‹ En ligneChapitre 53 sur 77 · Citation à l'Ordre, signée : général Gouraud · texte numérisé non relu

Citation à l'Ordre, signée : général Gouraud

2. Le P. Cascua avait été cité deux fois à l'Ordre du jour. Novice encore quand il fut tué, il avait conquis, avant son entrée en religion, avec le diplôme de docteur en théologie le diplôme de Docteur es sciences bibliques, si rare encore et si justement envié.

398 l'église de frange pendant la guerre

ruban rouge sur sa soutane. Il montra à Fleurysous-Douaumont combien il en était digne. Un groupe de blessés était resté sur le terrain. On le lui signala. Immédiatement, il s'élança à leur secours, malgré un tir de barrage des plus violents. Il n'en put pas franchir le rideau de fer impitoyable et, au témoignage d'un homme, il fut comme « émietté » par un obus. C'était, d'après une de ses citations, un « aumônier d'un inlassable dévouement, d'une bravoure et d'une audace à donner en exemple » et, d'après une seconde, un « aumônier militaire d'un allant et d'un courage au-dessus de tout éloge, constamment en première ligne, se riant du danger et, par sa présence, communiquant à tous un réconfort des plus précieux » l.

Toujours sous Douaumont, — tant d'hommes de toutes armes, hélas ! y tombèrent, — mais deux mois après la mort du P. Gauthier, le P. Constant, le 24 octobre 19 s 6, est dans la parallèle de départ d'un bataillon de chasseurs. Sa division n'est pas d'attaque, mais il est venu quand même a dans l'espoir d'être utile ». De fait, lorsqu'au milieu de l'effroyable vacarme, le commandement « Baïonnette au canon » a retenti, il saute hors de la tranchée. Debout sur le parapet, il bénit les vagues qui s'élancent, dit un des officiers qui prirent part à l'action... Puis, calme, il soigne les blessés, il administre les mourants, méprisant les obus, qui le couvrent de terre à chaque instant. « Le lendemain soir, après deux jours passés

1. Dans une lettre particulière, le colonel K... du 115° d'infanterie, rendait au P. Gauthier ce bel hommage : « J'avais pour l'abbé Gauthier la plus profonde estime. Il vivait constamment avec moi... Il devait être assez frappant de voïf quelle intimité de vues et de pensées existait entre l'abbé Gauthier, aumônier volontaire au lia', et son colonel, de religion protestante. Mais, combattant et profondément chrétien, j'admirais sa grandeur d'àme et son esprit de sacrifice. Tous, au régiment, l'ont pleuré. »

sans sommeil, alors qu'il aurait pu regagner sa division et, en s'éloignant, se mettre à l'abri du danger, il reste, entre dans un abri pour y prendre quelques instants de repos et il y est enseveli par un 210 » \

Le soir de la Toussaint 1916, le lieutenant-colonel du 30e d'artillerie faisait porter à la décision la communication suivante : « Le lieutenant-colonel fait connaître au régiment que son aumônier, M. l'abbé Gaillaud, vient d'être grièvement blessé, ce matin, de deux éclats d'obus, au moment où il se rendait au 3e groupe pour y exercer son ministère. M. l'aumônier Caillaud vient de recevoir la médaille militaire. Déjà blessé une première fois en 1914 sur la Marne, comme sergent d'infanterie, il avait été réformé et, ne pouvant plus servir dans le rang, il avait tenu à revenir sur le front comme aumônier volontaire. Il a partagé notre existence depuis le mois d'avril 1915. Il était devenu l'un des nôtres et et il avait su conquérir la sympathie, l'estime et le respect de tous. Depuis l'arrivée du régiment sur sa position actuelle, il avait fait preuve d'un inlassable dévouement aux batteries de tir qu'il n'a pas quittées depuis vingt-quatre jours. Assistant les blessés, ensevelissant les morts des combats précédents, se portant partout où son ministère l'appelait, sans se préoccuper des bombardements qui barraient sa route, il a été frappé en soldat dans l'accomplisse-

ent de son devoir. Le lieutenant-colonel est sûr d'être l'interprète du régiment en adressant à M. l'aumônier Gaillaud, en même temps que ses vœux de ^uérison, l'expression de la sympathie de tous ses amarades du 30e d'artillerie. »

Les souhaits si touchants que le chef direct du

1. Le P. Constant fut cité à l'Ordre de sa division, — la 9e — après a mort.

400 l'église de france pendant la guerre

P. Caillaud lui adressait au nom de tous ne devaient pas se réaliser. Les blessures étaient trop graves — l'une d'elles avait mis complètement à nu tous les os de la région lombaire — pour qu'une guérison fut possible. Trois jours après les avoir reçues, le P. Caillaud expirait. Et, soulignant ce qu'il avait déjà dit à la décision, son colonel écrivait le surlendemain : « Le P. Caillaud avait conquis droit de cité apostolique par l'ardeur de ses convictions patriotiques et par sa piété... Au feu, surmenés de jour et de nuit, nous n'avons pas pu entourer son cercueil comme nous aurions désiré le faire. Mais son véritable deuil, nous le portons dans nos cœurs ».

