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Discours au banquet du Sénat, le 20 janvier

« l'Empereur et Roi », comme le signalaient de pompeux télégrammes, les Allemands ne s'empareraient pas de « la plus puissante forteresse du plus puissant ennemi » ; — ils ne « disloqueraient » pas l'armée française ; — ils n'inscriraient pas un « nouveau Sedan » dans leurs annales. Bien au contraire, car, lentement sans doute, mais déjà était en marche lô jour où le Sedan-Tag, si pompeusement célébré pendant quarante-huit ans, comme un anniversaire triomphal, de Kœnigsberg à Carlsruhe, serait aboli. En un mot, les Allemands n'entreraient pas le 15 mars à Paris, ainsi que dans leur morgue hautaine, ils s'en étaient arrogamment vantés et ils ne hisseraient pas sur In tour Eiffel ce gigantesque drapeau de 400 mètres carrés que, suivant Von Kluck, le Kaiser ambitionnait d'y faire arborer.

Mais si Castelnau avait paré au danger de la surprise, — qui aurait pu être fatale, — la menace n'en restait pas moins; et elle demeurait formidable, tant étaient nombreuses et abondamment munies de canons de tous calibres les armées que l'ennemi avait ramassées sur cette partie du front.

C'est cette menace que devaient faire disparaître Pétain d'abord, Nivelle ensuite. Alors commença, pour durer des mois qui semblaient interminablement se dérouler et qui aujourd'hui, considérés à bonne distance et avec le recul nécessaire, nous apparaissent dorés d'une gloire impérissable, cette bataille épique qui concentra sur elle l'attention haletante, non pas seulement de la France, mais du monde civilisé tout entier. Des noms surgirent de nouveau, désormais ineffaçables, eux aussi, de toute mémoire française, Souville, Douaumont, Vaux, Thiaumont, Damloup, Fleury, Avocourt, Cumières, le Mort-Homme Cette fois, la gerbe funèbre fut

plus nombreuse que dans aucune des batailles précédentes. Car 24 religieux de la Compagnie de Jésus empourprèrent successivement de leur sang les Hauts de Meuse et les diverses autres positions autour de Verdun : 5 aumôniers, les PP. Cascua, Y. -M. Gauthier, chevalier de la Légion d'honneur, Raymond, Constant et Caillaud, médaillés militaires tous les trois; 3 officiers, le capitaine Durouchoux, les sous-lieutenants Pautrel, Ferrand et 16 aspirants, sous-officiers, caporaux ou soldats, les PP. Guyomard, Louis Mairey, Gérard, Freed, Paul de Fraguier, JacquesPoisson,Osty, Lamothe, Gary, Ch. Neyrand, Jeanvrin, de la Perraudière, Hardoin-Duparc et Deltour, — ces quatre derniers décorés de la médaille militaire.

Durant cette longue période, l'incendie s'était rallumé sur la Somme, ou pour mieux dire, afin de ne pas laisser au Kronprinz le champ libre devant Verdun, on l'y avait rallumé avec beaucoup d'opportunité. La mitraille allemande y fit de nouvelles victimes ; et, sur cette partie du front où, peu à peu, les armées britanniques prenaient la place des nôtres, sur les rives de cette Somme, dont le correspondant de guerre du Berline?' Tageblatt écrivait, fin mars 1917: « Aucune rivière n'est si rouge de sang, aucune si débordante de larmes », furent tués les PP. Hutin de Dillon, Josson, Rose (aumônier), Hovelaque, lieutenant Chabord, chevalier de la Légion d'honneur, L. Chaîne (aumônier), Jacques Poisson et Ant. Poisson, son frère.

Une troisième fois, serait-ce la dernière? hélas, pas encore ! — l'hiver passa sur les malheureux départements qui constituaient depuis tant de mois la France prisonnière ; et, à la faveur de ses brumes glacées, les horreurs sublimes des effroyables bou-

chéries de la Somme et de Verdun se calmèrent quelque peu. Non pas certes qu'il ne tombât plus de victimes, — car c'est alors que furent tués les PP. Duhen, lieutenant, chevalier de la Légion d'honneur, Lansard, sous-lieutenant, Perrotin et Gaime, — mais du moins la mort, comme un faucheur dont le bras serait un peu las, ne procédait-elle plus par si larges fauchées...

Soudain, à la mi-mars 1917, les obus se reprennent à éclater sur ces plaines de l'Artois qui semblaient paresseusement somnoler. Vingt jours après, quand les premières fleurs d'avril s'entr'ouvrent, les canons français recommencent à leur tour à labourer les terres de Champagne et à les ensemencer d'acier; tous les canons, les vieux canons minables qui, depuis vingt, trente mois, ont usé leurs âmes à cracher infatigablement la mitraille, et les canons flambant neufs, qui arrivent tout droit de la fonderie, qui ne savent pas encore ce que c'est que la bataille et ce que les canons deviennent au l'eu... Et ce déluge apocalyptique de fer et de feu qui inonde toutes ces régions si douloureusement meurtries depuis trente mois, c'est l'offensive anglo-française qui commence. Ne sera-ce pas la poussée irrésistible, on l'espère tant ! qui va lentement bouter hors des campagnes de France les Allemands?

