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Petit Démocrate du Centre, 18 avril

3. A ajouter à ces témoignages le témoignage de deux hommes \ de science qui ont beaucoup observé pendant la guerre et qui ont

écrit plusieurs volumes fort intéressants : M. le Dr Louis Huot, médecin principal divisionnaire, et M. le Dr Paul Yoivenel, médecin-

i major de 2° classe. Ces Messieurs paraissent être, au point de vue religieux, de pensée tout à l'ait indépendante. Il n'est pas inutile de le noter, car leur loyale déposition n'en aura que plus de valeur à certains yeux :

« Aucune contestation n'est possible sur ce point (la conduite du clergé au feu depuis le début des hostilités) à quelque parti que l'on appartienne : il a poussé à leurs extrêmes limites la bravoure et l'esprit de sacrifice. Tous ou presque tous les prêtres-soldats que nous avons eu l'occasion de voir au feu, qu'ils fussent combattants,

I aumôniers ou brancardiers, ont bravé le danger avec un mépris absolu de la mort, parfois même avec une témérité folle... Soit comme médecin divisionnaire, soit comme médecin de bataillon,

C'est en soutane que les prêtres franchirent les grilles des casernes où ils étaient convoqués. Pensée excellente qui leur permit de s'affirmer des la première heure, sans bravade aucune, mais aussi sans respect humain. Cette attitude, très simple et très franche, ne fut-elle pas pour quelque chose dans l'accueil qu'on leur fit, accueil partout sympathique, et, dans bien des endroits, empreint d'une véritable cordialité?

Cette cordiale sympathie fut la règle générale. Mais toute règle a des exceptions. Les prêtres mobilisés s'en aperçurent bien parfois. « Vous savez, pour moi, il n'y a pas de prêtres, disait un officier à l'un d'entre eux; il n'y a que des soldats. D'ailleurs, je vous le déclare tout de suite : je suis franc-maçon, par conséquent, vous n'avez qu'à marcher droit. »

Mais, même en de pareils cas, on voyait souvent les préventions disparaître et les dispositions se modifier du même coup. Deux mois seulement après avoir fait à son prêtre mobilisé cet accueil plutôt un peu frais, le même officier lui recommandait de ne pas s'exposer inutilement « parce que les mourants avaient besoin de lui ». Il lui avait suffi de l'observer et ce qu'il avait vu l'avait conquis et transformé.

C'est que, et Ion put s'en convaincre dès les premiers jours, les prêtres-soldats ne le cédaient à per-

nous avons été maintes fois l'un et l'autre surpris de leur insistance à réclamer les missions les plus périlleuses et nous avons été frappés de la force morale que leur donnaient leurs croyances...

« En eux couvaient d'inépuisables énergies sublimisées par les plus hautes spéculations philosophiques ou morales, alimentées à la source d'un tout puissant idéal... A coups de bravoure, — et quelle belle propagande, devant laquelle il faut s'incliner ! — ils sont parvenus à niveler le réseau barbelé des suspicions, des préventions qui, en temps de paix, séparait le clergé de la majorité du peuple. Ils se sont frayés un passage jusqu'au cœur des poilus. Us ont acquis droit de cité chez eux. » (La Psychologie du soldat, pat les docteurs Huot et Paul Voivenel, p. 17-19. Renaissance du Livre, Paris, 1918).

sonne en entrain patriotique et en parfaite abnégation.

On en vit s'engager à un âge où aucune obligation ne les atteignait plus depuis longtemps1. Mb'r Oury, ancien archevêque d'Alger, avait marché des premiers. Longtemps aumônier de la Marine, officier de la Légion d'honneur, médaillé de 1870, dès le milieu du mois d'août, il avait écrit au ministre de la Guerre et au ministre de la Marine, pour solliciter comme un honneur, au nom de ses seize ans de services à la mer, « d'être envoyé dans une des ambulances les plus rapprochées du feu ». A cause de l'âge, le Gouvernement ne crut pas pouvoir accepter le concours du vénérable archevêque. Mais l'exemple n'en était pas moins donné, et magnifiquement donné.