Quel éloquent témoignage qu'un témoignage pareil ! Non moins beau, non moins prenant est celui que le commandant du groupe d'artillerie auquel appartenait le P. Rose lui rendit quelques jours après sa mort. Les lettres de ce genre constituent des documents qu'on ne peut pas récuser. Ecrites à la hâte, au front et parfois presque sous le vent des obus, on sent en effet que c'est la vérité elle-même qui y parle, simplement, sans apprêts, ni fioritures, mais avec quelle sincère, avec quelle poignante émotion !

« M. Rose, écrit donc l'officier supérieur dont je viens de parler, était un homme d'un dévouement à toute épreuve et d'un parfait mépris du danger... Je l'ai vu courir du matin au soir, dans la boue des tranchées par tous les temps, quoique d'une santé assez délicate. M. Rose m'était un ami personnel.. C'était un saint prêtre et le vrai type de l'homme cœur, du chevalier chrétien sans peur et sans reproche. Il est mort en secourant les blessés. 4 septembre 1916, atteint d'une balle au bras en soignant un blessé, il n'avait pas voulu être évacué.

Le 5, il a trouvé une mort glorieuse, en ramenant des blessés tombés sur la plaine. Il en avait ramené trois déjà et il allait en chercher un quatrième, quand il est tombé tué net d'une balle au flanc tirée d'un blockaus de mitrailleuse... Plusieurs fois, il m'avait confié qu'il serait heureux de tomber au champ d'honneur dans l'accomplissement d'une mission de charité et de bonté. Dieu a exaucé son souhait. L'abbé Rose est mort en héros, face à l'ennemi, en un jour de victoire. »

Un chasseur alpin a raconté que, lorsque le commandant du bataillon apprit la mort du P. Louis Chaine, son aumônier, médaillé militaire, emporté par la gangrène gazeuse consécutive à une blessure grave à la cuisse, il prit sa tête entre les mains et en silence il se mit à pleurer. Quelques jours après, le général Fayolle déclarait dans l'Ordre de la 6° armée, où il le portait, que le P. Chaine « n'avait pas cessé de faire l'admiration de tous par son dévouement et son mépris du danger ». Brève citation, mais dont la concision militaire soulignait l'éloquence du muet témoignage rendu à l'humble religieux par les larmes de son commandant.

C'est aussi dans une ambulance, à Saint-Etienne,

ue mourut le P. Rameau, chevalier de la Légion

d'honneur. « Aumônier volontaire depuis le début

e la campagne, prisonnier pendant dix mois en

llemagne, à peine rentré de captivité il demanda à

etourner au front. » On l'y envoya comme aumônier

le la 125e division. Il s'y fit « remarquer par son

rdent dévouement et par son crâne esprit de sacri-

ice ». Tandis qu'il s'élançait au secours d'une de

es batteries très marmitée depuis la veille, il reçut

inq éclats d'obus : un à la tête, deux au bras et

|Jleux dans la région du genou. Une amputation de

la jambe gauche s'en suivit, qui, après de douloureuses souffrances, le conduisit au tombeau.

A Coegel, au milieu de la boucle de la Cerna, dans le cimetière de l'ambulance alpine, une humble croix se dresse parmi de nombreuses autres croix. En tout semblable à celles qui l'entourent, rien ne l'en distingue, si ce n'est une grande couronne qu'on y a suspendue en sautoir. Sur cette couronne se détache l'inscription suivante : « Au P. Lenoir, aumônier militaire, ses enfants du 4e colonial » l.

Ses enfants du 4° colonial, mots bien simples, mais comme ils en disent long î Ils indiquent dans leur simplicité l'affection, confiante et respectueuse à la fois, l'affection filiale, dont au régiment on entourait « l'aumônier héroïque », ainsi qu'on l'avait surnommé dans toute la division.

Cette affection, le P. Louis Lenoir l'avait largement méritée. Parti le premier jour de la guerre, il avait suivi les grands remous de l'armée française. Il se trouve en Belgique ; il rentre en France après Charleroi ; il est présent sur la Marne, où il reçoit sa première blessure. Il va ensuite en Alsace. Puis c'est la Somme qui le voit au feu. xAprès la Somme, il fait Verdun. Sur tous ces champs de bataille successifs, son inlassable bravoure est telle que trois fois il est porté à l'Ordre de l'armée, parce que partout il s'est montré « sans défaillir, de nuit comme de jour, au milieu des combats comme au repos, un modèle d'abnégation, de dévouement et d'ardeur patriotique ». — Blessé de nouveau et très gravement, il reçoit le ruban rouge des mains du général Gouraud pour la manière dont « depuis le

Page 1