A quel prix fut achetée cette, première victoire, on s'en souvient, et, — il faut le croire, — aucun Français ne l'oubliera jamais... Les villes et les villages méthodiquement pillés d'abord, incendiés ou dynamités ensuite « par des régiments d'assassins qui y déshonorèrent pour jamais leurs drapeaux i » ; les meubles, les vêtements, le linge, cyniquement embal-

1. XII. Rapport de la commission d'enquête française, à propos des crimes allemands dans le bassin de Briey et de Longwy.

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lés et envoyés en Allemagne, ou quand cet envoi n'était pas possible, implacablement brûlés sur place ; les puits criminellement empoisonnés ou détruits ; les carrefours des routes éventrés à la mine: les arbres fruitiers systématiquement arrachés, décortiqués ou coupés à deux ou trois pieds du sol, les instruments aratoires emportés ou brisés1.

A ces ruines inouïes depuis les Hufrs et les Vandales, se surajouta le prix du sang. Des milliers et des milliers de victimes le payèrent. Et parmi elles les Jésuites se trouvèrent, une fois encore, aussi nombreux que jamais : lé P. Rameau, chevalier delà

1. On trouvera la preuve authentique et le détail de tous ces brigandages déshonorants, dans le (.;° Rapport de la « Commission instituée en vue de constater les actes commis par les Allemands en violation du droit des gens ». Paris, Imprimerie Nationale, 1917.

On y verra aussi la déconcertante barbarie avec laquelle les femmes et jeunes filles emmenées comme otages furent traitées. Un fait seulement entre cent autres, emprunté à ce rapport.

« Un jour de novembre 1915, après l'évacuation d'une partie de la population, une femme affolée se présenta à l'hôtel de ville de Chauny ; elle poussait des cris de désespoir et s'arrachait les cheveux, en réclamant sa fille, une enfant de quinze ans qui avait été envoyée dans une direction inconnue. Le maire la conduisit auprès de l'officier de réserve Bergschmidt, avocat à Berlin, représentant de la Kommandantur ; mais celui-ci la repoussa,lui disant qu'elle l'agaçait et qu'elle troublait tout le monde. Puis, s'adressant au magistrat municipal, qui essayait de le fléchir : « Monsieur le maire, s'écria-t-il, vous le savez pourtant ; je vous l'ai dit et répété plusieurs fois, et j'entends que dorénavant vous n'insistiez plus : les mots pitié, humanité, sont rayés du dictionnaire. C'est entendu, n'est-ce pas ?» p. 23.

Et qu'on ne croie pas que ces horreurs étaient le fait de quelques misérables indignes de porter l'habit militaire.

« Cette nouvelle enquête, déclarent en effet les membres de la Commission, n'a pu que nous confirmer dans la conviction que toutes les violations du droit des gens dont les armées allemandes se sont rendues coupables au moment de leur retraite ont été commises sur des ordres généraux donnés par le haut commandement.

« Dans toutes les communes, les mêmes mesures d'injuste rigueur et de cruauté envers les personnes, les mêmes procédés de dévastation et de brigandage ont été employés simultanément et dans des conditions identiques. » p. 22.

On peut consulter aussi Gast. Deschamps. « Aux régions dévastées. » Reo. des Deux Mondes, 15 juillet 1917, p. 406-131.

Légion d'honneur, aumônier, les lieutenants Dubrulle « adoré de ses hommes », dit sa citation1, Duhen, chevalier de la Légion d'honneur, Jacques Masson, Rullier, chevalier de la Légion d'honneur, les sousofficiers, caporaux ou soldats de Lobel, Duréault, Lucien Manière, Jean Pioche, médaillé militaire, M. Gautier, H. Guillou, Pottié, Albert et Amouroux.

L'hiver 1917-1918, — le dernier des hivers rouges, — s'était passé dans l'attente, car la grande offensive allemande faisait l'objet des préoccupations de tous. Mais cette attente se prolongeant, semblait-il, outre mesure, beaucoup se demandaient si l'attaque annoncée se déclancherait jamais.

Brusquement, un matin que le jour s'était levé aussi paisible, aussi doucement lumineux que d'ordinaire, la clameur de mort des canons, — une pièce en moyenne par 12 mètres, a-t-on calculé, — éclata plus formidablement furieuse que jamais. Et, à 9 heures, 40 divisions sur les 85 qui avaient été massées en profondeur le long du front d'attaque s'élançaient à l'abordage des lignes britanniques de Gough, en vagues d'une effrayante densité.

C'était le 21 mars 1918. Date à noter, car la plus grande des batailles de la plus grande des guerres commençait: le sort du monde civilisé allait s'y jouer.

