A SARAGOSSE
Je viens de passer quelques jours à Saragosse où j’avais l’honneur de remplir une mission chirurgicale qui m’avait été confiée par la Faculté.
Il semble que les souvenirs du grand siège, qui ne laissent plus aujourd’hui dans le cœur des anciens adversaires que les sentiments d’une admiration réciproque pour un héroïsme devenu légendaire, aient suscité entre les Français et les habitants de la ville indomptable les manifestations d’une amitié particulièrement cordiale.
Un monument grandiose, érigé précisément devant la Faculté de Médecine à l’occasion de l’Exposition franco-espagnole de 1908, en commémoration du centenaire de cette lutte de héros, témoigne d’une façon magnifique des sentiments d’estime et d’affection mutuelles qui unissent les Français à tous ces fils de l’Aragon qui sont parmi les plus nobles enfants de la noble terre espagnole.
La guerre nous a appris à connaître tout ce que la vertu militaire comporte de grandeur et à admirer ceux qui nous en ont donné l’exemple. Mais la gloire de Verdun n’efface pas celle de Saragosse, et ces grands noms restent les symboles éclatants du courage et du sacrifice pour le salut de la patrie !
L’accueil que j’ai reçu là-bas de tous les membres de la Faculté avec lesquels il m’a été donné d’entrer en relations m’a profondément touché.
Au premier rang, je tiens à nommer le doyen de la Faculté, le professeur Borobio Diaz, dont j’ai pu chaque jour apprécier la complaisance inaltérable et la constante amabilité. De même, je ne puis qu’unir dans un même sentiment de reconnaissance les professeurs Munos et Horno qui m’ont généreusement ouvert leur service de gynécologie, le professeur Lozano qui m’a également permis d’opérer un malade choisi dans son service de chirurgie générale, les professeurs Garcia, Fairein, Ramon y Cajal qui porte dignement le grand nom de son frère, et enfin le professeur Rocasolano, qui m’a très aimablement prêté son amphithéâtre et son appareil cinématographique.
La Faculté de Médecine de Saragosse compte environ 500 étudiants. Construite assez récemment dans le plus beau quartier de la ville, elle ne manque pas d’élégance et, si je juge de ses divers laboratoires par celui du professeur Rocasolano que j’ai visité, elle n’a rien à envier à beaucoup de nos Facultés. M. Rocasolano, professeur de chimie, élève de Sabatier, de Toulouse, est un homme de haute culture qui s’attaque actuellement aux problèmes les plus élevés de la biologie moderne et a entrepris sur les colloïdes une série de travaux remarquables.
L’hôpital où se trouvent réunis les divers services de chirurgie est attenant à la Faculté. Dans une ville comme Saragosse, le nombre des malades ne saurait être très considérable et les salles n’ont que dix lits ; mais, tel qu’il est, il présente des ressources intéressantes. La salle d’opérations est belle. Le service de stérilisation m’a paru parfait, et j’ai vu avec joie qu’une grande partie de l’outillage instrumental, qui est très complet, venait de chez Collin.
Nos collègues espagnols, les professeurs Munos, Lozano et Horno, ont bien voulu mettre à ma disposition les malades de leurs services. Si bien qu’avec l’assistance de M. Douay, mon assistant, j’ai pu pratiquer dans de bonnes conditions plusieurs hystérectomies de difficulté variable et opérer