‹ En ligneChapitre 34 sur 77 · Journ. off.y 29 décembre · texte numérisé non relu

Journ. off.y 29 décembre

196 l'église de frange pendant la guerre

magnifique témoignage : « Sergent respecté et admiré de tout le régiment pour sa bravoure et son esprit complet de sacrifice » l.

Des médailles miliiaires, passons aux simples citations à l'Ordre de l'armée. La splendide moisson est encore plus abondante, et aussi belle assurément.

Laissons de côté les prêtres, sous-officiers ou soldats, cités simplement pour cause « d'entrain remarquable », de « courage », de vigueur superbe », « de calme et de fermeté », « décourage et d'anégation », « de remarquable énergie et de bravoure éprou-

1. Il serait beaucoup trop long d'énumérer ici les noms de tous les prêtres et séminaristes, adjudants, aspirants, sous-officiers, gradés ou simples soldats dans des unités combattantes, qui reçurent la médaille militaire, car, ainsi que je l'ai indiqué plus haut, ils sont près de quatre cents. Je n'en indiquerai donc que quelques-uns. Presque tous ceux que je vais citer ont été tués au feu ou ils ont été si Grièvement blessés qu'on a dû les amputer, les uns d'un membre, les°autres de deux ; plusieurs ont perdu la vue :

Aix, Castillon. Agen, Dinet (f). Albi, Pujol, Vaisse. Amiens, Lamy. Angers, Bureau, Amiot, Briant( f), Bouyer (f ), Ghéné. Angoulême, Bernard (f), Leclerc Arras, Bridoux. ^4wc/i,Maignaut. Bayeux, Lalan. Bayonne, Ourquet, Verdun. Belley, Guyennet. Besançon, Magnien, (-^Menuet, Queney. Luquet, Nappey. Bordeaux, Massieu (f). Cahors, Martv. Châlons, Ronez (f), Lecointre. Chambéry, Nicolet. Chartres, Iîéno. Clermont, Soulier. Coutances, Duquesnay (-}-, Leroux, Avret, Lerée. Evreux, Lelièvre, Nuttens. Gap, Espitailler (f) . Grenoble, Boge, Croizier, Gaymard, Rozier. Langres, Poinsel. Laval, Coupé, Jouy, Gapel, Guillet, Bouttier.Quinton, Trideau. Le M ans, Lebretoo. Let'uy, Merle, Rivière, Valour. Lille, Pels. Luçon, Gavaud, Plessis, Bretandeau, Vrignaud. Lyon, Giraudet, Valois, Dumont, Boudard, Delorme, Jaricot, Labrosse, Pelletier, Roche, Joly, Odin. Marseille, Masse, Balança (t)- Mende, Galtier. Montauban, Belon. Montpellier, Mongin, Grébassa, Nozeran. Nancy, Mansuy, Bergeot. Nantes, Brunet, Bâtard, Guillemot. Nçvers, Bourgouin. Nimes, Quiot, Reboul, Sève, Brahic, Teulade. Oran, Monteillot. Orléans, Foucher. Pamiers, Tulet (f). Paris, Houlon,SarranadePère(-f-).Pèn'^wew.r, M-illon d'Ain val, Quimper, Creignou, Lunven, Palé§ PanoUam.\Renns, Huon, Houlon Ganaret, Schmytz, Drappin, Husson. Rennes, Fortin. Rodez, Enjalran, Jalbert, Davy, Délabre, Privât, Puech. Rouen, Beauchamp, Martin, Mottat S^Brieuc, Bidan, Labbé, Le Guziat, Le Maigat (f), Ollitrault, Hinault. Saint-Claude, Gontesse (7), Jacquemin. Saint-Flour, Lacoste. Séez, Letourneur. Sens. Bruni, Farcy. Tarentaise. Charles. Troyes, Massey, Grillet. Valence, Tardy. Vannes, de Larminat, Madec. Guionvareb, Le Louer, Rie. Versailles, Deldique, Marchand.

vée », ce de mépris absolu de danger ». Il faudrait aligner trop de noms.

Passons rapidement aussi sur les témoignages rendus par les chefs immédiats dans des lettres privées. Et cependant combien sont émouvants !

D'un jeune curé du Forez, qui avait été cité deux fois déjà à l'Ordre de l'armée et qui venait d'être tué, son colonel écrivait : « Ils ont été (lui et un autre prêtre tué avec lui) les hommes qu'on ne trouve qu'une fois dans un régiment au cours d'une longue guerre ».

