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Journ. off., 8 avril

LES RELIGIEUSES 49f0

vasion el le bombardement » de septembre 1914.

En remettant, en juin 1915, la Croix de guerre à la Sœur Saint-Prosper, religieuse de Saint-Thomas de Villeneuve, à Soissons, le général Jullien, commandant le Corps d'armée lui adressa ces paroles :

« Ce sont, ma Sœur, les vivants et les morts, qui vous disent par ma bouche leur éternelle gratitude, heureux de me voir placer sur ce cœur généreux, à côté de la Croix qui marque votre dévouement à Dieu, celle qui témoigne d'une façon éclatante de votre dévouement à la Patrie bien-aimée ».

Deux ans après, le 8 août 1917, le général Maistre, commandant la 6e Armée, conféra la Croix de guerre à sept autres religieuses de cette même congrégation de Saint-Thomas de Villeneuve, qui desservaient /hôpital général de Soissons : la Sœur Saint-Maurice, Supérieure, et les Sœurs Saint-Nicéphore, Sainte-Mélanie, Saint-Pierre Fourier, Saint-Paul, Saint-Mathieu et Sainte-Edbert.

Et, à chaque fois, il relut d'une voix émue et forte, cette citation, qui s'appliquait à chacune des religieuses décorées :

« Restée à son poste depuis le début des hostilités, 1 été, en toutes circonstances, pour le service de santé, une auxiliaire incomparable, se prodiguant auit et jour au service des blessés, supportant sans Ht moindre défaillance les plus violents bombardements et les plus dures fatigues, faisant preuve d'un lévouement, d'une abnégation et d'un courage exem- )laires, alliés à une rare modestie »*.

On le voit, le Grand Commandement a tenu à tou-

1. M«r Péchenard. Le martyre de Soissons, p. 262, pp. 389-390. La

iitation à l'Ordre de l'armée de la Sœur Saint-Prosper se terminait insi : « Son dévouement et celui de son personnel ont permis de oigner des milliers de blessés et de malades dans des conditions xceptionnellement favorables, sous le feu de l'ennemi. »

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jours bien préciser les motifs qui l'amenèrent à décerner la Croix de guerre, récompense tout d'abord destinée aux combattants, aux religieuses portées par lui à l'Ordre de l'armée. Et il a écrit : « Souvent encadrée par les obus, a fait preuve d'un sang-froid remarquable .. », — « a soigné de nombreux blessés pendant le bombardement », — « a prodigué aux blessés ses soins, notamment au cours d'une période de bombardement », — « a donné le plus bel exemple de courage et d'abnégation, pendant les bombardements de la ville et de son établissement», — ou plus laconiquement encore : « s'est dévouée sous le feu de l'ennemi », — « s'est consacrée à l'œuvre des blessés, malgré des bombardements de grosse artillerie ».

Toutes ces formules, et autres similaires, sont extrêmement concises. Cette concision tout à fait militaire s'imposait d'ailleurs, car l'Ordre de l'armée ne souffre pas qu'on y étale longuement les plus beaux actes eux-mêmes, les héroïsmes les plus empoignants. Quelques lignes doivent suffire et on s'y borne ordinairement.

Mais ce qui est rapporté en deux lignes a duré parfois bien des jours, nous l'avons observé déjà. Et trois mots : « sous le feu », — « durant un bombardement », cachent le plus souvent de fort émouvantes actions !

Il ne faut pas l'oublier pour bien pénétrer la valeur vraie des citations que j'ai énumérées plus haut; un exemple, pris au hasard, va d'ailleurs le mieux mettre en lumière et le faire voir clairement.

Le 3 octobre 1915, le général Joffre signait l'Ordre du jour suivant :

« Mme Léonie de l'Eglise, Sœur Vincent, des Filles de la Charité, Supérieure de l'hospice d'Albert : s « A montré sous le feu de l'ennemi un constant et

admirable dévouement. Blessée par un obus en soignant des vieillards, qui avaient refusé de quitter l'hospice. »

Ce que signifie cette simple ligne « a montré sous le feu de l'ennemi un constant et admirable dévouement », nous allons cette fois nous en faire une idée plus précise, en avoir une vue plus nette, grâce aux notes personnelles prises chaque soir par une des religieuses de Saint-Vincent de Paul, qui desservaient Thospice de cette malheureuse petite ville d'Albert, dont il ne reste plus que des décombres informes autour de sa basilique, sauvagement démolie elle aussi.

