Marcel Dupont. L'altenLe, Plpn-.Nourr &„ 4JH& pp. 44-io
de la herse de projectiles devant laquelle on veut les arrêter et la contre-attaque est repoussée l.
Une gerbe de citations magnifiques. — Mer de Llobet. Mer Turinaz. — Témoignage du Maréchal Pétain.
Que le spectacle d'une pareille bravoure fût de nature à exalter les courages et à élever le moral des hommes, c'est bien évident. Les citations à l'Ordre de l'armée obtenues par certains aumôniers le proclament hautement. Et les mentions sous lesquels y sont inscrits, par exemple, MM. Cabanel, d'Orgeval, Billard, Tenant de la Tour, le Rohellec, Pirot, Malaurie, Vidal, tous chevaliers de la Légion d'honneur, ne laissent pas de doutes à ce sujet2.
1. Il est juste de rappeler que les aumôniers protestants et israélites firent bravement, eux aussi, leur devoir en face de l'ennemi. La conduite pleine de courage du pasteur Panier à Lunéville, au début des hostilités, remplit d'admiration tous les habitants. M. de Richemont, pasteur, dont la bravoure était proverbiale dans tout le corps d'armée colonial, où il était aumônier, se fit héroïquement tuer sur le champ de bataille. M. Bloch, aumônier israélite, attaché à la 58° division, l'y fut aussi et dans des circonstances bien touchantes. Au moment de l'évacuation de Saint-Dié, en 1914, un de nos blessés, le prenant pour un aumônier catholique, lui demanda un crucifix. L'intrépide rabbin courut lui en chercher un. Il venait de le lui faire baiser et il accompagnait un autre blessé jusqu'à la voiture d'ambulance la plus proche, quand il fut mortellement atteint par un obus. C'est par le P. Jamin, jésuite, chevalier de la Légion d'honneur, aumônier au 14° corps d'armée, que l'on apprit les détails de cette fin héroïque.
2. « Cabanel, aumônier... exerce l'action la plus bienfaisante et la plus entraînante par sa foi patriotique. »
« D'Oryeval, aumônier... toujours aux points les plus exposés; il a contribué à maintenir au niveau le plus élevé le moral de la troupe avec laquelle il vit continuellement, en lui inspirant la plus grande admiration. »
« Billard, aumônier... a apporté un précieux réconfort aux blessés. »
« Tenant de la Tour, aumônier*., remplit ses fonctions avec un
Aussi ne faut-il pas s'étonner si ces exemples multipliés de vaillance et de complète abnégation eurent raison des préventions les plus invétérées. Ils finirent par exciter dans bien des cas l'admiration, et non seulement l'admiration, mais aussi la reconnaissance, et avec la reconnaissance l'amour. C'est l'Ordre de l'armée lui-même qui nous en est le garant.
Quelles belles citations notamment que celles-ci: Gas Jules (Bordeaux), aumônier militaire du 2e de marche au 1er étranger, chevalier de la Légion d'honneur, « s'est fait constamment remarquer par l'inlassable dévouement avec lequel il a, en toutes circonstances, prodigué le secours de son ministère aux militaires de tout grade de son régiment. Le 9 mai 1915, il s'est porté en avant en même temps que les troupes d'attaque pour réconforter les mourants, relever et panser les blessés, au mépris du danger, sous un feu violent de mousqueterie, provoquant l'admiration et la reconnaissance de tous. Pendant les jours et les nuits suivants, a constamment accompagné le Service de santé du régiment pour rechercher et soigner les blessés sur un terrain dangereusement battu et rasé par les projec-
zèle inlassable et un héroïsme de tous les jours, sous le feu et le bombardement de nos lignes, où il exalte les courages par son exemple et son mépris absolu du danger. »
« Le Rohellec, aumônier... se rendant constamment sur la ligne de feu et dans les villages bombardés, y a par son exemple contribué à élever et exalter le courage de tous. »
« Pirot, aumônier... d'une bravoure sans égale, exposant sa vie aux endroits les plus dangereux et donnant du moral à tous. »
« Vidal, aumônier... a par la chaleur de sa parole, le patriotisme de ses discours, contribué puissamment à relever le moral des hommes. »
« Malaurie Jean, du groupe des brancardiers de la ... division d infanterie. Ancien combattant de 1870, blessé à Sedan, n'a pas hésite à affronter les fatigues de la guerre, malgré ses soixante et onze ans. et a donné à tous au cours des rudes combats de la région d'Ypres, le plus bel exemple de sang-froid et de courage en prodiguant soui un feu intense ses soins aux blessés. »
tiles et n'a songé au repos qu'après avoir ainsi visité tout le champ de bataille. »
Leblanc Jean-Paul (Bourges), aumônier de la 13e division d'infanterie chevalier de la Légion d'honneur. « Depuis le début de la campagne se prodigue avec un dévouement inlassable dans les ambulances et sur le champ de bataille, ne quitte pas les soldats, les visite chaque jour dans les tranchées et vit au milieu d'eux.
« Avant la bataille il les réconforte et excite leur patriotisme. Pendant la bataille, il ne les quitte pas et on le voit courant sous les balles et les obus pour relever et secourir les blessés. Tous les soldats aiment à voir au milieu d'eux ce jeune prêtre, si bon et si dévoué, dont la présence et les soins les réconfortent. »
Massot Paul, aumônier à la 13e division chevalier de la Légion d'honneur: « Ame d'élite imprégnée de la véritable charité, a su par son dévouement simple et naturel se faire aimer et respecter de tous. »
Henocque Georges (Amiens), aumônier titulaire à une brigade d'infanterie, chevalier de la Légion d'honneur : « Sous un bombardement d'une violence inouïe, mêlé d'obus asphyxiants, s'est porté avec un sublime dévouement au secours de nombreux blessés, les a relevés, mis à l'abri et pansés. Quoique blessé à la tête et au bras, s'est précipité auprès de deux officiers et de six hommes qui venaient d'être ensevelis par l'explosion d'un obus, travaillant de ses mains, entraînant les travailleurs par son admirable exemple, et arrivait après plusieurs heures à sauver an officier et quatre hommes ».