D'un autre, blessé une première fois, revenu au front avant la fin de sa convalescence, atteint de nouveau de deux blessures et finalement tué à quelques mètres de la ligne ennemie, son chef de bataillon n'hésitait pes à déclarer dans une lettre : « L'Eglise de France perd en lui un saint prêtre; nous, nous pleurons en lui le type accompli du soldat français ! »

Et d'un troisième, prêtre-sergent, trois fois cité à l'Ordre de l'armée et tombé à deux mètres de la seconde tranchée allemande, son commandant disait à la fin de l'action, affirmant ainsi bien expressivement sa profonde estime : « Il faut l'enterrer avec les officiers » *.

Mais à quelles magnifiques citations ont fourni matière des actions d'éclat comme celles-ci, — toutes récompensées par la médaille militaire

Adjudant chef de section de mitrailleuses, aux chasseurs de Driant, l'abbé Bruni (Sens), subit pendant près de cent heures un effroyable bombardement. Il tient jusqu'au bout, les 21 et 22 février 1916, au bois des Caures. Mais, lorsqu'il a épuisé toutes

1. Cité par Ms* Lavallée. « Le prêtre-soldat », Rev.prat. d'Apologétique, 25 mars 1916, pp. 708-709.

ses munitions, encerclé par les assaillants dont quinze mètres le séparent à peine, il réussit non seulement à leur échapper, mais encore à ramener de lourdes mitrailleuses dans les lignes françaises.

Le chef de bataillon du caporal-abbé Gavaud (Lyon), lui confie le 28 août 1914, 150 blessés, avant de battre en retraite. Dans la seule journée du 29, l'abbé réussit à en évacuer 146 par des moyens de fortune et il allait se retirer avec les 4 autres, quand il est enlevé, grièvement blessé, par une reconnaissance de hulans !

Un autre caporal, l'abbé Gaymard (Grenoble), dans la nuit du 23 au 24 mai 1915, « tue de sa main un officier et un soldat et rejette de la tranchée où ils avaient réussi à s'introduire les Allemands » qui croyaient déjà s'en être emparés.

L'abbé Rozier (Grenoble), se voit décerner la médaille, avec cette belle citation : « Etant simple soldat, le 25 septembre 1914, alors que sa compagnie était assaillie par des forces supérieures, a su par son calme et son sang-froid retenir sa section, en a pris le commandement et a fait exécuter des feux qui ont protégé la retraite de la compagnie ».

La chance tourne-t-elle contre eux? Ces jeunes séminaristes tombent-ils entre les mains des ennemis? Rien ne leur coûte pour s'en échapper. L'abbé Charles (Tarentaise), fait prisonnier le 31 mars 1916, tue les Allemands qui l'entourent et, quoique grièvement blessé à la tête, parvient à s'évader.

L'adjudant Valour (Le Puy), du 22e chasseurs alpins, « entouré et désarmé le 31 mai 1917, par un groupe ennemi, qui avait momentanément pris pied dans la tranchée », leur fausse compagnie et « réussit à rejoindre son bataillon en traversant des zones battues par les feux violents de l'artillerie ». Quant à

l'abbé Croizier (Grenoble), c'est par deux fois qu'il s'échappe des mains des Allemands et qu'il regagne son régiment.

Souvent, il en coûte de terribles blessures à ces braves. L'abbé Bergeot (Nancy), ne sera ordonné prêtre, le 9 juin 1918, qu'après avoir été amputé de la jambe gauche. L'abbé Pujol (Albi), simple soldat au 289° de ligne, mais « soldat plein d'allant et de crânerie au feu, dit sa citation, et qui a été blessé grièvement, le 5 janvier 1918, en résistant à une attaque ennemie, dans un tout petit poste avec une indomptable énergie » a les deux jambes coupées. De plainte, il n'en fait pas entendre, et de désir « il n'en a qu'un, dit-il : pouvoir redire la messe, quand le chirurgien m'aura donné des jambes toutes neuves, des jambes de bois ».

Et ces citations encore :

Dupont (Arras), sergent au 43e d'infanterie « superbe attitude au feu depuis le début de la campagne... mort à son poste, frappé d'un éclat d'obus en pleine figure, sans avoir reculé d'un pas ».

