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Journal Scolaire d'Alsace-Lorraine, 28 mars

Thôpital de Roye furent traduites devant les juges militaires. Dix ans de détention à chacune. L'une d'elles, Sœur Thérèse, avait quatre-vingt-cinq ans, et sa supérieure, Sœur Dumartray, était nonagénaire. Elles n'en furent pas moins emmenées Tune et l'autre en Allemagne, avec leurs compagnes, et traînées en prison à travers les rues de Cologne sous l'escorte d'une poignée de gendarmes et de soldats.

Presque nonagénaire aussi, la Sœur Clémentine, qui fut condamnée à mort, le 4 septembre 1914, — encore une fois, toujours la même indulgence ! — pour avoir favorisé l'évasion de quelques-uns de nos troupiers. La sentence prononcée, on lui fit attendre le peloton d'exécution pendant cinq grandes journées. Alors, on se ravisa. La peine fut commuée et Ton employa la Sœur Clémentine, — à quoi donc? croyez-vous. A enterrer les morts en compagnie de quelques autres otages, sur un champ de bataille. On déporta enfin la vénérable nonagénaire en Allemagne et elle ne fut rapatriée malade et à bout de forces qu'en janvier 1917.

Après la bataille de Charleroi, une de nos ambulances volantes s'était installée dans un petit château belge, transformé en Carmel. Lorsque le médecinchef s'était présenté lui-même, — « Dr L..., chirurgien des hôpitaux de Paris », — à la Prieure venue sur le perron au-devant de lui, celle-ci lui avait dit : « Monsieur le médecin-chef, vous êles ici chez les Carmélites. Mes filles et moi nous avons déjà soigné «tant bien que mal, quelques blessés; mais nous sommes heureuses et fières d'offrir maintenant l'hosiipitalité à une ambulance. Et se tournant vers tous : Soyez les bienvenus, Messieurs, et disposez de la maison. Vous êtes chez vous ».

Malheureusement, l'avance allemande continuant.

un matin il avait fallu de nouveau baftre en retraite, en laissant les blessés intransportables aux soins de l'un des aides-majors, le D'* R... Cet officier s'était, du reste, spontanément offert pour cela, au double titre de plus jeune el de célibataire.

Lorsque, prêt à montera cheval, le DrL... exprima sa reconnaissance à la Prieure : « Oh î monsieur, lui répondit celle-ci, que ne pouvez-vous nous emmener avec vous ! Nous ne sommes pas Belges, comme vous semblez le croire. Nous sommes Françaises. Nous sommes les Carmélites expulsées, il y a quelques années, de N... ». — Puis après une légère pause : « Etre si près de la France, mon Dieu, et ne pas pouvoir y retourner ! » — Et, remontant le perron, elle referma la porte sur elle, pendant que sur la route les fourgons gris de l'ambulance prenaient le trot et s'éloignaient 4.

Celle qui, dans son émotion, n'avait pas pu retenir ce cri d'angoisse, était Tune des filles du général de Sonis.

Sans y prendre garde, elle avait parlé pour des milliers d'exilées et elle avait formulé leur angoissante souffrance à toutes : « Etre si près de la France et ne pas pouvoir y rentrer ! »

1. Y. le récit de l'abbé A.-L. brancardier dans l'ambulance dont il s'agit. Sein, relig. de Laval, 22 mai 1915.

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