Ces notes ont été publiées l. En voici quelques extraits. Extraits rapides, mais d'une éloquence combien suggestive cependant !

« 27 septembre (4914). — Nous avons des blessés partout, les salles sont remplies ; les corridors regorgent. Nous avons deux rangées de brancards le long des vérandas, qui conduisent de l'hospice àl'hôpital, et là, de pauvres êtres presque sans connaissance pour la plupart, mutilés, ensanglantés, broyés, mourants; les décès sont malheureusement nombreux. Quel affreux désordre ! Des vêtements en lambeaux, de la paille, du sang partout, des armes, des cartouchières, des monceaux d'habillements, tout cela dans un affreux chaos ! Puis les gémissements qui s'échappent de ces poitrines oppressées, le canon qui gronde et fait vibrer les vitres, la fusillade qui fait frémir, tant elle est proche, les shrapnells qui pénètrent dans les salles, brisant les vitres et jetant l'épouvante. Quel affreux, quel horrible tableau! »

« 28 septembre. — Nous sommes perpétuellement

1. Par M. le chanoine Gallipe. La guerre en Picardie, Téqui, Paris.pp. 300 et suiv.

dans l'angoisse. Les Allemands sont très proches de nous : nous les apercevons au fond des champs attenant à nos jardins; c'est dire si nous jugeons du triste coup d'œil. Les canons etles mitrailleuses françaises sont braqués devant nous à cent ou cent cinquante mètres. Nous nous trouvons absolument sur le champ de bataille. Parfois, nous tremblons en entendant le canon faire entre-choquer nos vitres. Nous passons la nuit dans l'angoisse. Nous percevons parfaitement la fusillade et les coups de mitrailleuses. Que de mal, hélas ! chacun de ces coups fait à nos pauvres soldats !

« Vers le soir, j'ai dû me rendre au dépositoire et pour cela traverser le jardin de l'hôpital, car je devais faire mettre en bière six de nos pauvres soldats décédés. A ce moment, les mitrailleuses tiraient dans notre direction avec tant de rage et les projectiles tombaient si près de moi, — comme de la grêle, — que plusieurs frôlèrent ma cornette, sans l'endommager cependant. Je priais et je n'avais pas peur. »

« 29 septembre. — Les Albertins évacuent la ville, car les Allemands ne sontplus qu'à trois ouquatre kilomètres et ils incendient tous les villages avoisinants. Les soldats blessés, qui viennent se faire panser, nous racontent leurs atrocités. C'est donc un sauve-quipeut général... Nous faisons le sacrifice de notre vie, car notre devoir à nous est de rester, et la mort, au milieu de ce massacre, nous paraît imminente.

«... Le canon tonne sans cesser un instant : nous en sommes toutes secouées. Le sol tremble. Q'allonsnous devenir?

« Vers quatre heures du soir, moment d'angoisse inexprimable qui doit se prolonger pour nous trois jours et trois nuits. Les Allemands bombardent Albert et Tincendient. Les bombes passent au-dessus de nos

tètes, se dirigent vers la Basilique qui est au centre de la ville, éclatent et incendient tout sur leur passage. La nuit arrive, et la ville entière semble être en feu. Ces sauvages lancent encore leurs bombes en tous sens. Nous percevons parfois des cris, des crépitements, puis silence lugubre. Que se passe-t-il en face de nous? Quel effroyable drame se déroule?

« La nuit se passe en prières ferventes dans les salles des malades et des blessés. Nos vitres sont brisées par des éclats. Les shrapnells tombent dans les salles : mais pas d'accidents. »

« 30 septembre. — Le bombardement continue. Les obus incendiaires rallument les incendies presque éteints... Que de fois par jour ne fait-on pas le sacrifice de sa vie ! La mort est si près peut-être !...

« Ma Sœur Supérieure, voyant le danger de plus en plus imminent, prend la détermination de faire évacuer l'hôpital. Nous le quitterons nous-mêmes, mais les dernières...

u Au moment où le premier convoi va s'ébranler, nous percevons un petit cri strident; et le premier obus explosif tombe dans notre jardin, causant le plus vif émoi. Il faut partir cependant...