Cruèghe, sergent, « malgré un tir continu d'infanterie, qui prenait la tranchée d'enfilade et pendant un violent bombardement, a cherché à découvrir au périscope l'emplacement de la batterie ennemie, a été grièvement blessé d'une balle à la tête. Est tombé en disant : « Je meurs pour mon Dieu et pour mon pays, je meurs content ».

Bouyer (Angers), sergent au 69e « bien qu'ayant les pieds entlés au point de ne pouvoir conserver ses chaussures et de les remplacer par des morceaux de couverture, a su entraîner à l'attaque, sous le feu des mitrailleuses, des hommes particulièrement fatigués et obtenir d'eux l'organisation rapide de la position conquise. N'a cessé depuis le début de la

campagne de donner l'exemple de l'énergie et du dévouement ».

Ce prêtre-sergent, qui, les pieds enflés à ne pas pouvoir porter de chaussures, les enveloppait à la hâte dans quelques lambeaux de couverture pour conduire sa demi-section à l'assaut, eut une mort superbe en Artois. Il avait été promu adjudant et, le 16 juin 1915, son régiment attaquait sur Neuville- Saint-Vaast. Bouyer fut frappé de deux balles aux reins, tandis qu'il entraînait courageusement sa section en avant. Aussitôt tombé, ses hommes se précipitent vers lui pour l'entourer, le panser. Il leur enjoint de poursuivre l'attaque, sans s'occuper de lui. « La bataille fait rage et quand, le soir venu, quelquesuns de ses hommes vinrent pour le ramasser, ils eurent sous les yeux cet admirable spectacle : le héros mort, étendu à terre, les bras en croix, son grand crucifix de métal sur la poitrine, la figure infiniment douce, son sourire angélique aux lèvres, les yeux clos. De lui-même, Bouyer avait préparé sa toilette funèbre. Sortant son Christ de dessous sa capote, empourprée de sang rédempteur, il l'avait posé sur son cœur, puis se conformant à l'image du Maître, il avait allongé ses bras sur la terre pour la défense de laquelle il mourait. Ainsi crucifié au champ de bataille, seul, sous la rafale, il avait rendu sa très belle âme à Dieu » \

Beaucoup de prêtres-soldats furent cités à l'Ordre de l'armée pour être allés, souvent au prix de leur vie, « cisailler sous le feu les fils de fer de l'ennemi » (caporal Besse, de Saint-Flou r), « placer des réseaux de fil de 1er français en avant d'une tranchée sous bombardement » (caporal Jaillot, Saint- Claude),

1. Paul T., prêtre-soldat au 69° d'infanterie. Etudes, 5 mai 4917, p. 363.

« poser un réseau de fil de fer à cent mètres des tranchées allemandes par une nuil très claire » (sergent Truchet, Chambéry), « placer une charge de cheddite contre un barrage allemand » (Sergent Jouy, Laval), ou « réparer plus de dix fois sous un bombardement extrêmement violent une ligne téléphonique, constamment coupée par les projectiles » (caporal Gavraud, Angoulême).

A d'autres prêtres-soldats la croix de guerre fut attribuée pour le courage qu'ils montraient en secourant leurs officiers blessés.

• Ce genre de dévouement surtout leur paraissait tout naturel.

« Que penseriez-vous d'un prêtre, écrivait le sergent M..., curé de Sempessere, dans le Gers1, qui, le soir, après le combat, resterait dans la tranchée, sans se porter au secours des blessés, appelant de toutes leurs forces, sans pouvoir d'eux-mêmes revenir en arrière ? Oui, j'étais à deux heures de la nuit, dans le champ et j'ai ramené huit blessés... Mon commandant de compagnie était tombé avec quatre ou cinq blessures, près des lignes ennemies ; j'ai simplement fait mon devoir en allant le chercher. »

Combien d'autres prêtres agirent comme cet intrépide curé !

Le caporal Lafosse (Goutances) « a sauvé, dit la citation à l'Ordre, un capitaine, en le transportant l'espace de trois kilomètres sous le feu de l'ennemi » ; le sergent Viallet (Besançon) « se porta sous un feu violent et bien repéré de l'ennemi au secours du commandant de sa compagnie et [jut le ramener dans nos lignes, où il trouva les soins qui lui sauvèrent

1. Victor Bucaille. Lettres de prêtres aux armées. Pavot, 1916, pp. 68-69.

202 L EGLISE DE FKANCE PENDANT LA GUEHHK

la vie». Et le sergent Longuet (Meaux) « sauva sur le champ de bataille, au prix de sept blessures, son lieutenant ».