Que de fois aussi, les prêtres-soldats partirent spontanément pour le front. C'était tantôt à la place de pères de famille désignés pour aller au feu, tantôt simplement pour répondre à un appel de leurs chefs. Un ou deux exemples sur cent.

Le 9 août 4914, dans la cour de l'hôpital de Perpignan où stationnent un millier de mobilisés, on réclame des volontaires pour former une ambulance. Les mains se lèvent. On choisit 36 hommes. Sur ces 36 volontaires, il y a 18 prêtres, dont un chanoine de Garcassonne.

Le 17 octobre 1914, au dépôt d'Aubervilliers, on demande 9 brancardiers pour le front. 9 hommes sortent aussitôt des rangs : tous sont prêtres, l'un du diocèse de Bayonne et les 8 autres Landais.

1. L'abbé Le Berre, cinquante-quatre ans ; l'abbé Gharabon, soixante-trois ans, ancien aumAnier de 1 hôpital Necker. à Paris, médaillé militaire (Moulins) ; le chanoine Morette (Montauban), chevalier de la Légion d'honneur ; l'abbé Coqueret, soixante-deux ans

; (Paris), chevalier de la Légion d'honneur ; le chanoine Payen, soixante-deux ans (Besançon), chevalier de la Légion d'honneur ; le chanoine Noirot, soixante-quinze ans (Dijon) ; le chanoine Malau-

j rie, soixante-douze ans (Alger), officier de la Légion d'honneur.

Volontaires, les prêtres-soldats le sont bien plus souvent au feu, parce que les occasions de se dévouer y sont plus nombreuses que jamais, et c'est fréquemment qu'ils succombent au cours de leurs missions périlleuses, comme le sergent abbé Dauchez (Aire), qui, mortellement atteint entre les deux lignes de tranchées, y expire héroïquement, en criant à ses camarades : « Courage, au revoir mes amis, au revoir au ciel! »

Le prêtre olïicier. — Gomment il considère son grade. — Exemples qu'il donne. — Nombreuses distinctions qu'il reçoit : Légion d'honneur, citations.

Le prêtre sous-officier. — Magnifiques actes de bravoure. — Médaille militaire, citations. — Volontaires pour la relève des blessés. — Croix de guerre sur la chasuble d'un nouveau prêtre. — Liste glorieuse : les morts!

Cette tranquille vaillance, maintes fois relevée dans les citations à l'Ordre de l'armée, explique pourquoi un si grand nombre de prêtres et de séminaristes furent promus àl'épaulette devant Fennemi.

Dès le début de la guerre, beaucoup d'entre eux avaient rejoint en qualité d'officiers. Ils étaient sous-lieutenants, lieutenants, capitaines. L'un d'eux M. le chanoine Coissac, ancien polytechnicien et vicaire général de Tulle, partit et fit la guerre d'abord* à la tête d'une batterie de 75, ensuite comme commandant d'une batterie lourde. C'est en cette qualité qu'après avoir été cité à l'Ordre de l'armée pour « son sang-froid dans la période difficile du 19 avril au 10 mai 1916 devant Verdun », il reçut la croix de la Légion d'honneur au mois de décembre

suivant pour sa belle conduite sur la Somme. Deux autres polytechniciens, l'abbé Arnould (Bordeaux) et l'abbé Rodié (Fréjus) commandèrent le premier une compagnie du génie et le second une batterie. Ils furent décorés tous les deux. M. le chanoine Rémond, aumônier du lycée de Besançon, reçut lui aussi la Croix, alors qu'il commandait une compagnie de mitrailleuses et il fut plus tard promu chef de bataillon. Commandant son bataillon également, et chevalier de la Légion d'honneur avec six citations, un jeune séminariste de Lyon, l'abbé Marius Condamin, qui fut tué le il août 1918, à Bourmont, dans l'Oise. Il était parti au début de la guerre comme simple sergent et il avait 27 ans à peine, quand il tomba pour toujours face à l'ennemi. Beaucoup d'ecclésiastiques commandèrent des compagnies, des escadrons ou des batteries, sans porter les trois galons. Il y en eut même, tel le lieutenant Watrelle (Arras), cité à l'Ordre de l'armée pour ce fait, qui prirent au feu le commandement de leur bataillon ou de leur régiment et qui s'en tirèrent fort bien.