Cette bataille, la « Bataille de France », Fui lime

1. « Dubrulle, a écrit le commandant Henri Bordeaux, repose dans un cimetière militaire, près du poste Monaco. Suivant son désir, cette épitaphe composée par lui est inscrite sur sa tombe : Hic jacet Paul Dubrulle, Sacerdos Societatis Jesu, qui libenter sanguinem suum pro libertate et Deo fudit. (Ici repose Paul Dubrulle, prêtre de la Compagnie de Jésus, qui volontiers a versé son sang, pour Dieu et pour la liberté). Aucune mention de son grade : il ne se souvient plus que de Dieu dans la mort. Mais il a donné son sang pour la liberté du monde et le 8° régiment a perdu en lui le chroniqueur de sa douleur et de sa grandeur militaire ». Paul Dubrulle. Mon régiment (œuvre posthume). Préface de Henri Bordeaux, p. oq, Plon-Nourrit, Paris, 1917.

de la campagne dans la pensée de Ludendorff et celle où il avait annoncé avec sa morgue méprisante « qu'il nous y romprait les reins à tout jamais », dura plus de huit mois ; jusqu'à l'armistice du 1 1 novembre, en effet, moralement elle ne discontinua pas. Et les offensives et les contre-offensives s'y succédèrent, pressées, sans répit, avec fureur. Les premières, — offensives allemandes contre Saint-Quentin, contre Ypres, sur le Chemin des Dames, en direction de Paris par Compiègne, enfin sur Reims, — vraies attaques de cauchemar, coude à coude, et parfois marches fanatiques à la mort. Les autres, — offensives britanniques et françaises, — déchaînement ininterrompu et puissant d'attaques d'une envergure inattendue, qui broyèrent tout devant elles, comme les tanks, arme providentielle de la dernière heure, avaient irrésistiblement tout broyé sur leur passage, dès qu'ils avaient foncé sur l'ennemi. Sous les coups de bélier formidables quotidiennement assénés par Foch, le front allemand s'écroulait par larges pans, en Belgique, dans les Flandres françaises, dans les Ardennes, en Argonne, un peu partout. Et lorsque, le mois d'octobre terminé, — « le mois des Victoires » — la Bulgarie, la Turquie, l'Autriche, ayant l'une après l'autre capitulé, la muraille si longtemps réputée inexpugnable s'abattit lourdement sur le sol à la joie de tous, on aperçut derrière ses ruines, un peuple plus effondré qu'elle, exténué de faim et de misère, qui à genoux criait grâce et se rendait à merci.

Les vaincus de 1870 pouvaient respirer à pleins poumons l'air qui leur arrivait du front. La foudroyante campagne libératrice était close et le dernier chant de la fulgurante épopée magnifiquement écrit. Ailes largement déployées, la Victoire nous

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était revenue dans sa beauté immortelle. Et sur la tombe du militarisme prussien décapité, les drapeaux français, anglais, belges et américains, noirs de poudre, frissonnaient joyeusement unis dans un môme hallo de gloire triomphal !

Mais que de sang avait payé cette série d'inoubliables victoires, de la mer à l'éternelle plainte aux Vosges enfin libérées sur leur versant oriental ! C'est sur cette immense ligne que tombèrent pour toujours les aumôniers Le Texier, chevalier de la Légion d'honneur et Déat, le capitaine Decroix, les lieutenants et sous-lieutenants Vimal du Monteil, chevalier de la Légion d'honneur, Jacques Lefebvre, Serin, chevalier de la Légion d'honneur1, Lionnet,

1. Outre les 30 aumôniers jésuites, qui furent décorés de la Légion d'honneur, 31 autres parmi ces religieux reçurent le ruban rouge à titre d'officiers. En voici la liste : Commandant : de Belinay. Capitaines : Houdard, Duchamp, de Verdière, M. Potron, Védrines. Lieutenants de vaisseaux : de la Yilleinarqué et Poisson. Lieutenants : Chabord (-J-), M. Martin, Jousse, Olphe-Galliard, de Jabrun, Ghamussy, Verny, Combier, de Blic (-J-), Duhen (-J-) , Sous-lieutenants : Serin (-{-), Boutin (f), Duranthon, Karl Marchand, Peyralade, G. Martin, Desgrands (-f), Mennesson (f), Pialat (-J-), Rullier (f ), Vimal de Monteil (f), de Gironde (f), de Martimprey.

Je relève quelques-unes des citations, qui justifièrent ces nominations.

Duc/tamp, capitaine au 33° colonial. « Officier remarquablement brave et aimé de ses hommes, a été grièvement blessé par une explosion d'obus, tandis qu'il dirigeait les travaux d'organisation, le 1) juillet 1913, pendant la nuit. lia exigé de n'être pansé qu'après les hommes atteints en même temps que lui, et, malgré de très vives souffrances, a soutenu leur moral par une bonne humeur et un stoïcisme exceptionnels. »

Jousse, lieutenant, 50° d'artillerie. « Officier d'une bravoure remarquable. Le 8 septembre 1915, les communications téléphoniques étant coupées, s'est porté en avant avec son téléphoniste pour les rétablir et déterminer l'avance de l'assaillant en vue de régler le tir de sa batterie ; s'avançant seul dans un boyau, a franchi notre barrage et suivi seulement de la sentinelle, est tombé revolver au poing sur un poste ennemi qu'il a bousculé, et ne s'est arrêté pour reconstituer un barrage que lorsqu'il n'a plus eu de cartouches. »

Houdard, lieutenant, 136e d'infanterie. « Officier d'une énergie peu commune et d'une haute valeur morale. Le D mai 1015, ayant eu le poignet droit fracassé par une balle dès le début de l'attaque, n'en continua pas moins à entraîner vigoureusement sa section jusqu'à

les aspirants, sous-officiers et soldats Walter, de Rosière, Debièvre, H. de Geuser, de Sesseval, Boissier, Woigard, Morival, Lascols, de Vialet, Car rie, Gustave Paul et Radisson, tandis que l'aumônier Louis Lenoir, chevalier de la Légion d'honneur et le sergent Gabriel Régis, médaillé militaire, étaienttués devant Monastir. Jusqu'à la dernière heure, les Jésuites, dont le premier avait été tué en 1914 quelques jours seulement après l'entrée en campagne, avaient payé le redoutable impôt du sang demandé à tous les Français!