« Les obus continuent à tomber dans notre direction. Quelques instants plus tard, ma Sœur Supérieure et moi, nous étions penchées sur un pauvre blessé civil : un éclat d'obus arrive par la fenêtre avec un bruit effroyable, traverse la pièce, fait une ouverture dans le mur en face, nous laissant tous atterrés, étourdis, couverts de poussière : mais aucun de nous n'est frappé.

« Plusieurs autres obus tombent aussi dans le jardin...

« Durant la nuit, l'un de ces terribles engins, tombe à l'entrée même de l'hôpital, à deux mètres

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des marches de pierre, qui du choc sont brisées, creuse un trou d'un mètre cinquante de diamètre dans le sol, met en miettes les vitres de la porte d'entrée, la fenêtre de la conciergerie et celles du parloir donnant aussi sur la façade...

« La nuit se passe dans des angoisses toujours nouvelles. Nos pauvres blessés militaires fortement surexcités par toutes ces émotions supplient qu'on les retire de ce danger trop évident et qu'on les mette en lieu sûr...

« 1er octobre. — Notre Seigneur est toujours dans son Tabernacle, et nous n'avons pas de prêtres... Cependant il ne faut à aucun prix s'exposer à faire profaner sa personne adorable.

« Ma Sœur Supérieure prend donc la décision, vu le danger où nous sommes, de nous communier nousmêmes. Son humilité lui fait craindre de toucher aux vases sacrés ; elle s'adresse donc à ses Sœurs pour les prier de retirer Jésus du Tabernacle : toutes déclinent cet honneur qui lui incombe doublement.

« Alors, avec un respect et des précautions infinies, ma Sœur Supérieure retire le Saint-Ciboire, verse les hosties saintes dans un corporal et chacune va chercher son Jésus qui, peut-être, sera son viatique. Moment inoubliable qui fait songer au martyre, peut-être bien proche.

« Dans la matinée, nous faisons nos petits préparatifs en vue du départ. Les malades et les blessés, sur leurs brancards ou matelas, sont prêts à partir, mais personne ne vient nous chercher... La nuit arrive, cette nuit qui paraît un siècle, et nous remettons tout notre monde au lit avec des paroles d'encouragement ; c'est tout ce que nous pouvons leur prodiguer pour calmer leurs alarmes...

« Nous ne dormons plus depuis plusieurs nuits. Nous sommes à bout de forces, et, ce qui n'est pas pour nous tranquilliser, c'est que vers onze heures du soir, la nuit, la canonnade se rapproche encore; c'est à croire qu'elle a lieu au bout du jardin... les obus brisent toutes les vitres.

« 2 octobre. — Il nous était impossible de demeurer là plus longtemps : nous n'avions plus ni gaz, ni pain, ni viande, ni eau, nous en étions réduits à quelques fruits et poissons conservés...

« Enfin les voitures sur lesquelles nous ne comptions plus arrivent à 8 heures du matin...

« 20 octobre. — Ma Sœur Supérieure et une de nos Sœurs sont retournées à Albert depuis huit jours, afin de remettre la maison en ordre... »

Qu'on rapproche maintenant des pages qui précèdent, reflet bien décoloré, pourtant de la réalité vécue, la citation de Sœur Vincent à l'Ordre de l'armée, et on comprendra ce que le Haut Commandement veut dire, quand il déclare qu'une Religieuse « a montré sous le feu de l'ennemi un constant et admirable dévouement ».

Les listes glorieuses qu'on vient de lire pourraient s'allonger encore pendant bien des pages. Que de noms, en effet, ne serait-il pas facile d'y ajouter, en les empruntant toujours et exclusivement, à l'Ordre du jour civil du ministère de l'Intérieur ou à l'Ordre de l'armée! De ces noms, en voici une nouvelle et simple poignée, alignés au courant de la plume et. sans art, pour justifier ce que je viens d'affirmer :

Sœur Auguste, de l'hôpital Saint-Charles à Saint- Dié.

Sœur Joseph, de l'hôpital temporaire de Nœux-les- Mines.

Sœur Sainte-Zoé, Sœur Saint-Pierre-Fourrier. Sœur Sainte Théotime, de l'hôpital d'Auchel.

Sœur Saint-Joachim, de l'hospice d'Anzin.

Sœur Aubin, Sœur Sainte-Emerance, Sœur Saint- Adelard, Sœur Firmin, de l'hôpital d'Hazebrouck.