D'autres, le lieutenant-abbé Charrier (Angers), du 114e d'infanterie, chevalier de la Légion d'honneur, le lieutenant-abbé Doyhénart (Tarbes), le sous-lieutenant-abbé Laurent (Valence), le lieutenant-abbé Fumey (Belley), tué à l'ennemi, eurent l'honneur de se voir confier le drapeau de leur régiment, tant leurs colonels étaient sûrs d'eux.

Porte-drapeau, lui aussi, — au 290e — ce lieutenant Bouchard (Bourges), qui mourut d'une mort si enviable sous Verdun. Le poste de commandement où il se trouvait avec son colonel était utilisé comme poste de secours, tant les blessés étaient nombreux. Autour de ce poste, dans le boyau, partout, ce n'étaient que cadavres et débris humains.

Et les blessés devaient ramper au milieu de ces lamentables restes pour venir se faire panser. Bouchard se prodiguait auprès de ces malheureux. Il consolait les uns, relevait le courage des autres et administrait les derniers secours religieux à ceux qui allaient expirer. Un moment vint où, sous l'effroyable averse de fer, la place devint intenable et où le vaillant officier dut se réfugier à l'abri. Mais au dehors, les blessés restaient. Ils poussaient des cris d'angoisse. Ils appelaient au secours. Devant un tel spectacle, le cœur de prêtre de l'intrépide lieutenant ne put pas y tenir. Bien que son colonel lui conseillât d'attendre au moins un instant d'accalmie pour quitter le poste de secours, Bouchard s'élança. A peine s'était-il agenouillé auprès d'un blessé qu'une raffale le fauchant, il tomba à jamais sur la terre empourprée à côté de ceux au secours desquels il avait si héroïquement volé \

Pour nombreux d'ailleurs que fussent les prêtres officiers au début des hostilités, ils le devinrent bien plus encore au fur et à mesure que la guerre se prolongea douloureusement. Cette guerre faisait chaque jour tant de victimes ! Et, parmi ces victimes, la proportion des officiers était si élevée! Pour reconstituer solidement les cadres, on ne pouvait pas se contenter de recourir à des gradés pleins de bravoure : il fallait autant que possible trouver des sous-officiers doués d'une certaine culture générale, capables d avoir de l'ascendant sur les hommes, et surtout possédant cette fermeté d'âme qui n'est pas toujours nécessairement unie à la vaillance des champs de bataille. Ces gradés étaient nombreux parmi les prêtres-soldats. On s'en aperçut vite.

1. V. Quand on se bat, par François de ïressan. Plon-Nourrit, 1916, pp. 259-260.

Voilà pourquoi on recourut si souvent et si volontiers à eux.

Dans le grade d'ailleurs, la plupart d'entre eux ne voyaient qu'une raison de faire davantage, un impérieux motif de se dévouer beaucoup plus. « Cette nomination, écrivait à son supérieur un jeune prêtre lyonnais, nouvellement promu souslieutenant, me fait plaisir pour Finfluence un peu agrandie qu'elle donnera à mon sacerdoce auprès de mes camarades, et aussi parce que je ne pense pas sans fierté que si, un jour ou l'autre, le 223e est appelé à participer à une offensive comme celle d'Arras, je serai désormais de ceux qui, presque à coup sûr, ne reviennent pas \ »

« Un officier doit donner l'exemple, disait à son tour, l'abbé Méchin, de Tours, nommé sous-lieutenant quelques jours auparavant. A la prochaine affaire sérieuse, je ferai partie de la première vague. Soyez certain que je serai à la tête de ma section. »

Non seulement il y fut, mais il y tomba glorieusement, à la première offensive de Champagne, le 25 septembre 1915.