Le 20 décembre, — premier anniversaire de son ordination sacerdotale, — le soldat Teulade (Nîmes) médaillé militaire, sauve son colonel. Cet officier supérieur gisait, mortellement blessé, à petite distance des Allemands. Une escouade de volontaires part pour le rapporter dans la tranchée. Mais le feu qui l'accueille est si formidable qu'elle doit rétrograder. Le colonel du 61e mourra-t-il sous les yeux de ses hommes, faute de secours? Non, car un soldat se présente pour aller vers lui. C'est l'abbé Teulade. . . Son chef de bataillon l'embrasse avecémotion, comme on embrasse quelqu'un qui va mourir. Et simplement, sous la grêle des balles, l'abbé s'élance : quatre d'entre elles trouent sa capote, deux son képi. Merveille, il n'est pas touché lui-même. Le voilà qui revient portant le colonel sur son dos. Il approche, toujours poursuivi par une pluie de balles*; quelques pas encore et il est sauvé. Mais, tout d'un coup, il s'écroule sur le sol avec son pesant fardeau. C'est une balle qui a perforé son genou. On se précipite à son aide. Quelques minutes après, le colonel et le troupier sont couchés côte à côte au poste de secours et, lorsque l'officier supérieur meurt le lendemain, c'est après avoir reçu de son sauveur de la veille l'absolution, qui Ta réconcilié avec son Dieu.

La relève des morts, après la relève des blessés. La croix de guerre fut conférée à bien des prêtressoldats pour leur inlassable vaillance dans cet office pieux. Parmi eux, un sous-officier mérite une mention spéciale : c'est un sergent du 240% l'abbé Creignou (Quimper) médaillé militaire, qui, aidé de deux camarades, réussit à ramener dans nos lignes, record

en l'espèce, si je ne me trompe, les corps de 21 soldats français.

Si probantes que soient ces citations, quelques chiffres établiront plus magnifiquement encore ce que furent la vaillance et l'abnégation du clergé séculier devant l'ennemi. Ces chiffres sont le résultat de mes investigations personnelles. Mais, quand ces investigations auront été complétées par les enquêtes que, seule, l'autorité compétente peut faire dans chaque diocèse et que, sans nul doute, elle y fera, ils grossiront, c'est bien certain.

Tels qu'ils se présentent, combien ne sont-ils pas éloquents déjà?

Sur les prêtres et les séminaristes du clergé séculier qui prirent part à la guerre, soit dans les imités de combat, soit dans les formations sanitaires comme infirmiers, brancardiers et aumôniers, 364 reçurent le ruban ou la rosette de la Légion d'honneur : 383 furent décorés de la médaille militaire et 4.307 y obtinrent la croix de guerre avec 6.512 citations à l'Ordre de l'armée ou de leurs corps d'armée respectifs, les seules comme on le sait, que le Journal officiel ait enregistrées1.

1. Voici, parmi les 450 membres environ (la liste n'en est pas encore entièrement dressée), des deux clergés, séculier et régulier, qui reçurent la croix de la Légion dhonneur pendant la guerre, soit à titre d"officiers, soit à titre d*aumuniers, les noms de quelques-uns des prêtres et séminaristes du clergé séculier qui furent nommés à titre d'officiers :

Agen, Mirabail, aviateur. Aire, Bégorrey, Cazaux, Dcsquibes, aviateur. Albi, Frayssinet, Goffre, Jammes. Amiens, Lamy. Angers, Audouin, Boumier, Panaget, Charrier. Angouléme, Noir de Chazourne, Annecy, Régat. Auc/i, Maignaut. Autan, Lapalus. Bayeux, Véniard. Bayonne, Durquet, Laurencet. Beauvais, Delamottc. Belley, Dutang, Thcvenet. Besançon, Rémond. Bordeaux, Arnould,Daviand. Coutances, Aumont. Dijon, Carmellino. Evreux, Tuai. Fréjus, Rodié. Grenoble, Léty. La Bochelle, Féval. Laval, Trideau, Mercier. Pervis. Lille, Honoré. Luçon, Puaux. Lyon, Michaud, aviateur, Chazallet, ; Condamin, Drevard, Deux, Remillieux, Thomas, Arnaud, Rodet,

Quant à ceux qui reçurent cette croix, après citation à l'Ordre de leur division, de leur brigade ou de leur régiment, le relevé même incomplet n'en a pas pu être fait encore, en l'état du silence du Journal officiel, mais sûrement elles sont à peu de chose près aussi nombreuses que celles dont je viens de parler.

