‹ En ligneChapitre 49 sur 77 · M. Jean Domin, dans la Croix · texte numérisé non relu

M. Jean Domin, dans la Croix

372 l'église de frange pendant la guerre

leurs maisons, leurs modestes ressources et surtout leurs cœurs. Les régiments des Dardanelles arrivaient à Salonique épuisés par les fatigues et le climat. Aussi plus de six cents malades, après huit jours, étaient-ils pressés dans le local devenu subiment trop restreint et, le 18 octobre, l'hôpital improvisé en comptait plus de sept cents.

« Pendant ces jours difficiles, aidées de quelques soldats d'une ambulance, les religieuses de Saint- Vincent de Paul multiplièrent leur présence et leur dévouement sur tous les points de l'hôpital...

« Ah ! comme les Français furent heureux, en arrivant sur le sol incertain de la Grèce, d'y rencontrer cette oasis française : « A Zeitenlik, chez les Pères français ! » C'était le mot de ralliement : les malades venaient à Zeitenlik, les états majors des divisions de campagne se réfugiaient à Zeitenlik... Dans la nuit grecque, rendue plus opaque par la chute de Venizelos, une petite étoile scintillait aux couleurs de la France : c'était Zeitenlik,... et le bon Supérieur, autrefois aumônier militaire sur la terre africaine, ne pouvait ni cacher son émotion, ni retenir ses larmes, quand il nous disait, en des accents que je n'oublierai jamais : « Ah ! les Français, nous les aimons ici ! Nous sommes Français, nous aussi ! »

« Qu'il me soit permis de m'incliner devant ces Français et ces Françaises de Zeitenlik qui ont donné à la France en ces circonstances, les témoignages les plus éclatants, les plus sincères et les plus touchants qu'un homme puisse donner à sa patrie : ils ont d'abord, au milieu des Grecs dont on ignorait l'attitude future, hissé fièrement le drapeau français; ils ont offert ce qu'ils avaient : leurs locaux, leurs mobiliers ; ils se sont donnés eux-mêmes, par un dévouement de tous les instants... Et si des Français

n'avaient pas possédé ces maisons et ces campagnes, nos pauvres soldats, par centaines, n'auraient pas trouvé une cabane pour abriter leurs corps exténués et malades. Mais ils élaient là, comme ils étaient à Beyrouth, à Constantinople, semant la langue de notre France et faisant aimer notre chère patrie.

« El voilà pourquoi, quand j'évoque ces souvenirs, quand je redis ce nom « Zeitenlik » un seul mot fait écho, mais qui dit tout : « France ! » *

En descendant l'escalier en ruine de l'observatoire ou, comme il l'a appelé lui-même, du « pigeonnier » de son moine-guerrier à P..., M. Emile Verdervelde s'écriait : « La Belgique d'hier est morte. Vive la Belgique de demain ». Ne pouvons-nous pas nous écrier à notre tour et pour des raisons analogues à celles du leader socialiste belge : « La France d'hier est morte, espérons-le du moins ! Et vive la France de demain ! »

1. Le R. P. Lobry, Supérieur de Zeitenlik, reçut à la fin de la guerre la rosette d'officier de la Légion d'honneur.

Page 1