Le soldat doit avoir du courage et du sang-froid, une cajme possession de soi-même et mépriser le dance qu'une seconde balle l'atteignit au cou, le fit tomber à terre où il reçut une troisième blessure à la poitrine d'un éclat d'obus; après plusieurs mois de traitement à l'hôpital, a refusé de se laisser réformer, et, bien qu'il ne pût se servir de son bras qu'avec les plus grandes difficultés, a rejoint immédiatement son régiment sur le front. »

Védrines, lieutenant au 108° d'infanterie. « Le sous-lieutenant Yédrines, étant porte-drapeau, est venu la veille de l'attaque, solliciter l'honneur de conduire une section au combat. Pendant l'assaut du 26 septembre 1915, a fait preuve des plus brillantes qualités de courage et d'entrain, a été blessé à la tête de sa troupe. »

Verny, amputé d'un bras, lieutenant au 157° dç ligne. « Officier d'une bravoure et d'un sang-froid remarquables, se portant sans cesse aux endroits les plus violemment bombardés. A su acquérir un ascendant moral considérable sur les hommes. Lors d'une explosion de mine, le 25 juillet 1915, est resté toute l'après-midi et une partie de la nuit pour mener à bien un travail destiné à relier la tranchée à l'entonnoir, travail exécuté sous le feu de la ligne allemande à 40 mètres. »

De Bélinay, capitaine au 18° bataillon de chasseurs, {au jourd' kui chef de bataillon.) « Ancien officier de cavalerie, passé sur sa demande dans ud bataillon de chasseurs. Chef ardent et homme de devoir. Le il mai 1917, dans des circonstances difficiles, a porté brillamment sa compagnie à l'attaque, surprenant Lad versaire par la rapidité de son mouvement offensif. A été grièvement blessé au moment où il atteignait son objectif. Déjà cité deux fois à l'Ordre. »

Chabord, trois fois cité à l'Ordre, lieutenant au 54e chasseur, à pied. « Officier d'un courage et d'un entrain remarquables, d'une valeur morale et professionnelle au-dessus de tout éloge. Véritable entraîneur d'hommes, modèle de courage, de conscience et d'abnégation. Est tombé glorieusement pour la France, en observant debout sur la tranchée, le terrain où il devait mener sa section à l'attaque, quelques instants après. »

gef, Mais cela ne suffit pas. Il lui faut de plus ce qui donne l'autorité sur les hommes, — car qui manque d'autorité, n'eùt-il à commander qu'une escouade, ne sera jamais un chef. Il lui faut, par conséquent, de l'entrain, du brio, de l'allant, — ce qui permet aux heures où, sous les obus, certains fléchisssements peuvent se produire, de ne pas fléchir soi-même, si l'on marche simplement dans le rang, ou d'enlever sa troupe si Ton exerce un commandement. Il lui faut de la fermeté, de la résolution, de la ténacité, pour s'agripper, malgré toutes les attaques, à la position qu'on doit défendre ou que Ton vient d'emporter. Il lui faut, pour tout dire en un mot, ce quelque chose, assez indéfinissable du reste, qui fait jaillir des qualités militaires un reflet chevaleresque, rayonnement si merveilleusement adapté à la loyauté de l'âme française et dont de tout temps notre race a resplendi.

A s'en rapporter aux nombreuses citations à l'Ordre qu'ils obtinrent, — plus de 400, — ceux des Jésuites qui servirent dans les troupes combattantes prouvèrent bien des fois que ces qualités foncières existaient dans leurs âmes de soldats.

Ici, c'est le capitaine Janot, qui « seconde d'une manière parfaite, le 4 et 5 août 1916, le lieutenantcolonel chargé de l'attaque d'un village et, après la blessure de cet officier supérieur, le chef de bataillon qui lui succède » et qui par « la grande intelligence et le mépris absolu du danger avec lesquels il transmet les ordres sous les bombardements les plus violents... contribue pour une très large part à la réussite des opérations1 ».

Là, « officier de valeur et d'une grande bravoure, » le lieutenant de vaisseau de la Villemarqué, constate

1. Les passages rapportés entre guillemets sont empruntés aux citations dont les officiers, dont je parle, ont été l'objet.

« le 28 août 1916 sous un bombardement intense « qu'un projectile ennemi vient d'allumer un incen- « die dans l'ouvrage qu'il commande » ...Avec le plus grand sang-froid il prend les mesures nécessaires et « il sauve sa soute à munitions. »

C'est à peu près ce que fait aussi l'artilleur Laurent. « Un obus ayant mis le feu dans un dépôt de munitions ». sans souci du grand danger auquel il s'expose, pour sauver ses camarades, il s'offre à titre de « volontaire », et, sous le bombardement qui fait rage, il retire les grenades qui y sont encore, au risque de les voir éclater à chaque instant entre ses mains.