L'une de ces croix de guerre, obtenue après citation à l'Ordre de la 35e division, fut remise un jour à un jeune sous-lieutenant au 3e zouaves, dans des circonstances qui valent d'être signalées :

Le samedi 7 août 1916, à Bourg, Msr Manier, évoque de Belley, ordonnait prêtre un diacre de son diocèse, en congé de convalescence chez ses parents. L'ordination terminée, l'évoque se retourna vers l'assistance et, s'adressant au nouveau prêtre, il lui dit :

« Mon cher ami, après les jours sanglants où vous avez été miraculeusement préservé de la mort, vous voilà parmi nous tout rayonnant d'une puissance infinie qui vous vient de Dieu. Tout à l'heure, à l'élévation, je pensais à vous et je me disais qu'au sang du Christ, qui s'immolait sur l'autel, se mêlait le sang que vous avez répandu pour la France, sur le champ de bataille : union sublime de l'amour de Dieu et de l'amour du Pays.

« Vous allez, mon cher ami, retourner au feu; vous entraînerez encore vos camarades à la victoire, au sacrifice. Mais, désormais, vous pourrez lever les mains pour les bénir et surtout pour les absoudre.

Meaux, Cordier, Scherrer, Vayer. Montpellier, Journet. Rentes, Aubin, Landais. Orléans, Bouard, Poiget, Viginier, Wolf. Pamiers, Ruiïié (oi'iicier) . Paris, Gléry, Perruisseau, Carrier. Périgueux, Latour d'Ain val. Perpignan, Riu. Reims, Mennesier. Rennes, Guérin, Lefoul, Serrand, Léonard, Denier. Rodez, Sannié, Théron, Tournier. Rouen, Quéteil, Le Bertre. Saint-Brieuc, Josselin. Saint- Dié, Marque, Miclot. Toulouse, Fieuzet, Reste. Tours, Mauduit. Tulle, Goissac, vicaire général. Valence, Cheval. Vannes, Tardy. Versailles, Ruellan. Diocèse non identifié, Camps.

LE PUÈt'RE DANS LES UNITÉS COMBATTANTES 205

« Maintenant, mon cher ami, vous qui appartenez à l'Eglise comme prêtre, et à l'armée française comme officier, je vais avoir la grande joie, je dirai plus, la grande fierté d'épingler sur votre chasuble la récompense accordée par vos chefs militaires à votre bravoure, la croix de guerre, en attendant que la remise officielle vous en soit faite par Fautorité militaire. »

S'avançant alors, Mgl Manier, au milieu de l'émotion générale, attacha de sa main sur la poitrine du sous-lieutenant abbé Agelou, traversée de part en part sur le champ de bataille par une balle allemande, l'insigne glorieux.

La croix de guerre, épinglée par un évêque sur la chasuble d'or d'un nouveau prêtre, au pied même de l'autel où celui-ci vient de recevoir la prêtrise, voilà ce que n'avaient pas prévu les fanatiques partisans du : « Les curés, sac au dos ! »

Que si, après les distinctions, Légion d'honneur, Médaille militaire, Croix de guerre, citations à l'Ordre de l'armée, nous en arrivons aux ecclésiastiques qui tombèrent face à l'ennemi et les armes à la main, leur nombre est particulièrement impressionnant. J'en ai relevé, en effet, pour mon compte plus de 2.753 et, sûrement, dans ces listes glorieuses, il y a encore bien des oublis à réparer. Dès maintenant du reste, et avant même que ce travail de révision ait été mené à bonne fin, comment ne pas signaler la lourde part qui échut à certains diocèses dans la grande hécatombe? Tels, Nantes qui eut 60 tués, Versailles 62, Rennes 63, Besançon 71, Rodez 78, Quimper 96, Paris plus de cent, dont 35 prêtres, et Lyon

Le prêtre, homme de paix par vocation. Raison vraie de son héroïsme sur le champ de bataille.