Du reste; de quelque moment que datât leur promotion, avant ou pendant la guerre, les prêtresofficiers eurent au feu une conduite aussi brillante que leurs camarades de l'active ou de la réserve. Les nombreuses distinctions qui leur furent accordées, Croix de guerre ou croix de la Légion d'honneur, sont là pour le démontrer. Et le texte des citations à l'Ordre dont des milliers d'entre eux furent l'objet, ajoutent à cette première preuve un surcroît d'étincelante clarté.

D'après ces citations, le lieutenant-abbé Patella

1. Cité par M»r Lavallée. Hev. prat. cTApol., 15 mars 1916. p. 707.

(Marseille), tué à l'ennemi, « s'est distingué depuis le commencement de la campagne par son courage et son dévouement aux blessés », — le lieutenantabbé Panaget (Angers) promu capitaine, chevalier de la Légion d'honneur, « n'a cessé de donner les meilleurs exemples d'énergie et d'entrain ». — Quant au lieutenant-abbé Noir de Chazournes, du 46e d'artillerie, « d'une tenue exceptionnelle au feu, il a toujours fait preuve dans ses fonctions d'officier de liaison d'un zèle, d'une activité et d'un dévouement au-dessus de tout éloge et s'est acquitté de toutes ses missions, en toutes circonstances, avec autant de mépris du danger que d'intelligence ». — Nommé capitaine, l'abbé de Ghazournes fut de nouveau cité à l'Ordre de la division dans ces termes : « Officier remarquable, d'une bravoure et d'un sangfroid dignes d'éloges, intelligence très vive, ardent et plein d'entrain, le capitaine Noir est un tireur émérite. Il manie son faisceau avec une véritable maîtrise et obtient de son personnel un excellent rendement. Au cours des combats auxquels le groupe a pris part du 25 septembre au 26 novembre 1915 et du 28 janvier au 16 février 19 16 a obtenu de très beaux résultats de tir et a ainsi donné un appui 1 très efficace à notre infanterie ».

Son frère, l'abbé Octave Noir de Ghazournes (Angoulême), lieutenant commandant la 17° compa- j gnie du 294e, fut nommé chevalier de la Légion d'honneur, comme étant un « officier d'une éclatante bravoure et d'une énergie exceptionnelle ». Et la citation ajoutait : « Le 15 mars 1916, a enlevé sa compagnie à l'assaut dans un admirable élan, malgré les pertes causées par un intense bombardement. Bien que gravement blessé au cours de l'action, est resté dans la tranchée allemande au milieu

de ses hommes, les encourageant et les maintenant sur la position conquise en dépit des efforts de l'infanterie ennemie. Ne s'est laissé ramener en arrière, que lorsque ses forces l'eurent abandonné. Avait déjà été blessé et deux fois cité à l'Ordre, au cours de la campagne ». Il fut tué en 1916.

Les citations signalent aussi « l'entrain admirable » du lieutenant-abbé Féval (La Rochelle), chevalier de la Légion d'honneur, « le sang-froid et la vaillance » du lieutenant-abbé Gibas (Dijon), « le courage héroïque » du lieutenant-abbé Bissardon (Lyon), « le calme, la très grande bravoure, et le mépris du danger » du lieutenant- abbé Lé vin (Laval).

Elles témoignent encore que le sous-lieulenantabbé Hardy (AutunJ est « un officier très brave et très allant », que le lieutenant-abbé Charrier (Angers) chevalier de la Légion d'honneur, est un « officier d'un dévouement absolu, d'une bravoure et d'une énergie exceptionnelle », que le souslieutenant-abbé Etesse (Saint-Brieuc),est un « officier d'une bravoure et d'un dévouement à toute épreuve », que le sous-lieutenant-abbé Millot est un « jeune officier animé du plus pur esprit de sacrifice » et que le sous-lieutenant-abbé Bâtard est un « officier d'une bravoure exceptionnelle pour qui le danger n'existe pas et qui possède sur ses hommes un ascendant considérable ».

