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Voici le texte de cette dernière citation

« 4e armée. Abbé Soury-Lavergne, aumônier. Depuis le mois de janvier, n'a cessé de donner dans les tranchées des preuves d'un froid courage, d'un dévouement à toute épreuve et du patriotisme le plus éclairé. En dernier lieu, au cours des affaires des 9, 10 et I 4 4 juin, est resté sur la ligne de feu pour encourager les combattants de ses bonnes paroles et pour secourir les moribonds, a transporté sur son dos les blessés jusqu'au poste de secours le plus voisin. Est devenu populaire dans la 61" brigade, où il fait l'admiration de tous. Le général commandant la 4e armée, de Langle de Carrv. »

le feu en Belgique, en Artois et en Champagne. A Beauséjour, le tympan perforé, il avait été, en outre, blessé à la tête et à la hanche, mais il était resté en ligne cependant. Un mois après, le 28 août 1915, emporté évanoui et à moitié asphyxié d'une galerie de mines, d'où il retirait des sapeurs du génie, il avait dès le surlendemain repris son service. Maintes fois, on l'avait vu rapporter morts et blessés sur son dos, à travers le dédale fangeux des tranchées. « Pendant tout le temps que je l'ai connu, écrivait son colonel à son père, je n'ai jamais vu une mine sauter, une attaque se produire, sans trouver immédiatement au premier rang l'aumônier Soury-Lavergne. Combien de soldats n'a-t-il pas secourus ? Combien n'en a-t-il pas déterrés que des explosions avaient ensevelis ! »

Le danger semblait fasciner le P. Soury-Lavergne. Il y courait comme d'instinct. Le 28 septembre 1915, devant Tahure, il y vola, à son ordinaire. Blessé une première fois à la tête, il consentit à se rendre au poste de secours. Mais là, quelques instances qu'ils lui en fissent, ni le médecin, ni l'aumônier, ne purent le décider à se laisser évacuer. La tête bandée, il venait de se porter au secours d'artilleurs frappés, quand un obus de gros calibre, lui brisant la jambe gauche, la déchiqueta tellement qu'elle ne tenait plus que par quelques lambeaux sanguinolents. Malgré l'acuité de la souffrance, le P. Soury-Lavergne eut l'énergie de se poser lui-même un garrot pour arrêter le sang. Mais l'hémorragie avait été trop abondante. Il n'eut pas la force de supporter l'amputation, et, dix jours plus lard, après avoir reçu la croix de la Légion d'honneur sur son lit d'ambulance, il expira doucement à Somme-Tourbe. Son nom fut officiellement donné à un des systèmes de

défense établis devant Tahure, tant le souvenir qu'il laissa après lui était profond !

Gomme le P. Soury-Lavergne, le P. de Daran appartenait à la Mission de Madagascar. Sergent au 3e colonial, il fut d'abord mobilisé sur place à Tananarive. Renvoyé en France, il y resta quelques mois seulement et il s'embarqua à destination de Salonique, avec une partie de son régiment. Le 26 février 1916, trois jours à peine après le départ de Toulon, un sous-marin allemand torpilla la Provence II sur laquelle il naviguait. Aussitôt les mesures nécessaires furent prises, car la mer était radieusement calme. On mit les canots à la mer: on y jeta les radeaux préparés d'avance et les hommes passèrent leur ceinture de sauvetage. Mais, dans le désarroi qui marque toujours plus ou moins de pareilles heures, un certain nombre de soldats ne trouvaient point les leurs. Aussi simplement que s'il se fût agi d'un acte sans importance, le P. de Daran dégraffa alors sa propre ceinture et il la tendit à un petit colonial affolé. Puis, s'étant ainsi condamné à mort par charité, toujours calme, il fit le iour du pont, donnant à ceux avec lesquels il allait mourir l'absolution générale. Beaucoup de ses camarades rescapés, — le capitaine Marchai entr'autres, — l'aperçurent la renouvelant une dernière fois sur les grappes de coloniaux suspendus aux flancs du navire, quand la Provence se dressant presque perpendiculairement sur la vaste nappe bleue, toute scintillante au soleil, sombra tragiquement par l'arrière, tandis que des embarcations et des radeaux bondés de soldats, — adieu suprême à leurs malheureux camarades, — un immense cri d'horreur s'élevait !

Habitués aux privations les plus dures, rompus à

la fatigue, les missionnaires étaient un peu préparés à faire campagne et à braver le danger. Ils y étaient disposés aussi, dans une certaine mesure, les religieux qui, peu importe leurs charges ou leurs emplois antérieurs, vivaient sous la règle depuis des années déjà. L'exacte discipline dont ils avaient l'habitude, la fidélité à une règle qui contrarie souvent les impulsions naturelles, l'exercice de la maîtrise sur soimême que cette fidélité implique, une vue plus haute de la véritable source du devoir et, comme conséquence, une persuasion plus profonde de l'obligation qui incombe au religieux de l'accomplir parfaitement, devaient les prédisposer à « avoir du cran » à l'heure voulue. c< Avoir du cran », jolie expression mise en honneur durant la guerre, orgueil légitime de tous ceux à qui les camarades ou les chefs l'appliquaient.