Impassible sous la mitraille, le caporal Coquereau « monte sur la tranchée », et au milieu des balles qui sifflent autour de lui comme un essaim de mortelles abeilles, « il creuse une fosse et enterre un soldat du 90e, en complète décomposition ».

Le sous-lieutenant Huilier chevalier de la Légion d'honneur, est un « officier de la plus haute valeur morale. Précieux exemple de modestie, decourageet d'entrain. Recherchant toujours avec joie les missions les plus périlleuses sur avions de bombardement, il a mené à bien six bombardements de nuit, deux attaques de retranchements à la mitrailleuse, un combat de chasse contre un avion ennemi qu'il a forcé à fuir ». Mais, un matin, partant en reconnaissance « malgré des circonstances atmosphériques très mauvaises », son grand oiseau de guerre se dérobe subitement sous lui et l'intrépide officier se tue dans une chute, le 23 mars 1917.

Plus heureux que lui, son camarade, le lieutenant aviateur Olphe-Galliard, chevalier de la Légion d'honneur, qui, « observateur photographe de grande valeur, apporte dans l'accomplissement de ses mis-

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sions un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge, fournit au commandement les renseignements les plus précieux par les nombreuses reconnaissances photographiques qu'il effectue, en dépit du tir des batteries adverses et des attaques des avions ennemis ».

Quelle belle mort que celle du sergent Thélier! Au combat de Puysieux, le 29 septembre 1914, sa demi-section vientde recevoir l'ordre de se tenir prête à attaquer. Thélier, sous une grêle d'obus, lui adresse quelques mots pour l'exhorter au courage. Il donne ensuite, comme prêtre, les secours de la religion à ceux qui les désirent. Puis, il s'élance : quelques instants après, il ne restait de lui que des lambeaux de chair sanglante déchiquetés par un obus.

Plus stoïque encore est la fin du sergent Demoustier, médaillé militaire. Les munitions commencent à manquer dans sa tranchée. Plusieurs agents de liaison sont partis pour en réclamer, mais aucun d'eux n'est revenu. « Un volontaire », crie le capitaine. Silence de mort parmi les hommes, tant ils comprennent que le danger est grave. Seul, le P. Demoustier s'avance. Il part et, à peine sur la grand'route, il tombe, le ventre déchiré et l'intestin perforé par un éclat d'obus. Quelques instants après, un capitaine d'artillerie passe à cheval. Le Père lui fait signe d'approcher. Et, malgré ses intolérables souffrances, il trouve encore l'énergie nécessaire, ne pouvant plus parler, pour griffonner au crayon l'objet de sa mission. Une demi-heure après, les munitions arrivaient à la tranchée. Et le soir même, 4 octobre 1914, après avoir renouvelé ses vœux de religion, le P. Demoustier mourait à l'hôpital d'Arras, où il avait été transporté.

Lorsque, au milieu de la nuit du 28 décembre 1914,

sous les rayons de la lune qui venait brusquement de se démasquer, le sous-lieutenant Mennesson, chevalier de la Légion d'honneur, la joue ensanglantée et l'épaule traversée, roulait parterre sous la balle qui lui perfora le cœur, il était agenouillé, pour l'absoudre, auprès d'un de ses hommes blessés et qu'il n'avait pas voulu abandonner.

Tué aussi, auprès d'un zouave qu'il pansait en première ligne sous des rafales d'obus le P. Jeanvrin, médaillé militaire, qui, parti au début de la campagne comme auxiliaire, avait obtenu sur sa demande de passer dans le service armé.

Dans la nuit du 16 au 17 mars 1917, un obus de gros calibre tombe près de l'escouade du caporal Edouard Pioche. Plusieurs hommes sont atteints. Avec sang-froid, le P. Pioche maintient le calme dans sa petite troupe, et il panse de ses mains les blessés jusqu'au moment où les brancardiers arrivent. C'est seulement alors qu'il se fait panser luimême : il avait un œil crevé.

Déjà blessé grièvement en septembre 1914, l'adjudant Deslandes, médaillé militaire, le 19 février suivant entraîne au feu non seulement sa section, mais encore les unités voisines de la sienne. Une balle lui fracasse la cuisse. Malgré la douleur, il continue à « encourager de ses gestes et de ses paroles les soldats qui l'entourent. Puis, sentant la mort venir, il trouve la force, dit sa citation, de lever son képi au bout de son bras, en criant « Vive la France ». Et il rend le dernier soupi. C'est le bras ainsi tendu vers le ciel et le képi encore en main, qu'on trouvera son cadavre sur le terrain, quand on viendra l'y prendre pour l'ensevelir.

« Mes amis, en avant. C'est pour la France », s'écrie à son tour le lieutenant Guillon, à qui sa bravoure a

valu la médaille militaire, alors qu'il était simple adjudant. Il s'élance à la tête de sa section et il roule sur le sol très gravement blessé. — Ce qu'une balle allemande ne fait pas dans cette circonstance, l'épuisement le fera quelques mois après, en jetant Guillon au cercueil!