Si grands que soient ces éloges, la conduite au feu des prêtres officiers les mérite amplement.

C'est « malgré un feu des plus violents » que le lieutenant-abbé Bissardon « saute le premier dans une tranchée ennemie », afin d'entraîner sa section.

« Blessé le 4 février, au cours d'un bombardement violent », le sous-lieutenant-abbé Etesse « se fait panser en hâte au poste de secours », et, pour ne

pas laisser ses hommes seuls sous la mitraille, « il revient immédiatement prendre le commandement de sa section ».

« Dans la journée du 24 mars 1915 » le sous-lieutenant-abbé Freyssinet (Albi) chevalier de la Légion d'honneur « reçoit Tordre de prendre le commandement de la 2e el de la 3e compagnie de son bataillon, qui ont perdu tous leurs officiers et une partie de leurs cadres ». Il obéit et « il maintient ces unités dans une situation très difficile, grâce à l'admirable exemple qu'il donne et à la confiance qu'il rend à ses hommes ».

Le lieutenant-abbé Ghiron, 64e d'infanterie, ayant j perdu tous ses hommes ou à peu près, demande à j être pris comme agent de liaison. On fait droit à sa j demande. Mais, à la charge finale, avisant quelques soldats sans cadres, il n'y tient plus. Il les rallie, il part avec eux à l'assaut et il y tombe grièvement atteint d'une balle.

Resté lui aussi, seul officier de sa compagnie, réduite elle-même à trente hommes, le sous-lieutenant-abbé Garmellino (Dijon), chevalier de la Légion d'honneur, 42e d'infanterie, non seulement continue à combattre, mais avec cette poignée de braves, « il réussit à faire mettre bas les armes à deux cent cinquante Allemands » \

Le capitaine-abbé Ruffié (Pamiers), 83e d'infanterie, « cité deux fois à l'Ordre de son corps d'armée pour ses beaux exemples de dévouement et de courage héroïques, va de nouveau dans la nuit du 13 au 14 février 1915, relever devant les tranchées allemandes le corps d'un de ses camarades, officier tué le 12, et il détermine ainsi par son exemple

1. L'abbé Garmellino, blessé, fut mis à l'Ordre de l'armée. Journ. o/f.. 1S décembre 1915.

de hardis patrouilleurs à ramener dans nos lignes les corps de dix-sept soldats français ». Quand il disparut à son tour le 28 janvier 1915, âgé de vingt-six à peine, l'abbé Ruflié était officier de la Légion d'honneur. Voilà une rosette rouge que le petit séminaire de Pamiers, où il était professeur, peut garder avec une légitime fierté.

C'est un « officier d'artillerie de valeur » d'après sa citation que le capitaine-abbé Michaud, chevalier de la Légion d'honneur (Lyon). Mais il déserte ses canons pour les avions. Et les « très beaux services qu'il rend dans l'aviation, sur le front français comme en Orient » sont tels qu'ils le font signaler par ses chefs, comme un « observateur en avion remarquable, dont la bravoure et l'esprit de dévouement sont poussés jusqu'au sacrifice complet ».

Spécialiste aussi que ce jeune sous-diacre d'Aire, l'abbé Bégorry. Mais sa spécialité, c'est la grenade. Aussi, quand on lui donne le ruban rouge, le haut commandement déclare qu' « officier d'un sang-froid et d'une bravoure exemplaires, il est passé maître dans le lancement des explosifs et qu'il a réussi à inculquer sa confiance et son calme clans l'âme de ses grenadiers ». Il le prouve bien d'ailleurs, le il août 1915, quand, resté seul à la défense d'un barrage, tous ses hommes ayant été mis hors de combat, il parvient « grâce à son habileté et à sa présence d'esprit à empêcher l'attaque ennemie de progresser et ensuite, des renforts étant accourus, à obliger les assaillants à se retirer ». Mais le combat fini, il est grièvement blessé à la tête et il a les deux premiers doigts de la main droite emportés.