Mais les jeunes religieux qui débutaient à peine dans leur nouvelle vie, ceux que la guerre avait arrachés à l'existence paisible, sans rides ni remous, du noviciat, ils n'avaient pas eu le temps encore de constituer au fond d'eux-mêmes cette latente réserve d'énergie. Leurs traits doux et modestes n'avaient rien de belliqueux, et pourtant, comme tant d'autres dont la guerre haussa les âmes et grandit les cœurs, au feu ils se révélèrent pour la plupart des hommes de vrai courage et quelques-uns même des héros I I

Ce qui domina leur vie sous les armes, quand on parcourt leurs lettres on ne peut pas s'y tromper, c'est la pensée du devoir. Le devoir, c'est-à-dire, non pas quelque chose de vague et de nébuleux, mais

1. Vingt-trois novices jésuites furent tués pendant la guerre. Parmi eut se trouvaient l'enseigne de vaisseau Phil. de Blic, le lieutenant Chabord et le sous-lieutenant Boutin, tous trois chevaliers de la Légion d'honneur.

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ce que Dieu veut qu'ils fassent et ce que dès lors ils doivent coûte que coûte accomplir. — Aussi, après le nom de Dieu et le nom de la France, l'un des mots qui reviennent le plus souvent sous leur plume, comme du reste sous celle de leurs aînés dans la vie religieuse, c'est le Devoir : « Tout au devoir ». — « Le devoir avant tout ». — « C'est le devoir ». — « Je ferai mon devoir. »

Blessés grièvement, frappés à mort, la pensée du devoir accompli leur revient de nouveau à l'esprit, les citations à l'Ordre l'ont relevé plusieurs fois. Et ils meurent en disant comme le P. Rameau, aumônier, chevalier de la Légion d'honneur, qu'on ramasse, criblé d'éclats d'obus : « Je faisais mon devoir, donc tout va bien », — ou comme le P. Veuillot, petit-fils d'Eugène, dont les deux jambes viennent d'être emportées par un projectile : « J'ai fait mon devoir, je suis content. Vive la France ! »

L'accomplissement du devoir exige parfois le sacrifice de la vie. Us le savent. Et, par avance, ils contemplent la mort sans émoi. Ils s'y préparent. Quand elle viendra, elle ne les prendra pas au dépourvu. La nuit qui précéda le matin où une balle lui troua le front, l'adjudant Deslandes, médaillé militaire, sachant qu'il devait être d'attaque le lendemain, se relira un peu à l'écart dans le bois où étaient creusées les tranchées, avec deux autres soldats, Jésuites comme lui. Et, dans le silence profond qui régnait sous les ramures, aux rayons de la lune, — vraiment, ne serait-ce pas une scène à peindre? — tous trois renouvelèrent leurs vœux de religion devant leur Crucifix.

Quelques mois auparavant, étendu sur la terre, la poitrine perforée de part en part, le même P. Deslandes s'était fait remettre par un camarade ce même

Crucifix et il s'était préparé à mourir. « Je n'eus pas de peine à faire mon sacrifice, écrivait-il plus tard de l'ambulance, car ce qui m'arrivait, je l'avais souvent prévu, en faisant ma méditation quotidienne. Et j'étais parvenu à dégager de l'appareil brutal du champ de bataille l'appel plus doux de Notre-Seigneur. »

C'est parce qu'ils étaient parvenus, eux aussi, à « dégager de l'appareil brutal du champ de bataille, l'appel plus doux de Notre-Seigneur » que tant d'autres Jésuites firent si simplement le sacrifice suprême de leurs jours.

« Je suis prêt à donner ma vie, si le Bon Dieu le veut», dit le sergent Bern. de Vrégille. « Je mourrai content, quand le Bon Dieu voudra », note sur son carnet un humble Frère, le soldat Balbous. — « Si le Bon Dieu veut m'appeler à Lui, Deo gratias », dit de même le sergent Gai lier. « Ce matin, à la Communion, je me suis préparé au grand passage, écrit le lieutenant André de Gaillard-Bancel. Si vous saviez la joie qui m'emplit l'âme, quand j'y songe ». A son tour, le sous-lieutenant Lansard : « D'ici peu, nous aurons encore un coup de chien à donner. Ce sera sanglant. A la garde de Dieu. Je reste pleinement et joyeusement prêt à tout. » Et le P. Martin de la Rouvière, le 15 décembre 1915, sur son lit d'ambulance : « Pour la France et pour Dieu... Je meurs content ! »

Aussi, lorsque la mort se présente ils l'accueillent sans trouble « pour Dieu, pour la France, pour l'Eglise », formule qu'ils semblent tous particulièrement affectionner. Quelques-uns vont même plus loin encore et, comme le sergent Hastey, ils disent un dernier sourire sur leurs lèvres exsangues : « Je meurs en chantant » l.