Le prêtre dans le rang suppléant les aumôniers absents : il confesse, il donne l'absolution générale, au moment de l'assaut. — il récite les dernières prières sur les restes de ceux qui ont été tués au feu. — Les tombes militaires.

En présence de tant d'héroïsme une question surgit et se présente vivement à notre esprit.

Par état, Je prêtre est l'homme de la paix. Sa vocation, souvent même son éducation première, quand il sort des petits séminaires, l'écarté de toute lutte ardente, de tout conflit violent. L'appel à la force n'est pas son fait, encore moins l'appel aux armes et l'effusion du sang. Il semble même que si la vocation ecclésiastique doit être exclusive d'une vertu, c'est assurément du courage militaire. Il y a si loin du prêtre, homme de paix, aux tueries sanglantes des batailles ! — C'est en l'état que la guerre éclate à l'improviske. Elle arrache ce prêtre à son église silencieuse, à ses tranquilles offices, à ses catéchismes, à ses pauvres, à ses malades, à ses petits enfants. Brusquement il est jeté dans la fournaise. Et l'on constate que, revêtu de la capote militaire, il est aussi brave au feu que n'importe quel autre Français. Comment, changeant si soudainement et si radicalement de milieu, sa vie se trouvant retournée à fond pour ainsi dire, a-t-il pu se révéler sous les armes ce que nous l'y avons aperçu?

Il n'a ni l'entraînement professionnel des uns, ni le goût de la lutte des autres, ni l'estime admirative de la force de beaucoup. Et cependant, non

seulement il fait son devoir sans défaillance, son devoir entier et sans réserve, mais il fait encore plus que son devoir.

« Un soldat ne fait point assez, quand il ne fait que son devoir », disait le maréchal de Villars.

Au soir d'une affaire des plus chaudes, un caporal de chasseurs se dispose à aller en rampant vers des blessés restés sur le terrain entre les tranchées allemandes et françaises. Son sergent cherche à l'arrêter, en lui montrant combien son entreprise est folle d'imprudence. Le jeune prêtre, c'en était un, persiste dans son projet, arrive jusqu'aux blessés, accomplit son ministère et, en revenant vers sa tranchée, est tué net par une balle.

Vicaire dans une petite ville du diocèse de Lyon, au commencement des hostilités, cet humble caporal avait terminé son dernier prône par ces mots : « Il faut faire plus que son devoir ». Sans le savoir, le jeune prêtre s'était rencontré avec l'illustre vainqueur de Denain et, l'heure venue, il avait héroïquement agi comme il l'avait dit.

Beaucoup l'imitèrent, parce qu'ils pensaient comme lui que l'heure avait sonné où il fallait faire « plus que son devoir ». Et s'ils le pensaient, cela ne fut-il point parce que le prêtre, le vrai prêtre j'entends, est habitué à prendre avant tout le devoir pour règle de sa conduite et à vivre desprit de sacrifice et dans une abnégation de tous les moments? La guerre déclarée, le prêtre n'eut donc qu'à transposer, pour ainsi dire, le leit-motive qu'il exécutait loin du monde pour agir admirablement.

« Mon devoir de sergent ne me sourit pas moins que mon devoir de prêtre, écrivait le 29 mai 1915, l'abbé L. A.,., du diocèse de Nevers. Un sergent doit se rendre compte par lui-même du danger,

avant d'exposer ses hommes. Epargner la vie des hommes qui ne sont peut-être pas en amitié avec Dieu, et s'exposer pour cela soi-même, il n'y a pas de réflexion qui donne plus de courage; et, quand je pars seul en avant, le fusil chargé, tout naturellement ma pensée monte vers Dieu. »

« Mourir jeune, mourir prêtre, en soldat, devant une attaque, en marchant de l'avant, en plein ministère sacerdotal, en donnant peut-être une absolution écrit un autre1, verser son sang, pour l'Eglise, pour la France, pour ses amis, pour la jeunesse française, pour tous ceux qui portent an cœur le même idéal que moi, qu'anime la même foi... et pour les autres aussi, pour que leurs yeux s'ouvrent enfin à la lumière, pour qu'ils connaissent la joie de croire. Ah ! vraiment que c'est beau ! Si je tombe ne me pleurez pas surtout : vous auriez tort. Enviez-moi plutôt et priez, priez beaucoup pour moi. Je m'en irai avec un seul regret, celui d'avoir fait si peu de bien. »

Voilà le mot de l'énigme : la terre est peu de chose pour le vrai prêtre, car le ciel remplit sa pensée. Et c'est pourquoi tant de prêtres, en se maintenant simplement à la hauteur de leur sacerdoce, sacrifièrent allègrement leur vie pour la France, quand Dieu les appella à la défendre. Preuve magnifique qu'un sentiment religieux profond, l'esprit de devoir puisé à la source la plus haute, en un mot le devoir considéré comme une des manifesta^ tions de la volonté de Dieu, c'est de l'héroïsme en puissance pour l'heure du danger.