Un autre séminariste, de Bayeux, qui lui n'est pas même sous-diacre encore, ce qui ne l'empêche pas d'être déjà décoré de la Légion d'honneur, le sous-

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lieutenant Viénard, du 39e d'infanterie, avec quelques hommes seulement met un beau matin 10 Allemands en fuite et fait en outre 14 prisonniers. « Il ramène son détachement au complet », dit sa citation, mais « gravement blessé lui-même au cours de l'action, il a l'énergie de laisser ignorer sa blessure à ses hommes, afin de pouvoir continuer l'opération ».

Un autre séminariste, celui-là porte les trois galons de capitaine au 98e d'infanterie, l'abbé Chezallet (Lyon), fait plus beau encore. Dans un seul coup de filet, mais après un « dur combat » cependant, il capture « 47 prisonniers, 3 officiers, 4 sous-officiers, 40 hommes et il s'empare de 6 mitrailleuses ». Blessé et titulaire de trois citations déjà, cette fois il reçoit la croix de la Légion d'honneur.

Ce n'est pas 47 prisonniers seulement, c'en est « une centaine, dont un chef de bataillon et quatre officiers » que fait le sous-lieutenant Gordier, du 39e de ligne, un simple séminariste encore (Meaux). « Blessé au cours de l'action, il refuse de se laisser évacuer ». Et, parti simple soldat à la mobilisation, il est décoré de la Légion d'honneur, à la demande écrite, — chose qui n'est peut-être pas très réglementaire, mais qui, dans tous les cas, est bien touchante, — des « poilus de la section », tous les officiers engagés avec lui étant tombés sous les coups des Aile- ' mands.

Le 28 juillet 1916, le Journal officiel insérait cette citation à l'Ordre de l'armée, concernant Pierre Landais, de Nantes, lieutenant au 26e chasseurs à pied :

« Prêtre devenu soldat par la guerre, officier par sa valeur et son courage. Déjà cité à l'Ordre de la division, à l'Ordre de l'armée et fait chevalier de la Légion d'honneur pour ses beaux faits d'armes. Le 27 mai 1916* est tombé glorieusement, en défendant,

avec un héroïsme qui a assuré le succès, sa tranchée envahie par l'ennemi ».

Le Figaro avait offert un sabre d'honneur pour être remis à l'adjudant le plus méritant des six bataillons de chasseurs qui formaient la N° brigade. Ce fut l'abbé François Aubin qui se le vit décerner par son général. Promu sous-lieutenant au 264° d'infanterie, l'abbé Aubin (Le Mans) se conduisit si brillamment à 1'altaque du saillant de Quennevières que, déjà cité deux fois à l'ordre du jour, il reçut le ruban rouge.

Que dire aussi de cet abbé Julius Ruellan, (Versailles), capitaine au 93e d'infanterie et vicaire à Argenteuil, dont cinqlfrères sur neuf avaient déjà donné leur vie à la France, quand il tomba à son tour, lui sixième, le 12 octobre 1918? Adjudant au début de la guerre, il avait rapidement gagné les trois galons, la croix de la Légion d'honneur et la croix de guerre avec cinq palmes ou étoiles.

Et ce jeune prêtre savoyard, l'abbé Régat, vicaire aux Allinges (Annecy), qui arrive fin septembre 1915, au 5e bataillon de chasseurs en qualité de sous-lieutenant de réserve. D'apparence malingre et empruntée, tout frais éclos du cours d'E.O.R., il n'a que quelques mois de service. Il n'en reçoit pas moins le 3ommandement d'une compagnie, dès qu'il arrive, *ant le bataillon et son cadre d'officiers surtout tiennent d'être durement éprouvés dans de furieuses ittaques.

A peine a-t-il eu le temps de faire connaissance ivec ses hommes que le 10 octobre, au Bois-en-Hache, >n annonce une attaque pour le lendemain soir, et la e compagnie, celle de Régat, figure parmi les deux ompagnies qui doivent marcher en tête.

