Neveu de M>r de Gibergues, évoque de Valence
désirs, les rêves suprêmes de leur fils tant aimé.
« Dès que Pavion mortellement blessé refusera tout travail, dès que l'accomplissement de ma mission sera impossible et ma tâche terminée, dès que la chute se précipitera, à quelques mètres à peine au-dessus du vacarme de la bataille, une paix infinie depuis longtemps attendue m'envahira et je chanterai de tonte mon âme : Gloria in excelsis Deo!... Oh ! ces quelques secondes devant la souffrance et la mort, dont le monde a une telle horreur qu'il essayera de vous les cacher comme abominables, vous les bénissez avec moi : elles sont une faveur du Juge Souverain.
« A mesure que mon corps frissonnant s'approchera du sol, mon âme remontera plus légère à des hauteurs inconnues : la séparation se fera victorieuse.
« Ce sera le Magnificat complet ; la prière d'adoration au seul Dieu grand et miséricordieux, la prière d'action de grâces pour ce qui m'a été donné avec tant de largesse de tous côtés, la prière d'expiation plus pour ce que j'ai omis que pour ce que j'ai fait ; et puis l'appel suppliant qui ne peut pas ne pas être exaucé demandant la vie éternelle, la force et la consolation pour ceux que je laisserai, la miséricorde et la gloire pour la France bien-aimée, l'arrivée du règne de Dieu : Adoeniat regnum tuumï
« Cette prière sera toute mêlée de vous, mes parents bien-aimés ; car je l'ai apprise de vous par vingt-huit années de parole et d'exemple.
« Elle sera douce et calme malgré les apparences : elle respirera la confiance et la paix. »
Ancien dépu té de l'Isère, età trente-quatre ans ayant déjà conquis une place brillante au barreau de Paris, Robert Dubarle, neveu de Mgr Marbeau, évêque de
Meaux, u vu tomber à l'ennemi son unique frère et son beau-frère, le capitaine Chanzy. On lui offre un poste dans un état-major. Et, avec une belle crânerie, il écrit à son père : « Je refuse de quitter ma compagnie : ce serait une désertion. J'ai mes deux cents chasseurs à diriger, mon devoir à accomplir ; pour aucun motif, pour aucune situation je ne m'y déroberai. J'irai jusqu'au bout, soit de mes forces, soit de la guerre. » Hélas, pour lui, la guerre finit trentecinq jours après et, le 15 juin 1915, à Metzeral, il s'écroule sur le sol, la poitrine traversée de part en part, tandis que, à la tête de sa compagnie, la pipe à la bouche, il montrait de sa canne à ses chasseurs la direction de l'ennemi.
Faut-il m'arrêter devant le nombre des traits héroïques qui s'offrent encore à ma plume ? Non. Je continue, pensant comme M. Marcel Prévost : « Tant pis pour les lecteurs fatigues d'héroïsme, qu'ils passent ! » *
« Nous avons tous un devoir sacré à remplir, surtout, nous les offieiers, plus que les autres », écrit le capitaine Yves de Halgouet. — « J'ai communié, je suis prêt à paraître devant Dieu, mande de son côté le chef d'escadrons Maurice de TEscaille, passé sur sa demande dans l'infanterie. J'ai donné ma vie à la France : que Dieu ait pitié de moi ». Et ils tombent, le premier à Moronvilliers, le 30 avril 1917, le second aux Monthairons, comme leur camarade et condisciple le capitaine de Gramont-Lespare, à Neuville- Saint-Vaast, « en souriant, dit la citation à l'Ordre de ce dernier, heureux de mourir pour son pays ».
N'est-ce pas un admirable soldat encore que ce Charles d'Annoville, attaché de légation, chevalier