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Express de L'Ouest, 25 janvier

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politique étroite et sectaire, mais notre réalité sociale.

« Liberté d'enseigner pour tous à tous les degrés.

« Liberté de s'associer pour travailler, pour étudier, pour produire, pour prier.

« Égalité de tous les citoyens devant la loi et devant l'opinion, quels que soient leur doctrine ou leur culte.

« Fraternité sincère, fraternité comme aux jours des tranchées, s'opposant aux stériles luttes de classes.

« Révisons ce qui doit être révisé, renouons les liens qui furent imprudemment dénoués, mais qu'il ne soit pas dit, Français, que nous avons fait la Société des Nations, sans parvenir à réédifier la Société des Français ! »

Enfin, quand, la victoire définitivement acquise, l'alerte vieillard à qui la Providence réservait la gloire de mener à bonne fin la Grande Guerre, montait à la tribune pour indiquer les conditious d'armistice imposées à l'Autriche et pour annoncer en même temps que l'Allemagne demandait grâce, elle aussi, comment terminait-il son discours? Par un vibrant appel à la concorde et à l'union.

« Ah ! s'écriait-il, comme nous nous sommes bien haïs, détestés, exécrés les uns les autres, et combien nous avons été heureux de nous retrouver frères et amis dans ces jours terribles (Applaudissements répétés.)

« Grâce à cette consolation, nous avons tout supporté, ceux de droite, ceux de gauche, ceux du centre : il n'y avait plus que des Français (Applaudissements) ,

« Messieurs, il faut que cela demeure. (Applaudissements.)

« Soyons unis »

« Je voudrais qu'au moment où l'aurore des grandes et magnifiques victoires se lève, notre pensée soit une pensée d'union. Et qui nous demande cela? la Patrie elle-même. Dans la grande croisade humanitaire où du reste, vous ne serez pas seuls, je voudrais que nous promettions d'être frères et que, modifiant un peu l'ancienne formule, si on nous demande qui nous a inspiré cette pensée, nous répondions : « La France le veut ! la France le veut ! » i

Ces paroles exprimaient si bien les sentiments de la Chambre que, les journaux le notèrent, le président du Conseil regagna le banc des ministres au milieu d'une véritable tempête de bravos indescriptibles et d'applaudissements répétés2.

Si autorisés que soient ces appels, — et ils le sont certainement, — il y en a d'incomparablement plus graves encore et auxquels, à la fin de cette sanglante guerre, aucun homme de cœur n'a le droit de refuser son attention.

Le 23 avril 1916, les troupes serbes présentes sur le front français de Salonique célébraient dans leur camp l'anniversaire, glorieux et triste tout à la fois, de la victoire de Yalandovo, gagnée trois ans plus

1. Chambre des députés : séance du o novembre 1918. Six jours plus tard à la séance historique du 11 novembre où fut annoncée la signature de l'armistice par l'Allemagne, un député socialiste, M. Alexandre Varenne, disait de son côté à la tribune : « Faisons le serment de servir la France de toute notre force, en maintenant notre union. »

2. Un certain nombre d'Assemblées départementales votèrent, qui des ordres du jour, qui des vœux, en faveur du maintien de l'union. Le Conseil général des Basses-Pyrénées vota ainsi à l'unanimité un ordre du jour, qui se terminait par ces mots : « Le Conseil général affirme enfin comme un devoir national la nécessité de ne porter aucune atteinte, sous aucun prétexte et pour aucun intérêt, à la trêve magnifique qui a confondu tous les partis résignés au même sacrifice et animés d'une même espérance, dans une seule âme spontanément refaite sous le péril commun, l'âme ardente de la France ».

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tôt par l'armée du roi Pierre sur les Bulgares, leurs félons ennemis.

L'autel avait été dressé en plein vent, abrité sous un pauvre dais de fortune en planches et orné de quelques fleurs des champs.