De Saiserey (Autun), aumônier au 101e, chevalier le la Légion d'honneur. Déjà titulaire de sept chapons, ce prêtre vaillant s'en voyait décerner le
17 novembre 1918, une huitième ainsi conçue : « Aumônier volontaire attaché au 101e depuis le début de la guerre. D'un courage et d'un dévouement légendaires au régiment. Toujours aux premières lignes, au petit posle ou avec les vagues d'assaut ; s'est prodigué dans les derniers combats d'Orfeuil (octobre 1918) et de Terron-Voucy (novembre 1918) assistant et secourant les blessés, avec le même esprit de sacrifice, l'ardente charité et la splendide abnégation qui lui ont valu de la part de tous l'affection et la vénération dont il est entouré au régiment ».
Umbricht Charles-Célestin-Ernest (Nancy), aumônier militaire à une division d'infanterie, officier de la Légion d'honneur; titulaire de dix citations, avant-bras gauche amputé : « Incarnant l'admirable modestie, l'héroïque bravoure et le sublime dévouement, a pris part à toutes les attaques du régiment, toujours au premier rang, toujours au poste le plus périlleux, excitant par sa présence l'ardeur des combattants, prodiguant ses secours aux blessés et, la nuit, ensevelissant les morts.
« Le 4 septembre 1916, est parti avec la première vague d'assaut, près du drapeau du régiment qu'il a accompagné jusqu'à l'objectif final, symbolisant avec lui aux yeux de tous : Dieu et la France. »
Trop magnifiques aussi pour que nous ne les citions pas en leur entier les témoignages rendus par nos généraux à Msr Léon Durand, évêque auxiliaire de Marseille, à Msr de Llobet, évêque de Gap, et à Msr Ruch, coadjuteur de Mer de Nancy, aujourd'hui évêque de Strasgourg :
L'abbé Léon Durand, « Aumônier catholiqne volontaire du G. B. G. du 6e corps d'armée, s'est particulièrement distingué en assurant jusque dans les premières lignes son service spécial et en coopérant à
la relève des blessés en Champagne, à Verdun et sur la Somme. »
De Llobet Gabriel, évoque de Gap : « Aumônier d'une activité et d'un zèle inlassables, s'est rapidement imposé par ses hautes vertus et son dévouement sans bornes, parcourant constamment sans souci de la fatigue ni du danger les tranchées de première ligne, pour apporter aux soldats, avec le secours de son ministère, le réconfort de sa parole ardente. S'est tout particulièrement dépensé de février à juin 1917, dans le secteur des Eparges. »
Une quinzaine de mois plus tard, en septembre 1918, M"1 de Llobet, qui comptait alors comme aumônier à la division Monroë (69e division), fut nommé chevalier de la Légion d'honneur, après s'être particulièrement distingué à l'affaire de Vauxrot. Et voici en quels termes superbes était libellée la citation qui accompagna cette nomination :
« Aumônier d'une bravoure au-dessus de tout éloge. Pendant les récentes batailles s'est dépensé sans compter chaque jour pour assister en première ligne les combattants.
« Le 28 août 1918, a pris part au passage d'une rivière, avec les compagnies de tête sous le feu des mitrailleuses.
« Le 30 août, a pénétré le premier dans une localité que venaient d'évacuer les Allemands, a réalisé une première liaison entre deux bataillons isolés et a fait seul des prisonniers.
« Vivant modèle d'héroïsme, enthousiasme les troupes par son splendide exemple. Avait déjà fait preuve des mêmes qualités d'énergie et de dévouement au cours des journées des 9, 10 et 11 juin devant Gompiègne. »
Quant à Mgr Ruch, coadjuteur de M81' Turinaz et
aujourd'hui évèque de Strasbourg, sa nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur fut motivée de la façon suivante :
« M81 Ruch, aumônier, s'effaçant malgré son éminente dignité dans une situation modeste, fait preuve d'une activité et d'un dévouement inlassables.
« Depuis le commencement de la guerre et, notamment dans les derniers combats, la visite des tranchées, la recherche des blessés sur la ligne de feu, les veilles dans les ambulances, son calme courage, lui ont acquis l'affection respectueuse de tous. Prêtre-soldat et prêtre nancéen, il incarne parmi les troupes du corps d'armée la vivante représentation de la foi des apôtres et de la foi patriotique lorraine. * »
C'était en Champagne, quelque temps après l'offensive de septembre 1915. Le président de la République, accompagné du ministre de la Guerre, était venu sur le front pour féliciter les troupes et pour apporter au général de Castelnau la Grand croix de la Lésion d'honneur. La revue de l'armée terminée, il avait groupé à sa table les officiers généraux. Vers la fin du dîner, alors que les conversations roulaient leur train, une voix mâle s'éleva qui, très simplement, mais en trois ou quatre phrases militairement martelées, rendit un splendide hommage aux aumôniers, hommage non seulement pour le magnifique dévouement avec lequel ils remplissaient leur haute mission auprès des hommes, mais encore pour les exemples superbes de bravoure, de calme et de sang-froid, qu'ils leur donnaient sous les balles et sous les obus.
Celui qui parlait ainsi avait qualité pour le faire. Il était bon juge en la matière : c'était le général Pétain.