Trois fois, le P. Benoit est entré spontanément dans une galerie de mine où des sapeurs ont été asphyxiés. Et trois fois il en a retiré un de ses camarades. On le presse de se reposer quelques instants, mais il n'en veut rien faire. Une fois de plus, il s'engouffre héroïquement dans la galerie empoisonnée et « à cette quatrième tentative, il tombe lui-même victime de son dévouement ».

Le sous-lieutenant Lansard vient d'expirer sur le champ d'honneur. « Un chic type », dit un de ses poilus, en apprenant cette nouvelle. « Mort en héros et en saint », écrit le lendemain son colonel. En dix mots, n'est-ce pas tout un panégyrique, et des plus beaux !

Jeune religieux, le P. Gabriel Régis, médaillé militaire, faisait beaucoup moins songer aux vertus guerrières du soldat de Pampelune qu'à la timidité et au charme souriant de saint Stanislas Kotska. Fluet, pâle, d'un tempérament délicat, il avait eu à subir plusieurs opérations douloureuses. Aussi, lorsqu'il fut «récupéré », se demanda- t-on à quoi avait bien pu songer le conseil de revision qui l'avait envoyé à la caserne, Mais, sous la capote du marsouin, — où il se perdait, — Régis se révéla. Aux Dardanelles, il gagna la Croix de guerre. Rapatrié comme typhique, il repart pour le front, dès que guéri. Sur la Somme, il arrive le premier avec son escouade, à la Maisonnette, pointe extrême de l'offensive. Bien que reçu le premier de sa brigade et le deuxième de sa division à l'examen

d'aptitude comme officier, c'est avec son simple galon de sergent sur la manche que, toujours souriant, il traverse une seconde fois la Méditerranée et qu'il débarque à Salonique. Il n'en devait pas revenir : le 9 mai 1917, il tombait en effet devant Monastir. Rien ne dira mieux ce que fut cette mort magnifique que la note officielle par laquelle son chef immédiat, le capitaine Faverjon, du 8e colonial, la signalait à son colonel.

Après avoir indiqué que le sergent Régis lui avait « réclamé par lettre l'insigne honneur de commander la vague des grenadiers de groupe léger chargé de précéder les vagues de sa compagnie », le capitaine Faverjon continue ainsi :

» Satisfaction ayant été donnée à sa demande, le sergent Régis enlève d'un bond sa petite troupe et lutte comme un lion, dès son arrivée sur la position ennemie. A partir de ce moment, il évolue sous une grêle de mitraille, place ses hommes comme sil se trouvait à l'exercice. « Ne passez pas par là, crie-t-il, il y a des mitrailleuses. » Ce qui ne l'empêche pas d'y passer lui-même pour essayer de neutraliser, à, coups de grenades, les terribles engins. Il conserve l'œil clair. Il est superbe en désignant à chacun son objectif particulier. Il tombe enfin sous les rafales de la machine contre laquelle il avait mis tout son monde en garde... « Ah! je meurs, mon capitaine... Je meurs. Attention! les mitrailleuses ! »...

Quel cri plus superbe que le cri de ce jeune religieux qui, se sentant déjà dans les bras de la mort : « Je meurs, je meurs », s'oublie pour ne se souvenir que de ses camarades, ramasse sa dernière pensée etses dernières forces dans cet avertissement suprême « Attention ! les mitrailleuses ! » et « tournoyant

comme un pauvre oiseau blessé à mort » !', s'écroule lourdement et sans vie sur le sol !

Quelle figure sympathique encore que l'enseigne Philippe de Blic, chevalier de la Légion d'honneur ! « C'était, a écrit M. Gh. Le Goffic2, un marin peu banal que ce de Blic, qui achevait son noviciat chez les Jésuites au moment où la guerre éclata. Il avait repris immédiatement du service et était entré à la brigade en même temps que son ami et collègue de noviciat, le P. Poisson. Enseignes de réserve tous deux, ils avaient reçu le baptême du feu le même jour, à Melle, qui fut la préface de Dixmude ; et rien, à la vérité, sauf la retenue de leur verbe et le crucifix qu'ils tiraient parfois de leur poche pour le baiser, n'eût trahi dans ces officiers, d'un allant et d'une bravoure extraordinaires, les congréganistes qu'ils

étaient devenus Mais, nos hommes, peu sujets à

s'étonner pourtant, n'en revenaient pas de trouver chez « un curé » tant de bonne humeur, de fantaisie

1. Lettre du capitaine Faverjon au capitaine Mury, état-major de la 4e brigade coloniale. Le capitaine Mury a écrit lui-même du sergent Régis : « C'était une âme d'élite, vivant de Dieu, prête à tous les sacrifices et qui n'a pas hésité devant le sacrifice suprême de sa vie. » A ajouter à ce témoignage, ces quelques lignes d'un camarade du P. Régis, homme du peuple, car elles feront comprendre combien il était estimé et aimé dans le rang : « Mon amis Régis a été tué avant-hier, pas moins de quinze balles l'ont criblé. Jl faisait son devoir presque joyeusement. 11 appartenait à la Compagnie de Jésus et il estimait qu'il était de son devoir, comme fils de famille riche et comme prêtre (le P. Régis n'était pas prêtre encore) de ne pas s'embusquer Son âme est sûrement au ciel parmi les martyrs. »