Quand l'évêque grec orthodoxe qui officiait eut terminé la cérémonie religieuse, le colonel Pierre Markovitch, commandant en chef des troupes serbes, s'avança. Tête nue, encadré d'un côté par le drapeau national, par la Croix de l'autre, il lut d'une voix forte une longue liste de noms. Et, à chacun de ces noms, les soldats, serrant dans leurs mains calleuses les fusils neufs qu'ils avaient reçus de nous, répondaient comme à des litanies funèbres : « Mort pour la Patrie ! Qu'il soit béni ! »

Si, la guerre aujourd'hui terminée, on faisait l'appel, dans un immense service funèbre, de ceux qui sont tombés pour la France depuis quatre ans, ne serait-ce point par milliers et par milliers qu'on compterait les catholiques, prêtres, religieux, laïques, aux noms desquels il faudrait répondre par le touchant salut de l'armée serbe : « Mort pour la Patrie ! Qu'il soit béni î »

Et bien ce sont ces morts, me semble-t-il, qui, du fond des innombrables fosses où on les coucha un soir pour toujours, nous crient à tous :

« L'union va-t-elie se rompre et se disjoindre le faisceau? Les haines vont-elles renaître? Nos pères, nos mères, nos fils, nos filles, continueront-ils dans une certaine mesure au moins, à être traités en parias dans cette France dont nous avons contribué, au prix de nos jours, à sauver la liberté !

« Pour être, la liberté doit être tout entière : tronquée, elle n'est plus la liberté. De celte liberté dans toute sa plénitude, ceux qui au point de vue religieux

pensent autrement que nous seront-ils seuls admis à jouir? Pourront-ils seuls s'associer comme ils voudront, seuls enseigner ce qu'ils croient, seuls posséder leurs biens en sécurité ?

« Pour la sauvegarde des droits essentiels à la dignité humaine, — inviolabilité de la propriété, liberté d'enseignement, liberté d'association, — beaucoup d'entre eux n'ont pas hésité à mourir. Nous le savons. Et voilà pourquoi il serait inique de les priver de la moindre de ces libertés.

« Mais ce qu'ils ont fait, nous l'avons fait, nous aussi. Ils ont combattu pour la France : pour la France nous avons combattu comme eux. Ils sont morts pour la France : pour la France nous sommes morts comme eux. Gomment dès lors ne serait-il pas inique aussi, de nous priver, dans la personne de ceux dans lesquels nous nous survivons, de ces libertés dont ils jouiraient, n'ayant rien fait de plus que nous pendant la guerre, et dont nous serions dépouilr lés, n'y ayant rien fait de moins qu'eux ! »

Aux jours sombres et parfois si lourds d'angoisse dont nous sortons, l'Eglise de France a été largement à la peine : c'est un fait reconnu par tous. Elle aurait donc le droit d'être à l'honneur. Elle ne le demande pas. Encore moins mendie-t-elle de privilèges : de privilèges, elle n'en veut point. Mais, d'autre part, appuyée sur un principe indéniable et qui vient d'être une fois de plus reconnu au seuil même de la Conférence de la Paix *, elle est lasse de vivre

1. Dans son discours d'ouverture de la Conférence de la Paix, le 18 janvier 1919, M. Poincaré, président de la République, a proclamé le droit sacré des minorités religieuses, aussi bien que « des mino-

i rites ethniques », en face du « droit des nations grandes et petites à disposer d'elles-mêmes ». Si le droit des minorités religieuses est sacré ; si on ne doit pas le sacrifier au « droit des nations grandes et petites à disposer d'elles-mêmes », mais seulement le « concilier »

, avec ce dernier, à combien plus forte raison le droit de cette majo-

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humiliée dans les entraves misérables d'un régime de lois d'exception. C'est pourquoi pour elle et pour les siens, — pour tous les siens, — elle se réclame fermement de la justice, comme elle s'en réclame uniquement. Et elle attend avec confiance de la droiture reconnaissante de la France, aussi bien que de son robuste bon sens, le seul bien qu'elle revendique : le bénéfice entier, sans restrictions ni réserves sur aucun terrain, du droit commun à tous les Français.

rite religieuse que constitue l'Eglise catholique en France est-il sacré, lui aussi, et ne doit-il pas être sacrifié à^ce « droit de l'Etat », au nom duquel on a voté tant de textes vexatoires, mais être seulement concilié avec lui !

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