Sans officier avec lui, sans adjudant même, n'ayant

que quatre sergents pour le seconder, que va faire ce pauvre vicaire de village, qui n'a pas vu le feu encore? Ce qu'il va faire? A l'heure marquée, il bondit le premier de tous ses chasseurs sur le parapet, il les entraîne et dans un élan magnifique, — car il s'y montre « épatant, vous savez, épatant » comme le déclarera son commandant, — il emporte la sape intermédiaire d'abord, puis la tranchée dont il faut s'emparer. Mais Faction terminée, on le trouve dans un entonnoir d'obus, la cuisse brisée. C'est de son sang qu'il a acheté son succès. Il lui en coûtera davantage encore. Car, amputé, il meurt quelques jours après, à l'ambulance, après y avoir reçu le ruban rouge, comme récompense de « la bravoure et de l'abnégation admirable » dont il a fait preuve1.

Quant au lieutenantMirabail, professeur au collège ecclésiastique de Saint-Caprais, diocèse d'Agen, c'est dans l'aviation qu'il « travaillait ». Il s'était spécialisé dans les bombardements à grande distance. Et il y accomplît de telles prouesses que, lorsqu'il fut fait prisonnier à Garlsrue, par suite d'une panne, le haut Commandement lui fit parvenir la croix de la Légion d'honneur en captivité même.

Je pourrais continuer à égrener longtemps encore la série de ces actions d'éclat. C'est pour ainsi dire, un chapelet sans fin.

Les prêtres sous-officiers, caporaux ou soldats ne

1. « Le plus bel éloge qui, à ma connaissance, ait été fait du lieutenant Régat, je l'entendis un jour à table, à la popote, alors qu'on espérait encore le sauver. J'ai encore dans l'oreille ces phrases, courtes et martelées : « Monsieur l'aumônier, Régat a été épatant, vous savez, épatant... Il ne connaissait pourtant rien du métier militaire... ah ! si ! le devoir : c'était un prêtre... Les prêtres, c'est, leur affaire, ça, le devoir : ils le prêchent... J'en connais deux qui ont fait leur demande pour venir au bataillon, cela n'a pasabouli : c'est dommage. » P. Guitton.S. J. htipressions de guerre de ■prêtressoldats, 2° série, pp. 422 et suiv.

furent pas moins bravos au fou que ceux de leurs confrères qui étaient officiers.

Un grand nombre d'entre eux, près de quatre cents, reçurent la médaille militaire. La simple poignée de citations qui suit, toutes empruntées à l'Ordre de l'armée, va prouver sans réplique possible que ce ne fut pas sans raison. Et voilà pourquoi à chacun de ceux qui la méritèrent, on aurait pu dire comme son divisionnaire au sergent-abbé Le Cuziat, professeur à Saint-Brieuc : « Le Cuziat, je suis heureux de vous remettre l'insigne des braves, car il fera très bien un jour sur votre soutane et, en même temps que votre croix de guerre, il vous donnera autorité pour parler de patriotisme à vos jeunes gens ».

Le dimanche, 6 septembre 1914, le sergent abbé Frédéric Lamy, du 366°, — depuis décoré de la médaille militaire, promu sous-lieutenant, cité une seconde fois à l'Ordre de l'armée et nommé chevalier de la Légion d'honneur — reçoit successivement cinq blessures. « 11 ne cesse pas pour cela de combattre, ni de maintenir ses hommes. Mis hors d'état de marcher, il s'oublie absolument, et, ne pensant qu'aux autres, il continue en rampant à se porter au secours de ses camarades blessés, les encourageant, leur distribuant l'eau-de-vie de son bidon et leur offrant, comme prêtre, les secours de la religion. Il soulève l'admiration unanime par ses paroles et son abnégation, pendant qu'on le transportait à l'ambulance » i.

A Bièvre, dès les premiers coups de feu, une balle brise l'articulation du bras gauche du sergent Briand,

1. Journ. off.y 28 octobre 1914. Le sous-lieutenant Lamy, blessé

au cours d'une reconnaissance très dangereuse, fut l'ait prisonnier.

j Docteur en théologie et licencié es lettres, il l'ut nommé en mars ! 9l8'î

après son rapatriement, supérieur du Grand séminaire d'Amiens,

par M«v de la Villerabel, successeur de M*>v Dizien.