Les trente-trois religieuses hospitalières d'Auchelles-Mines, citées spécialement à l'ordre de la Xe armée par le général de Maud'huy.

La Sœur Basilide, de l'hôpital de Thann, sur la robe de serge blanc de laquelle la Croix de la Légion d'honneur voisine avec la Croix de guerre.

La Sœur Marie-Bernardin, franciscaine de Calais, tuée d'une balle à Souciiez.

Les Sœurs Saint-Benoist, Bernadette et Emerentienne, des Augustines du Précieux Sang d'Arras, tuées les 4 et 5 novembre 1918 à Mont-Saint- Aubert, près de Tournai, par des éclats d'obus.

Les religieuses et le roi Albert. — Les religieuses et la reine Alexandra d'Angleterre. — Au service des contagieux. — « Toi, ma mère ».

Le Grand Commandement français ne fut pas le seul à reconnaître et à récompenser le dévouement inlassable des religieuses.

Le roi Albert conféra la croix de son Ordre de la Couronne à la Sœur Marie-Anaslase, Supérieure de l'hôpital de Béthune, à la Sœur Stanislas de Saint- Joseph, Supérieure des Petites Sœurs des Pauvres de Calais, à la Sœur Pauline, de l'hôpital de Poperinghe, à la Sœur Valentine, de l'hôpital de Saint-Pol-sur- Mer, et à la Sœur Euphrasie, de l'ambulance de Dix-

mude, où vinrent agoniser et mourir tant de nos héroïques petits cols bleus.

Le maréchal French porta à l'Ordre de l'armée anglaise toutes les Sœurs de Saint-Vincent de Paul de la ville d'Armentières, qui en 1918 dut être évacuée, après avoir été submergée par les gaz de (jO.OOu obus asphyxiants. Le jeune Prince de Galles tint à honneur de donner de sa main la Croix des Hospitalières de Saint-Jean de Jérusalem, à Sœur Benoit, de l'hôpital de Béthiny, dans l'Oise. Enfin, la Reine douairière d'Angleterre, mère du roi Georges V, faisant écho à son petit-fils, écrivait au mois de janvier 1915, à la Supérieure de l'hôpital de Béthune la lettre que voici :

« Madame la Supérieure,

« J'ai appris, par le docteur Martin, votre dévouement noble et héroïque pour nos braves et infortunés soldats blesssés, et c'est avec un cœur rempli de gratitude et de reconnaissance que je vous prie d'accepter mes remerciements les plus vifs et les plus chaleureux.

« Je supplie le Bon Dieu pour qu'il vous récompense des soins angéliques que vous avez prodigués à nos malheureux soldats et je n'oublierai jamais que c'est à vous, Madame, et à vos Sœurs qu'ils doivent bien sûrement la vie et leur santé rétablie.

« Recevez, Madame, l'assurance de ma plus haute considération.

« Alkxandra. »

Comme on l'a dû relever certainement déjà, croix et citations sont souvent décernées à des supérieures. Pourquoi ? Parfois, sans doute, parce qu'elles se sont particulièrement distinguées au moment du danger.

Mais c'est très souvent aussi, parce que, dans l'impossibilité où Ton est de récompenser leurs nombreuses filles, on veut en chacune d'elles couronner toute sa Communauté. — Ainsi décore-t-on le drapeau d'un régiment, parce qu'on ne peut pas décorer individuellement tous ceux qui ont combattu ou qui sont tombés pour faire triompher sa soie frisonnante à l'heure de l'assaut.

La médaille d'honneur des épidémies est une distinction moins en vue que la Croix de guerre. Mais est-elle moins honorable? Et est-il moins méritoire d'affronter la mort dans certaines salles hideusement contaminées que sur le champ de bataille? Cette médaille fut décernée à plus de 350 religieuses sur toute la surface du pays. Car le terrain des maladies contagieuses fut un de ceux où les Sœurs revendiquèrent toujours, comme leur appartenant en propre, les premières places. « A nous ce poste dangereux plutôt qu'aux ambulancières de la Croix- Rouge, car nous n'avons plus de famille. » On fit droit à leur noble requête. On leur confia le poste d'honneur qu'elles sollicitaient. Elles y volèrent, et, bien souvent, elles y tombèrent, un angélique sourire sur les lèvres et la joie du sacrifice accompli dans le cœur.

