maladie. Us déploraient l'absence de tout moyen de traitement... Nous perdîmes d'abord l'un de ces médecins, puis un second la semaine d'après, et puis le major Pry, et encore deux autres. Un seul de ces officiers anglais n'a pas été malade. Le total des morts fut de 1.500 Russes, plus 300 Français et 87 Anglais » {The Story of a Prisoner of War, by Arth. Grenn-London, Uhatto and Windérs, 11)16).

A ajouter à ce témoignage accablant le témoignage suivant de l'ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, M. W. Gérard.

« Les médecins anglais protestèrent auprès du commandant du camp de Wittenberg contre la promiscuité dans laquelle les prisonniers français et anglais se trouvaient placés à l'égard des prisonniers russes, lesquels, ainsi que je l'ai dit, étaient atteints de fièvre typhoïde. Mais le commandant répondit : « il faut que vous connaissiez vos alliés », et il continua à laisser les prisonniers ensemble, condamnant ainsi un grand nombre de prisonniers français et anglais à une mort aussi certaine que s'il les avait dirigés contre un mur et

du camp de Darmstadtt sur celui de Rastat, y succomba, lui aussi, mais d'épuisement : il était septuagénaire. Septuagénaire également, l'abbé J.-B. Sauvage, curé de Billy-Montigny, qui mourut à Magdebourg, comme l'abbé Rault, curé deNoyelles-Godault, dans le diocèse d'Arras, et l'abbé Delpiante, doyen d'Aniche, quidécéda, en rentrant d'Allemagne, absolument exténué par les privations.

Même quand ils ne furent pas traînés par delà le Rhin, les piètres momentanément arrêtés comme otages furent souvent maltraités de la façon la plus indigne. L'abbé Wable, curé de Pierpont, fut barbarement piétiné par ceux qui se saisirent de lui. D'autres prêtres furent souffletés, bourrés de coups de crosse de fusils ou violemment frappés avec des fourreaux de baïonnettes ou de sabres. Il en est qu'on dépouilla entièrement, non seulement de leurs habits, mais même de leur linge de corps. Tels, par exemple M. Gillet, curé de Saint-Rémy, M. Thiry, curé de Bouilly, près de Reims, et encore M. Menoux, curé de Jonville, M. Aluot, curé de Mouilly, M. Persénot, curé de Vaubécourt, et plusieurs autres, au témoignage de Mgl* de Verdun, leur propre évêque.

L'abbé Ledieu, curé de Gatelet, raconte Mgl Péchenard, son évêque, fut brutalement souffleté jusqu'à ne plus avoir figure humaine, traîné sans pitié, les fers aux mains jusqu'à Ballicourt, cent fois menacé de mort et exposé durant de longues heures aux outrages d'une armée qui défilait devant lui... Le Ghan. Oblet, de 90 ans, mort depuis, subit toutes les

placé sous un feu de peloton. Pendant cette période d'épidémie, le camp de Wittenberg se trouva dans une situation épouvantable, on peut dire que les Allemands le désertèrent ». Mémoires de l'ambassadeur Gérard. Mes quatre années en Allemagne, par J. W. Gérard, ambassadeur des Etats-Unis à Berlin avant et pendant la guerre mondiale, p. 143, Paris, Payot et O, 1918.

humiliations imaginables... L'abbé Vilfort, curé de Folembray, fut trois fois cravaché, pour insuffisance de l'angle d'inclination (en saluant) aux officiers allemands... L'abbé Gurx, curé de Ghamouille, soumis pendant dix longs mois aux plus indignes traitements, subit un martyre indicible *.

Je passe sous silence les prêtres si nombreux que les Allemands poussèrent avec tant d'héroïsme en avant de leurs colonnes pour leur servir de boucliers durant certaines attaques. J'en veux citer deux ou trois cependant parmi eux : le curé de Cuffies dans l'Aisne, qui avait 87 ans ; le curé de Provin, dans le Nord, qui fut jeté en rideau vivant avec 73 de ses paroissiens en tête d'un bataillon; le curé d'Epli, dans la Meurthe-et-Moselle, M. Pérignon, qui s'étant offert comme otage, afin d'obtenir la libération de plusieurs femmes arrêtées sans motif, était courageusement resté à son poste, après avoir été libéré 2; et le curé de Pillon, dans la Meuse, l'abbé Elie Baudoin : « Je sais bien que vous n'avez pas tiré, dit à ce dernier le général devant lequel on le traîna. Je vous condamne quand même, parce que vous avez été l'âme de la résistance ». A quoi l'abbé Baudoin répliqua : « Vous n'êtes que des brutes. Fusillezmoi, puisque vous avez la force, mais mon exécution ne sera qu'un assassinat ».

Malgré cette virulente apostrophe, on sursit à l'exécution. Et, en attendant, le village brûlé sous

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