R. de Luzeau. Figaro
LES RELIGIEUSES b07
seulement, il en impose, mais il s'impose. Il gagne, il altire, il attache, il conquiert. Ce dévouement, les malades et les blessés l'avaient deviné dans le cœur des Sœurs infirmières, — doux, profond, sans limites. Et ils ne se trompaient pas. Il s'y trouve, en effet, sans fond et sans mesure, inépuisable tout à fait. Car il y découle de deux sources qui comptent parmi les sources les plus abondantes des grands sentiments dans nos âmes, la foi chrélienne et l'amour du pays.
La foi chrétienne : regardez le petit crucifix que les Sœurs portent toutes sur la poitrine ou suspendu au bout d'un chapelet à leur ceinture.
Le patriotisme : rappelez vous ce qu'elles ont fait, ce qu'elles ont souffert pour la France, ce qu'elles seront toujours pour elle prêtes à souffrir.
Le commandant d'un fort que je ne puis nommer, racontait Albert de M un quelques jours avant sa mort, demandait à une Fille de la Charité de venir s'enfermer avec ses soldats pour les soigner, le cas échéant. D'urgence, elle courut demander la permission à sa Supérieure : « Mais, dit celle-ci, si le commandant fait sauter le fort, plutôt que de se rendre? — Eh bien, nous sauterons ensemble. Et le bon Dieu nous recevra, puisque ce sera pour lui et pour la France » !
« Pour Dieu et pour la France ! » telle est bien la devise des Religieuses. Elle ne leur est pas spéciale d'ailleurs. C'est aussi celle de tous les Religieux, quels que soient leur habit ou leur robe. C'est également celle des Prêtres du clergé séculier : ils Pont surabondamment montré sur les champs de bataille. C'est celle de tous les vrais catholiques enfin.
Au surplus, et comme pour le mieux mettre en umière, les tribunaux allemands, conseils de guerre
ou autres, ont plusieurs fois poursuivi et frappé lourdement l'amour des Sœurs pour leur pays.1
Deux religieuses enseignantes de Guebwiller, la Mère Loudvine, soizante-quinze ans, et la Sœur Emérentine, cinquante-six, furent condamnées au mois de mars 1916, à six mois de prison « pour avoirmontré dessentiments anti-allemands etrépandu des nouvelles mensongères sur la guerre » 2.
A Mulhouse, le tribunal de guérie condamne à cinq ans de réclusion une autre Alsacienne, Bertha Judlin, Sœur Valentine en religion. Son crime? L'acte d'accusation nous le révèle dans toute sa noirceur. Directrice du lazaret de Riedisheim, elle avait renvoyé un blessé allemand, sous prétexte qu'elle n'avait plus de place. Circonstance aggravante, elle avait soigné sommairement les autres, en réservant ses meilleures attentions aux Français. Enfin, comble de cynisme, lorsqu'on avait évacué brutalement les blessés français pour ne garder à l'hôpital que les Allemands, elle avait déclaré qu'elle partait, elle aussi, et que les nouveaux venus n'auraient qu'à se soigner eux-mêmes. C'est ce que le tribunal de guerre qualifia de « tentative de haute trahison » et ce que, avec sa bénignité ordinaire, il punit de cinq ans de réclusion.
Pour n'avoir pas dénoncé un officier anglais, presque guéri de ses blessures, — une balle dans chaque poumon et un éclat d'obus dans la cuisse, — et qu'à peine découvert, séance tenante, on passa par les armes, six Sœurs de Saint-Vincent de Paul de
1. Cet amour que, par contre, la France bien inspirée vient de récompenser dans la promotion Alsacienne-Lorraine, par l'octroi de la croix de la Légion d'honneur, à une de ces religieuses. Me Schœfïer, en religion Sœur Marie-Aimée.