Ainsi, succombèrent, fauchées en pleine jeunesse par un mal contagieux, à l'hôpital auxiliaire n° 15 de Nancy, la Sœur Saint-Charles, de la Doctrine Chrétienne, à l'Hôtel-Dieu d'Orléans la Sœur Séjourné des Auguslines, à Boulogne-sur-Mer la Sœur Marie-Bernard Philipot, Visitandine, et à l'hôpital de Saint- Malo le Sœur Cécile, des Filles de la Charité, dernière descendant de Jacques Cartier.

La Sœur Georges, infirmière à l'hôpital 35 de Bordeaux et la Sœur Thérèse, infirmière-major de l'hô-

pilai Fénelon à la Rochelle, — toutes deux portées à l'Ordre par le général commandant la XVIIIe région, furent terrassées de la même manière au chevet des soldats dont elles avaient soin.

A Thôpital 120 bis de Pont-de-Beauvoisin, ce fut la tuberculose, qui emporta la Sœur Agnès de Jésus. La médaille que le ministre venait d'accorder à cette humble Sœur arriva juste pour être déposée sur sa bière. Et, pour témoigner leur reconnaissance à celle qui s'était sacrifiée pour eux, les soldats de l'ambulance se disputèrent l'honneur de porter jusqu'à sa dernière demeure son pauvre cercueil de bois blanc.

Après trente-six ans de service hospitalier, la Sœur Blandine, du Bon-Secours de Troyes, mourut à Vitry-le-François, victime elle aussi de sa charité pour nos pauvres gars, malades ou blessés : « Elle est morte à son rang de bataille, dit .sur sa tombe le médecin-chef. Si elle n'est pas tombée à l'avant, dans les tranchées... c'est à l'hôpital qu'elle a été frappée .. Comme ses compagnes, dont nous admirons sans cesse l'esprit d'abnégation et de dévouement, elle a agi en bonne patriote et en bonne Française ».

De qui que ce soit qu'ils émanent, du généralissime ou d'un simple médecin-chef, ces témoignages officiels ne sont qu'un écho, — assourdi, — de la pensée et de la reconnaissance des hommes.

Quand, à Château-Gonthier, un pauvre turco dit et redit naïvement à la Sœur dont les mains délicates le soignent : « Toi, ma mère », ne rend-il pas aux Sœurs, d'un seul mot de sa langue fruste, un hommage plus émouvant et plus beau que bien des ordres iu jour officiels ? C'est, dans tous les cas, sa manière i lui de dire ce que les soldats répètent partout : t Personne ne sait nous soigner comme les bonnes Sœurs ».

Et ce sont pourtant ces bonnes Sœurs, infirmières de tout premier ordre, qui ont été jadis au grand détriment des malades chassées de tous nos hôpitaux1.

Infirmières de tout premier ordre? le peuple va souvent plus loin encore, quand il parle de certaines d'entre elles. Un journaliste a rapporté que, dans une visite qu'il fit à Epernay, après l'occupation allemande, quelqu'un qui avait vu les Sœurs à l'œuvre, | pendant cette triste période, lui dit l'une d'elles :

« Oh ! si vous saviez l'être admirable qu'est la Sœur i Sainte-Barbe. Elle est unique ! »

« Et, après une petite pause : « Oh! je sais bien qu'elles sont beaucoup comme ça, qui sont uniques. Mais cela ne fait rien. Sœur Sainte-Barbe est unique tout de même »2.

« Je sais bien qu'elles sont beaucoup comme ça qui sont uniques. . . MaisSœur Sainte-Barbe est unique tout de même ! » Quelle reconnaissance, quelle affection cachent ces mots si simples ! Quelle vénération ils expriment vraiment!

Religieuses alsaciennes condamnées par les Allemands. — Religieuses françaises frappées par eux pour des actes patriotiques.

« Être si près de la France et ne pas pouvoir y rentrer ! »

Le vrai dévouement, le dévouement simple et désintéressé, en impose toujours et partout. Non

1. Un officier, allemand et protestant, qui parlait admirablement le français, disait quelques heures avant de mourir, aux Sœurs qui le soignaient dans une clinique d'Angers : « Vous êtes les plus belles âmes que Dieu ait faites jamais ».

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