Les chefs du P. Régis n'en parlaient pas moins élogieusement que ses camarades; à preuve ce simple extrait de ses notes trimestrielles :

1« trimestre 1917. « Sujet hors pair... doit entrer dans le corps les officiers... 2* trimestre 1917 «... Régis est de ceux que l'on rencontre une fois seulement au cours d'une carrière... Héros modeste lutant que brave, il vient de faire l'objet d'une citation à l'Ordre le l'armée qui mériterait de figurer au Livre d'or de l'infanterie ïoloniale. »

2. Ch. Le Gofiic. « L'épopée des fusiliers-marins ». Rcv. des Deux- Mondes, 1er janvier 1918, pp. 92-93.

et de bravoure Coiffé d'un béret de marin, armé

d'un fusil, il arrivait à de Blic de partir seul en patrouille, de s'offrir pour les reconnaissances les plus aventurées. Blessé dans une de ces reconnais^ sances, àDixmude, le 26 octobre 1914, il était revenu

à la brigade, à peine guéri. Et il avait repris sa vie

Mais il n'était plus ici à Dixmude ; et dans ces plaines inondées les reconnaissances ne pouvaient se faire que par bateau. Justement nous avions là nos doris, échoués dans les roseaux sur les bords du marais. Leur faire passer la digue du canal de Noor-Vaast et les lancer de l'autre côté dans le shoore n'était pas d'une exécution bien difficile. De Blic, la veille de sa mort, était allé ainsi en doris, avec le quartier-maître Quinquis et 5 hommes, reconnaître la Ferme-aux-Canards. Le 47, il monta Une autre expédition dans le Sud vers les fermes Terstyll et Violette. L'expédition, cette fois, n'était composée que de 4 hommes : de Blic et les fusiliers Prieul, Younou et Gordier. La première ferme était vide. Le doris reprit sa marche silencieuse vers la seconde (la ferme Violette). Elle put accoster la clylte et les hommes, après l'avoir cachée dans les roseaux, se mirent à ramper vers les bâtiments, de Blic en tète. A 100 mètres de la ferme, une rafale s'abattit sur eux : de Blic était tué sur le coup »; Cordier agonisait; Younou et Prieul étaient blessés.

Quant au lieutenant Chabord, — un novice encore comme de Blic, — pour savoir ce qu'il vaut, il n'est que de lire les deux pages par lesquelles un de ses camarades, le capitaine Gaston Vidal, termine le chapitre qu'il lui a consacré sous ce titre : « Jésuite et héros » *. Neuf fois cité à l'Ordre, blessé à plusieurs

1. Gaston Vidal. « Figures et anecdotes de la grande guerre. » Renaissance du livre, Paris, 1918, pp. 222-225.

1E CLERGÉ RÉGULIER A l'àRMÉE 433

reprises, le capitaine Vidal est certainement un brave. Mais, directeur du Pays, il était loin de partager les idées et les convictions du jeune novice de la Compagnie de Jésus. — Il le dit très ouvertement et ce qu'il écrit n'en acquiert que plus de poids.

« Quand Ghabord atteint, avec sa première vague d'assaut, la tranchée ennemie fortement organisée, savez-vous ce qu'il fait? Idée magnifique : il commande en allemand à l'adversaire effaré, de se rassembler et de se rendre! Il réussit de la sorte (et je cite presque textuellement la citation dont il fut l'objet) à occuper la position avec des pertes minimes, à faire de nombreux prisonniers, à enlever des mitrailleuses...

« Ce haut fait d'armes valait bien la croix. On la lui épingla sur la poitrine au camp des Gélestins. On compléta le ruban rouge par un deuxième galon d'argent. Et puis estimant, sinon qu'il avait suffisamment donné de sa personne, du moins qu'il était apte à rendre d'autres services par ses remarquables qualités d'Instructeur, on lui confia un cours de sous-officiers.

« Il pouvait donc achever son temps à l'arrière. Il apprit la mort du lieutenant Tournier, un de ses meilleurs compagnons d'armes. Déjà, il avait vu tomber à ses côtés son ami de Charpin-Feugerolles. Il n'acceptait pas que d'autres se fissent ainsi tuer pendant qu'il restait dans une sécurité même utile. Il accompagnait, le soir, les cuisines roulantes pour obtenir plus vite des nouvelles du bataillon. Il entendait nommer, « morts au champ d'honneur », celui-ci, celui-là. Quand le nom prononcé fut celui de Tournier, il sentit ses yeux se mouiller et son cœur bondir... Il supplia qu'on lui permit de remonter en ligne. Il s'y trouva enfin, à la tête de sa section, pour une période d'attaques.

434 l'église de france pendant la guerre

« Quel était alors son état d'âme? Il semble bien qu'au sacrifice nouveau consenti de sa propre vie se mêlait on ne sait quel sombre désir de rejoindre ses frères de combat, fauchés par la mitraille, il parlait de Tappel des âmes des morts, appel sensible à certaines âmes des vivants. Il disait attendre maintenant son tour. Tristesse désespérée, foi mystique, ou pressentiment ?

