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Lieutenant G. Martin, 10 juin

2. Lettre d'un séminariste à sa mère. Semaine religieuse de Poitiers, 27 juin 1915.

elles ne la marquèrent pas toute seule. Elles se reproduisirent les années suivantes, non seulement sur le front français, mais en Serbie, à Salonique, partout. Elles étaient bien de nature à impressionner ceux qui en étaient les témoins. De fait, c'est profondément qu'elles les émurent. Et ils le rapportèrent à l'occasion, sans respect humain et avec une sincérité touchante.

Certains étaient tout étonnés de s'y découvrir bien autres qu'ils ne se connaissaient jusque-là. « Je ne saurais pas terminer cette longue lettre, écrit à l'un de ses oncles un journaliste et romancier de talent \ sans vous entretenir du réveil des sentiments religieux chez la plupart d'entre nous. Comme moi, mes camarades sont catholiques, mais piètres pratiquants. Dans le civil, la messe dominicale était le plus souvent oubliée. Eh bien, depuis mon entrée en campagne, j'ai assisté chaque dimanche à la messe. Et quelles messes ! Je ne puis, en ces notes hâtives, écrites dans un lit où je suis immobilisé depuis huit jours, vous donner une impression qui rende exactement ce que j'ai ressenti à assister à ces messes de soldats sur le champ de bataille. 11 y a des minutes inoubliables. Pour la première fois de ma vie, j'ai su ce qu'était la foi chrétienne, la croyance en un audelà, avec toutes ses espérances. Si je reviens de cette guerre, je ne me fais pas d'illusion : je recommencerai à vivre comme auparavant, c'est-à-dire à négliger quelque peu mes devoirs religieux, mais tout de même je sens que j'ai pris conscience de mon titre de catholique et que je ne l'oublierai plus jamais. »

D'autres y sont tellement remués qu'ils en pieu-

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