135e de ligne, séminariste d'Angers. Ce vaillant sousofficier n'en reste pas moins au milieu de ses hommes. Les officiers et sous-officiers de celte section et d'une autre section voisine tombant successivement, il prend le commandement des deux. De sa main droite, il a appuyé contre un talus son bras gauche brisé, afin de s'assurer ainsi une position qui lui permette encore d'épauler son fusil. Et il continue à tirer jusqu'au moment où la retraite est ordonnée. Mais, quand il ramène tranquillement ses hommes en arrière, une autre balle lui a labouré l'omoplate et la paume de la main gauche a été brisée par un shrapnell1.

« Durant les combats des 16 et 18 novembre 1914, un autre jeune séminariste, le sergent Brahic, du 58° d'infanterie (Nîmes), est dans les tranchées avancées avec sa section ». Le feu infernal auquel ils sont exposés commence à surexciter les hommes. Que fait ce sous-officier? « Sous une pluie de balles des plus intenses il sort, à différentes reprises de son abri, et il se promène à proximité pour donner plus de courage à ses hommes et pour calmer leur énervement ». Et, de ce fait, il reçoit la médaille militaire2.

C'est pour quelque chose de plus important qu'à Thuin, un matin de novembre, un autre sous-officier, le sergent-abbé Durquet (Bayonne), du 49e de ligne, où il devait terminer la campagne comme lieutenant et avec la croix de la Légion d'honneur,

1. Nommé sous-lieutenant, l'abbé Briant, qui avait dans l'intervalle reçu la médaille militaire, mourut des- .suites des graves blessures qu il avait reçues, lors de la première offensive de Gliampagne.

2. « Étant dans une tranchée, s'est porté sur le parapet, au moment de l'attaque, a exhorté ses camarades à faire leur devoir, les a absous en qualité de prêtre, et a donné le secours de la reli-

fion à tous les blessés. » Citation à l'Ordre de l'armée. Journ. off\, 4 novembre 1914, p. 8824.

saute sur le parapet de la tranchée. La compagnie est d'attaque et, dans quelques minutes, cette attaque va se déclancher. <c Tu es fou, lui crie-t-on, tu vas te faire descendre ». Et, sans répondre à ce cri, l'abbé Durquet dit simplement : « Plusieurs de nous vont tomber pour ne plus se relever. A ceux qui le désirent, je vais donner l'absolution ». Aussitôt, toutes les tètes se découvrent. Et debout, cible vivante, tandis que les balles sifflent autour de lui, le prêtre-sergent prononce d'une voix claire et forte la formule de l'absolution. C'est seulement après l'avoir terminée qu'il saute de nouveau dans la tranchée, où plusieurs de ses camarades l'embrassent en pleurant l.

On comprend qu'à des gradés de cette trempe les chefs ne ménagent pas les compliments.

En leur conférant la médaille militaire, ils signalent le caporal-abbé Gaymard (Grenoble), du 140e « pour son sang froid et sa bravoure », le soldat-abbé Mouteillet (Oran), du 3e zouaves « pour son intrépidité, son dévouement sans limites », le sergentabbé Jouy (Laval), du 150e « pour son zèle et son énergie hors de pair ». Ils signalent encore le sergent-fourrier abbé Leclère (Angouléme), du 125e, comme « un sous -officier parfait » et le sergent-abbé Bâtard (Nantes), du 65e, comme « un modèle de courage et d'énergie, d'un exemple communicatif sur tous ceux qui l'approchent ». Le Journal officiel ajoute : « En particulier, les 2 et 3 janvier 1915, sous un feu intense, il a donné à tous le réconfort de sa bravoure et de son exemple, se portant toujours aux points les plus menacés pour encourager les combattants et secourir les blessés ». Et il conclut par ce

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