‹ En marge de la chirurgie (volume 2)Chapitre 14 sur 56 · PRONONCÉ · texte numérisé non relu

PRONONCÉ

Au Congrès de Chirurgie , comme Secrétaire Général.

(Strasbourg, 3 Octobre 1921)

Il y a huit ans, à pareille époque, celui qui nous eût dit que nous nous réunirions aujourd’hui dans Strasbourg délivrée, aux pieds de la cathédrale sublime qui domine les plaines du Rhin, celui-là eut rempli nos cœurs d’une joie profonde ! Mais quels sentiments eussent agité nos âmes, s’il nous avait en même temps dévoilé par quelles épreuves il nous faudrait passer et quelles indicibles souffrances apporterait à la Patrie la genèse de la victoire !

Et cependant, malgré ses sacrifices, malgré les larmes et Je sang, la France est sortie de la bataille plus grande que jamais dans l’estime des hommes, de ceux qui ont le culte du courage, comme de ceux qui ont le respect de la force ! Les Français sont rentrés dans les terres françaises, et nous avons voulu venir dans cette Alsace, dans cette ville magnifique, qui depuis cinquante ans, comme un enfant sans mère, attendait en silence de voir enfin se lever le grand jour qui la lui rendrait.

Nous avons voulu, en venant ici, rendre un hommage solennel à l’homme qui nous préside aujourd’hui h Pendant près de cinquante années, avec un courage de chaque jour, avec une vaillance indomptable, il a refusé de s’incliner devant ceux qui n’ont été que les vainqueurs d’un jour. Ainsi que l’humble femme, enfermée pour sa foi dans la tour d’ Aigues-Mortes, et qui a tracé sur les dalles de sa cellule ces mots ineffaçables, il a le droit de dire : « J’ai résisté. » Il a été, à l’heure où Eugène Bœckel, à l’heure où le grand Kœberlé disparaissaient tour à tour, celui qui a voulu qu’il y eut toujours sur la terre d’Alsace une Chirurgie Française ! Et quand a sonné l’heure du grand devoir, il est venu simplement, parmi ses confrères de France, dans 1 humi lité d’un rang indigne à la fois de son âge, de son talent et de l’exemple qu’il donnait à tous, mettre sa science et son dévoûment au service des soldats qui combattaient pour la juste cause et qui devaient lui rendre sa patrie !

C’est aujourd’hui le jour, non de la recompense, car il ne veut pas de récompense pour avoir fait son devoir, mais de 1 hommage que ses collègues de l’Association Française de Chirurgie ont voulu rendre à celui qui leur a donne un si grand exemple de courage civique, de fermeté morale et de confiance dans les

destinées de la Patrie.

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