« Le 24 septembre, il sert la messe à l'aumônier divisionnaire. On remarque sur son visage une singulière clarté, une puissante ferveur. Est-ce qu'une voix de l'infini murmure des mots plus distincts à son oreille? Le 25, son peloton en réserve va sans doute être engagé. Passera-ton par les boyaux, étroits, encombrés de blessés? ou à découvert, plus rapidement ? Chabord saute le parapet. Il veut voir et savoir. Des rafales de fer pieu vent autour de lui. Il n'en a cure, dressé comme un dieu dans la tempête... Non, comme un homme, un pauvre homme qui soudain, touché à mort, tombe.

« On se précipite. Il voit à ce moment combien on l'aime.

« — Ne pleure pas ! dit-iJ à son ordonnance dont il veut consoler la grande peine devinée, ne pleure pas, ce n'est rien. ..

« Mot de suprême charité d'un religieux digne de sa vocation et qui eut sans nul doute honoré l'habit de soldat. A des croyants comme ceux-là, paix, sympathie et respect ! »

Je m'arrête : il le faut bien en effet, car les citations que j'ai sous les yeux sont beaucoup trop nombreuses pour pouvoir être toutes rapportées. Mais elles sont si magnifiques dans leur concision militaire qu'il suffira un jour de les aligner les unes

après les autres, sans aucun commentaire, pour en faire un livre de la plus émouvante beauté.

Qu'on me permette cependant de donner encore une poignée de chiffres. — Au moment où les hostilités prirent fin, sur 841 Jésuites mobilisés, 162 étaient tombés à l'ennemi l ; 61 avaient été décorés de la Légion d'honneur, 39 de la Médaille militaire2

4. Ce chiffre se décomposait ainsi : aumôniers, 23 tués; officiers, 29 ; sous-ofiiciers, 36 ; caporaux et brigadiers, 19 ; soldats, 55.

2. Soldats-aumôniers : PP. de Ghalain, Teilhard de Chardin, Sautier, Charvet, Caillaud (f), Raymond (f), J. Mongin, Pfiegger, Bouvich (-{-).

Corps de troupes, H. Guillon (*]-), de Gironde (f), de Jabrun, Péry, Gérard, Walter, L. de Geuser, Miel, de Gevigney, Margot, Descotes, Cardaillac, Ecrepont. E. Pioche, H. Wattel, Boulestreau, F. Galtier, Qoudareau, Hameau, d'Argentan {f), Jean Baud (f), Deltour (-f-), Deslande (f), Demoustier (-f), Iiardoin-Duparc (f), Humbert (-f), delà Perraudière (f), Legrand (f), Gabriel Régis (-j-).

Voici quelques-unes des citations qui accompagnèrent ces nominations.

Jean Mongin, aumônier volontaire à la 44e division. « A toujours payé courageusement de sa personne pour porter près des blessés les secours de son ministère ; modeste autant que brave, a su s'attirer l'estime et l'admiration de tous ; s'était déjà signalé à l'Hartmanswillerkopf; vient d'être blessé grièvement à son poste de combat. »

C. Margot. « Modèle de dévouement et d'énergie. Deux fois cité à l'Ordre du jour pour sa belle conduite au feu. Grièvement blessé à son poste, le 4 août 1916. Mutilation à la face. A fait l'admiration de ses camarades par son attitude calme et courageuse. »

Goudareau, aumônier-brancardier au 58e de ligne. « Après le combat du 21 février 1915, a recueilli les blessés et quelques morts et prolongé son service après avoir été blessé. A reconnu tous les corps restés entre les deux lignes ennemies distantes de 100 mètres. Blessé lui-même, ne s'est retiré qu'après s'être assuré que sa tâche était complètement achevée. »

Charvet, aumônier- brancardier au 35e de ligne. « Soldat infirmier d'un courage superbe, constamment occupé dans les tranchées à soigner et à consoler les blessés. A toujours été un modèle et un réconfort pour tous. Dans les moments périlleux, a pris part à toutes les missions difficiles; a maintes fois exposé sa vie avec un mépris absolu du danger. »

Louis de Geuser, brigadier au lor régiment d'artillerie à pied. « Observateur d'artillerie remplissant ses fonctions avec un zèle et une bravoure au-dessus de tout éloge ; blessé grièvement à son poste le? avril 1916, a fait preuve d'un courage magnifique, refusant d'être soigné le premier, réconfortant ses camarades et offrant généreusement ses souffrances au pays sans la moindre parole de tristesse ; amputé des deux jambes. »

et 309 avaient obtenu la Croix de guerre avec un total de 532 citations à l'Ordre du jour. — Ceci revient à dire que, 1 jésuite sur 3 avait été cité ; que 1 sur 21 avait reçu le ruban jaune liseré de vert ; que 1 sur 14 portait le ruban rouge et, enfin, que 1 sur 5 avait été tué.

A défaut des faits que j'ai rapportés dans ce chapitre et des citations à l'Ordre que, avec discrétion du reste, j'ai cru pouvoir y enchâsser, ces simples chiffres ne seraient-ils pas à eux seuls d'une écrasante éloquence et, comme preuve de patriotisme, que pourraient-ils bien laisser encore à désirer ?

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