1. Sous-lieutenant abbé Joseph Guérin, du diocèse de Paris. V

à Sainte-Catherine-lez-Arras. Son capitaine, qui la lui servait, fut

abattu sans connaissance par la déflagration du projectile.

!, qui la u du pr(

Mourant pour leur Dieu et pour leur patrie, les prêtres mouraient contents. Et ils le disaient parfois d'une façon aussi simple qu'émouvante.

Dans une lettre datée du 9 septembre 1914, 5 heures du soir, — trente-cinq heures après sa blessure — lettre qui fut trouvée sur son cadavre, lorsqu'on le ramassa, l'un d'eux, le sergent Guillard, écrivait :

« Mes bons chers tous, quand vous recevrez cette lettre, votre Daudou sera parti au ciel ou bien c'est que des Allemands charitables l'auront ramassé sur le champ de bataille. Hier matin, 9 septembre, vers six heures et demie, par une attention de la très sainte Providence, quand vous étiez à la messe, j'ai été atteint en plein champ de bataille par une balle qui m'a traversé la cuisse, et je suis tombé ; et à l'endroit même je suis encore, car, par une ressemblance très indigne avec mon doux Sauveur Jésus sur la croix, je suis vraiment cloué à ma croix, n'ayant pu bouger ma jambe d'un seul millimètre. Ma blessure me fait à peine souffrir, quand je ne bouge pas, mais je souffre beaucoup de la soif. Mon moral est très bon; je n'ai aucune angoisse. Mon crucifix devant moi, je prie et j'attends la volonté du Bon Dieu. Vous savez qu'avant de partir, j'avais fait le sacrifice de ma vie ; je Fai renouvelé bien des fois depuis hier matin, je le renouvelle encore une fois avec tout ce qui plaira au bon Dieu d'y ajouter ou d'en retrancher.

« Je ne redoute pas la mort, je l'ai vue et je la vois encore de trop près en ce moment ; elle n'a rien d'horrible, puisqu'elle apporte le bonheur.

« Vous-mêmes, je vous en prie, que votre chagrin soit silencieux, résigné et presque joyeux. Ma grande

peine est de vous quitter, mais je sais où vous retrouver bientôt1... »

Détail touchant et certainement bien digne d'être relevé. Une fois blessés, quand, étendus sur la terre, ils ne peuvent plus combattre en soldats, ces vaillants agissent en prêtres : ils réconfortent ceux que la mitraille a renversés comme eux, et le cas échéant, ils les absolvent.

L'adjudant Bessède (Montauban), a été blessé à la jambe. Tandis que, couché sur la terre, il attend que les brancardiers viennent le relever, il confesse et il prépare à la mort plusieurs de ses camarades plus grièvement atteints que lui.

Le caporal Tabarly (Albi), terrassé par une balle, a la poitrine traversée. La blessure est mortelle, il le sent bien. Alors, malgré le flot de sang qui lui monte aux lèvres, il se soulève douloureusement et traçant sur le champ de bataille un signe de croix, il prononce la formule de l'absolution, — la dernière qu'il donnera ici-bas — pour que ceux qui agonisent comme lui sur la terre nue obtiennent le pardon de Dieu.

C'est aussi en absolvant un blessé sous le feu que, le 27 décembre 1914, le caporal Ghalvidan est atteint d'une balle qui, entrant par le côté gauche, lui traverse la poitrine et sort par l'épaule droite. Il tombe mortellement frappé sur le talus. On accourt vers lui pour l'emporter. Mais il pense alors que d'autres camarades vont être fauchés par les balles comme lui-même Ta été et, se souvenant qu'il est le seul prêtre présent sur le terrain, il refuse de se laisser enlever. « Traînez-moi dans la tranchée, dit-il, je vais don-

Page 1