1. Le P. Galtier fut tué le 19 août 1914, le P. Hastey, le 26 octobre 1914 ;le P. de Vrégille, le 2fc novembre 1914 ; le P. de Gail-

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Les Jésuites aumôniers. — Tombés à l'ennemi. — Confiance et affection des hommes. — « En v'iàun Évêque ! ». — Le Père aumônier au feu.

C'est qu'une grande espérance, l'espérance chrétienne, soutenait les Jésuites au feu, comme elle y soutenait les religieux, les prêtres, les catholiques en compagnie desquels fraternellement ils combattaient. Et cette espérance, sur le champ de bataille, elle pouvait se traduire ainsi : « Le pire est le mieux ! car la mort, c'est la vie, et le corps étendu dans une petite flaque de sang, c'est l'âme au ciel ou à la porte du ciel au moins. »

Bien qu'il eût fait toute la campagne et qu'il y eût été blessé, le Jésuite qui écrivait ces lignes, fut épargné parla mort. Mais combien de ses frères en religion, qui portaient comme lui, le brassard blanc à croix rouge et la Croix d'aumônier, furent abattus par elle au cours de la guerre !

Le premier en date qu'elle terrassa, le P. Véron, aumônier de l'OEuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, ne mourut pas sous les balles, mais il n'en tomba pas moins victime des Allemands. Aumônier i au 2e corps, il fut fait prisonnier, le 3 septembre 1914, à Crépy-en-Valois. On le mit à la suite d'une colonne, en compagnie de quelques otages et d'un certain nombre d'autres prisonniers, — et son martyre commença. Traîné pendant plusieurs jours par les grands chemins, contraint de porter tantôt les

hard-Baucel, le 12 décembre 1914 ; le F. Balbous, fin septembre 1915; le P. Lansard le 4 décembre 191,6.

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sacs et tantôt les capotes de ses gardiens, ne recevant pour toute nourriture que quelques misérables pommes, il fut en outre abreuvé d'outrages et de mauvais traitements. « Pastor catholicus », lui disaient en ricanant ses bourreaux, et ils le frappaient lâchement à coups de poing, à coups de pied, à coups de crosse de fusil.

Le 7 au soir, absolument épuisé, le visage ensanglanté par la pointe d'une baïonnette, le P. Véron s'effondra sur la route : la victime était incapable d'aller plus loin. On le chargea sur un fourgon qui passait, il le fallait bien ! Mais, arrivé à l'étape, on le jeta simplement sur un des tas de pierres du chemin. On l'y aurait laissé mourir comme un chien, car déjà il agonisait, si, horrifiés, ses compagnons d'infortune n'avaient énergiquement réclamé contre tant de barbarie. Devant leurs généreuses et véhémentes protestations, on daigna faire transporter le mourant dans une maison voisine, déjà remplie de soldats avinés. C'est là, au milieu de leurs chansons bachiques, assisté par l'abbé Sueur, — heureusement délivré quelques jours plus tard par les Anglais, — que le P. Véron vit finir son calvaire et qu'il rendit le dernier soupir.

Exception faite du P. Véron et du P. Aucler, directeur de la Conférence Olivaint à Paris, qui mourut épuisé par six mois de campagne le 23 février 1915, à l'hôpital militaire de Rouen, tous les Jésuites aumôniers, qui disparurent pendant la guerre, tombèrent sur le champ de bataille et au milieu des troupiers.

Pour être fixé sur la valeur du P. Vitrant, blessé dès le mois d'août 1914, deux fois cité à l'Ordre de l'armée, et chevalier de la Légion d'honneur il suffit de lire la dernière de ses citations : « Ame de soldat sous la robe de prêtre, est parti à

l'assaut du 25 septembre 1915, au centre de la première vague, sur la ligne des officiers ; est tombé glorieusement, en atteignant les défenses accessoires de l'ennemi, à travers lesquelles, dans un geste de bénédiction, il semblait guider les assaillants. »

Le P. Burgaud, clievalier de la Légion d'honneur, fut tué à Souain « en allant spontanément et sous un bombardement très violent, vers un régiment de première ligne particulièrement éprouvé »\ Lorsque, trois jours après on retrouva son cadavre, on constata qu'un éclat d'obus avait tordu son crucifix et que d'autres avaient haché sur sa poitrine la formule de ses vœux écrite de sa main. Mais la Sainte Réserve n'avait pas été touchée. Gomme cela était arrivé pour le P. Fournier, elle reposait intacte sur son cœur.

Quelques jours après, à Avocourt, près de Verdun, tomba le P. Cascua. Lui aussi, il s'était spontanément joint aux troupes d'assaut. 11 administrait un blessé dans un trou d'obus, sous le crissement aigrelet des balles d'une mitrailleuse, quand il fut frappé à la tête. Vraie mort de prêtre-soldat : une balle au front en plein champ de bataille, en confessant un blessé2.

C'est dans la même région, au Mort-Homme, que, le 5 mai 1916, le P. Raymond, médaillé militaire, fut écrasé par un obus. Sa citation le signale comme un « modèle de bravoure, de dévouement et d'abnégation ».

Quatre fois cité à l'Ordre — dont trois à celui de l'Armée, — le P. Yves Gauthier portait le

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